Drôles de Républicains:la famille avant tout lors de la discussion de la loi Blanquer

Mettre la famille en avant ne s'inscrit pas dans la grande tradition historique républicaine, loin s'en faut. Le ministre de l'Education nationale ne les a pas suivis, mais en évitant le débat de fond sur les principes. Signe du temps? A creuser, car ce n'est pas indifférent idéologiquement et politiquement.

D'autant que si lon en juge par la déferlante de commentaires de cette eau (notamment dans "Le Figaro'', à la suite d'articles pourtant pour le moins ''équilibrés'') , les mises en cause (parfois fort agressives) ne sont pas l'apanage de quelques dirigeants politiques LR

Discussion de la loi Blanquer le mardi 12 septembre (première séance du jour à l'Assemblée nationale). Plusieurs amendement convergents de députés ''LR'' ( Xavier Breton, Ludovic Pajot, Dino Cinieri, Patrick Hetzel) sont examinés ensemble.

Xavier Breton: ''Il s’agit d’un amendement important, qui touche à un article non moins important du code de l’éducation, l’article L. 131-1-1, selon lequel « le droit de l’enfant à l’instruction a pour objet de lui garantir […] l’éducation lui permettant de développer sa personnalité, son sens moral et son esprit critique ». Or, il n’est pas fait mention du rôle de la famille dans cette éducation.Une certaine approche tend, à travers la notion de coéducation, à tout globaliser. Selon cette conception, l’État se trouverait à égalité avec les familles, ou devrait même les marginaliser en préemptant, à leur détriment, l’éducation de l’enfant. Ce que nous souhaitons, pour notre part, c’est que soit inscrit dans la loi que la famille est le premier éducateur des enfants et que, si l’éducation nationale contribue à cette éducation, ce qui est bien normal, cela doit se faire dans le respect de la famille.
Si vous refusez cela, les choses seront claires. Sera ainsi affirmée la volonté de tutelle de l’État sur les enfants, volonté qui se traduira par des dispositions visant à rendre l’instruction obligatoire dès 3 ans et au-delà de 16 ans, ainsi que par la tentative de marginaliser les familles et de mettre les enfants directement sous la coupe d’un État Léviathan, ce que nous ne souhaitons pas''.

Emmanuelle Ménard (élue avec le soutien du FN) ''Je souscris à tout ce que vient de dire mon collègue Breton. L’objet du présent amendement est d’inscrire dans la loi le respect des choix éducatifs des parents ou des responsables légaux de l’enfant. En effet, contrairement à ce que l’on pourrait penser, cela ne va pas de soi – malheureusement. Les ministres qui se sont succédé n’ont guère rassuré les parents sur ce sujet. Vincent Peillon se référait sans complexe à l’idéologie révolutionnaire et Najat Vallaud-Belkacem lançait des plans de lutte contre les discriminations qui diffusaient, en réalité, des théories loin d’être neutres, notamment à l’égard des familles. Votre mesure d’abaissement de l’âge de l’instruction obligatoire à 3 ans présente le même risque. En 1793, Le Peletier de Saint-Fargeau estimait déjà que « jusqu’à 6 ans l’enfant échappe à la vigilance du législateur, et que cette portion importante de la vie reste abandonnée aux préjugés subsistants et à la merci des vieilles erreurs ''»

Patrick Hetzel. ''Le problème est simple : il y a, d’un côté, l’éducation et, de l’autre, l’instruction. Ce que nous souhaitons voir figurer dans le code de l’éducation, c’est que les premiers éducateurs des enfants sont les familles et que le rôle premier de l’État est d’instruire.Vous avez, monsieur le ministre, fait référence à la notion de coéducation. Nous considérons quant à nous que les familles sont les premiers éducateurs et qu’il n’y a pas à parler de coéducation, le rôle principal de l’État étant d’instruire. C’est pourquoi nous sommes plusieurs à avoir déposé ces amendements.''

Réponse du ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer. ''Sur ce débat, que vous avez placé sous un angle philosophique et historique, nous pourrions passer plusieurs heures. Pour l’aborder dans des conditions saines, cependant, gardons-nous de caricaturer jamais la position de l’autre. Vous vous êtes employés à inscrire le texte dans je ne sais quelle filiation autoritaire, ou dans celle de Saint-Just, ce qui est évidemment absurde. Comme toujours, ce qui est excessif est dérisoire. Je l’ai dit au commencement de nos débats : par « école de la confiance » il faut entendre, notamment, la confiance entre les parents et l’école. Personne ne nie le rôle primordial des parents, ne serait-ce que par une évidence chronologique. Loin de nous, donc, l’idée de contester en quoi que ce soit le rôle éducatif de la famille.Vous vous êtes aussi fondés sur la distinction classique entre l’instruction et l’éducation. Le premier rôle de l’école est l’instruction, c’est exact, mais il n’y a pas lieu de l’opposer à l’éducation. Tout cela est même un peu paradoxal par rapport à nos discussions précédentes, où l’on vous a entendus plaider, de façon vibrante et avec des arguments auxquels je souscrivais en partie, pour l’apprentissage de La Marseillaise et des emblèmes nationaux. Cet apprentissage, vous souhaitez donc le confier à l’école. Dès lors, que faire, selon vous, si une famille est contre notre hymne et contre nos emblèmes ? L’école ne doit-elle pas, surtout en pareil cas, transmettre les valeurs qui sont celles de notre pays ?"

Tout cela est un peu court, jeune homme! Le ''Plan d'éducation'' de Le Peletier de Saint-Fargeau a été présenté par Robespierre avec le soutien éclatant non pas de Saint-Just (on se doute que Blanquer n'en est pas l'héritier...) mais Danton. Et c'est là que s'est nouée de façon très explicite et spectaculaire la primauté ''révolutionnaire'', ''républicaine'') de la République sur la famille en matière non seulemnt d'instruction mais d'éducation (républicaine)

Danton: "Après le pain, l'éducation est le premier besoin du peuple. Allons donc à l'instruction commune. Tout se rétrécit dans l'éducation domestique, tout s'agrandit dans l'éducation commune. Et moi aussi je suis père, mais mon fils ne m'appartient pas ; il est à la République. C'est à elle de lui dicter des devoirs pour qu'il la serve bien »

Avec une piqure de rappel historique de première importance au moment de l'institution de l'école républicaine et laïque sous la houlette de Jules Ferry: ''L’instruction religieuse appartient à la famille et à l’Eglise, l’instruction morale à l’Ecole […]. La loi du 28 mars 1882 [sur la laïcité et l’obligation scolaire] affirme la volonté de fonder chez nous une éducation nationale, et de la fonder sur les notions du devoir et du droit que le législateur n’hésite pas à inscrire au nombre des vérités premières que nul ne peut ignorer. Pour cette partie capitale de l’éducation, c’est sur vous que les pouvoirs publics ont compté. En vous dispensant de l’enseignement religieux, on n’a pas songé à vous décharger de l’enseignement moral : c’eut été vous enlever ce qui fait la dignité de votre profession"

Le premier article qui concernait les programmes de l'instruction primaire n'a jamais été ''lire, écrire, compter'' (qui arrivaient en seconde position aussi bien pour ce qui concerne Guizot que Falloux ou Ferry). Pour Guizot (1833) et Falloux (1850) arrivent en premier "l'éducation morale et religieuse". Et pour Jules Ferry ( 1882) : "l'éducation morale et civique". A comparer avec la formule première (réductrice) constamment répétée par le ministre de l'Education nationale actuel (Jean-Michel Blanquer): "lire, écrire, compter, et le respect d'autrui". On voit la différence...

 

 

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