claude lelièvre
Historien de l'éducation
Abonné·e de Mediapart

742 Billets

1 Éditions

Billet de blog 19 mai 2008

La tentative de reconquête des enseignants par la droite: un échec cinglant

Sarkozy, Fillon et l’UMP avaient multiplié les signes d’ouverture en direction des enseignants au moment des élections présidentielles. Mais la dure réalité les rattrape : les enseignants se sont très fortement et profondément mobilisés contre leur politique effective.

claude lelièvre
Historien de l'éducation
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Sarkozy, Fillon et l’UMP avaient multiplié les signes d’ouverture en direction des enseignants au moment des élections présidentielles. Mais la dure réalité les rattrape : les enseignants se sont très fortement et profondément mobilisés contre leur politique effective.

Les dirigeants de l’UMP, Sarkozy en tête, avaient observé que la domination traditionnelle de la gauche ( et en particulier du parti socialiste ) dans le monde enseignant s’effritait, et que la droite pouvait songer à une reconquête ( ou du moins à un rééquilibrage ) à l’instar de ce qui s’est passé depuis longtemps dans la plupart des autres pays européens.

Les intentions de vote des enseignants selon le sondage réalisé par la SOFRES en mars 2002 les avaient déjà alertés quant à la possibilité d’une recomposition ( 29% ‘’seulement’’ pour Lionel Jospin , mais 23% pour Jacques Chirac, 16 % pour Jean-Pierre Chevènement et 14% pour Noël Mamère, 3% pour François Bayrou ). Celles de février 2007 les confortent sensiblement dans leur analyse : 31% pour Ségolène Royal, 19% pour Nicolas Sarkozy, 27 % pour François Bayrou.

Nicolas Sarkozy et François Fillon prennent alors le contrepied de la politique du ministre de l’Education nationale Gilles de Robien qui consistait à tenter de s’appuyer sur certaines angoisses ou préjugés de bon nombre de parents d’élèves, quitte à heurter de front ( voire à blesser dans leur dignité professionnelle ) la plupart des enseignants (remise en cause des décharges de service légitimes acquises au cours du temps et glorification unilatérale des méthodes syllabiques, entre autres ).

Nicolas Sarkozy et François Fillon se prononcent ouvertement contre ces dispositions et cette politique. L’UMP met en bonne place dans son programme la ‘’liberté pédagogique’’ des enseignants. Le candidat Nicolas Sarkozy en fait des tonnes sur le sujet ( cf mes billets des 3 et 17 avril sur "la " liberté pédagogique " ). Il multiplie les hommages à la " professionnalité’’ des enseignants et les annonces sur la nécessité de " revaloriser " leur condition.

On connaît la suite. Les décisions sans ménagements de nombreuses suppressions de postes. Les " nouveaux programmes du primaire " qui font fi, en réalité, du principe de " liberté pédagogique " proclamé. On remarquera d’ailleurs – parce que ce n’est pas sans signification et sans importance pour l’avenir - que les professeurs du secondaire ( presque exclusivement touchés par les suppressions de postes ) se sont moins mobilisés le 15 mai que les enseignants du primaire ( particulièrement préoccupés par les attaques contre leur dignité professionnelle et la nature même des " nouveaux programmes du primaire " ) : 33% contre 46% selon le ministère ; 55% contre 68% selon les syndicats.

Devant cette forte mobilisation des enseignants, changement de cap de Nicolas Sarkozy le soir même : il tente désormais lui aussi de s’appuyer sur les parents d’élèves contre les professeurs ( dans un affrontement assez classique lorsque la droite est au pouvoir et en difficulté dans le domaine scolaire, mais qui ne saurait faciliter un rééquilibrage à droite des positions politiques du monde enseignant ).

La gauche ( et singulièrement le parti socialiste ) aurait cependant tort de se réjouir trop vite ( si tant est que l’on puisse se réjouir en cette triste affaire ) car les intentions de votes ‘’multipolaires’’ persistantes ( 16% pour Jean-Pierre Chevènement et 14% pour Noël Mamère en 2002 et 27% pour François Bayrou en 2007 ) montrent que le trouble est persistant.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Amérique Latine
Au Mexique, Pérou, Chili, en Argentine, Bolivie, Colombie, peut-être au Brésil... Et des défis immenses
Les forces progressistes reprennent du poil de la bête du Rio Grande jusqu’à la Terre de Feu. La Colombie est le dernier pays en date à élire un président de gauche, avant un probable retour de Lula au Brésil. Après la pandémie, les défis économiques, sociaux et environnementaux sont immenses.
par François Bougon
Journal
À Perpignan, l’extrême droite s’offre trois jours de célébration de l’Algérie française
À quelques jours des 60 ans de l’indépendance de l’Algérie, le maire Louis Aliot (RN) met à l’honneur l’Organisation armée secrète (OAS) et les responsables du putsch d’Alger pendant un grand week-end d’hommage à « l’œuvre coloniale ».
par Lucie Delaporte
Journal — Énergies
Gaz russe : un moment de vérité pour l’Europe
L’Europe aura-t-elle suffisamment de gaz cet hiver ? Pour les Européens, le constat est clair : la Russie est déterminée à utiliser le gaz comme arme pour faire pression sur l’Union. Les risques d’une pénurie énergétique ne sont plus à écarter. En première ligne, l’Allemagne évoque « un moment Lehman dans le système énergétique ».
par Martine Orange
Journal — Terrorisme
Attentat terroriste à Oslo contre la communauté gay : « Ça nous percute au fond de nous-mêmes »
La veille de la Marche des fiertés, un attentat terroriste a été perpétré contre des personnes homosexuelles en Norvège, tuant deux personnes et en blessant une vingtaine d’autres. En France, dans un contexte de poussée historique de l’extrême droite, on s’inquiète des répercussions possibles. 
par Pauline Graulle

La sélection du Club

Billet de blog
L'avortement fait partie de la sexualité hétéro
Quand j'ai commencé à avoir des relations sexuelles avec mes petits copains, j'avais la trouille de tomber enceinte. Ma mère a toujours dépeint le fait d'avorter comme une épreuve terrible dont les femmes ne se remettent pas.
par Nina Innana
Billet de blog
Cour Suprême : femme, débrouille-toi !
Décision mal-historique de la Cour Suprême états-unienne d’abroger la loi Roe vs. Wade de 1973 qui décriminalisait l’avortement. Décision de la droite religieuse et conservatrice qui ne reconnaît plus de libre arbitre à la femme.
par esther heboyan
Billet de blog
Roe VS Wade, ou la nécessité de retirer le pouvoir à ceux qui nous haïssent
Comment un Etat de droit peut-il remettre en cause le droit des femmes à choisir pour elles-mêmes ? En revenant sur la décision Roe vs Wade, la Cour suprême des USA a rendu a nouveau tangible cette barrière posée entre les hommes et les femmes, et la haine qui la bâtit.
par Raphaëlle Rémy-Leleu
Billet de blog
Droit à l’avortement: aux États-Unis, la Cour Suprême renverse Roe v. Wade
La Cour Suprême s’engage dans la révolution conservatrice. Après la décision d'hier libéralisant le port d’armes, aujourd'hui, elle décide d'en finir avec le droit à l'avortement. Laisser la décision aux États, c’est encourager l’activisme de groupes de pression réactionnaires financés par des milliardaires évangéliques ou trumpistes. Que se passera-t-il aux élections de mi-mandat ?
par Eric Fassin