La tentative de reconquête des enseignants par la droite: un échec cinglant

Sarkozy, Fillon et l’UMP avaient multiplié les signes d’ouverture en direction des enseignants au moment des élections présidentielles. Mais la dure réalité les rattrape : les enseignants se sont très fortement et profondément mobilisés contre leur politique effective.

Sarkozy, Fillon et l’UMP avaient multiplié les signes d’ouverture en direction des enseignants au moment des élections présidentielles. Mais la dure réalité les rattrape : les enseignants se sont très fortement et profondément mobilisés contre leur politique effective.

Les dirigeants de l’UMP, Sarkozy en tête, avaient observé que la domination traditionnelle de la gauche ( et en particulier du parti socialiste ) dans le monde enseignant s’effritait, et que la droite pouvait songer à une reconquête ( ou du moins à un rééquilibrage ) à l’instar de ce qui s’est passé depuis longtemps dans la plupart des autres pays européens.

 

Les intentions de vote des enseignants selon le sondage réalisé par la SOFRES en mars 2002 les avaient déjà alertés quant à la possibilité d’une recomposition ( 29% ‘’seulement’’ pour Lionel Jospin , mais 23% pour Jacques Chirac, 16 % pour Jean-Pierre Chevènement et 14% pour Noël Mamère, 3% pour François Bayrou ). Celles de février 2007 les confortent sensiblement dans leur analyse : 31% pour Ségolène Royal, 19% pour Nicolas Sarkozy, 27 % pour François Bayrou.

 

 

Nicolas Sarkozy et François Fillon prennent alors le contrepied de la politique du ministre de l’Education nationale Gilles de Robien qui consistait à tenter de s’appuyer sur certaines angoisses ou préjugés de bon nombre de parents d’élèves, quitte à heurter de front ( voire à blesser dans leur dignité professionnelle ) la plupart des enseignants (remise en cause des décharges de service légitimes acquises au cours du temps et glorification unilatérale des méthodes syllabiques, entre autres ).

Nicolas Sarkozy et François Fillon se prononcent ouvertement contre ces dispositions et cette politique. L’UMP met en bonne place dans son programme la ‘’liberté pédagogique’’ des enseignants. Le candidat Nicolas Sarkozy en fait des tonnes sur le sujet ( cf mes billets des 3 et 17 avril sur "la " liberté pédagogique " ). Il multiplie les hommages à la " professionnalité’’ des enseignants et les annonces sur la nécessité de " revaloriser " leur condition.

 

 

On connaît la suite. Les décisions sans ménagements de nombreuses suppressions de postes. Les " nouveaux programmes du primaire " qui font fi, en réalité, du principe de " liberté pédagogique " proclamé. On remarquera d’ailleurs – parce que ce n’est pas sans signification et sans importance pour l’avenir - que les professeurs du secondaire ( presque exclusivement touchés par les suppressions de postes ) se sont moins mobilisés le 15 mai que les enseignants du primaire ( particulièrement préoccupés par les attaques contre leur dignité professionnelle et la nature même des " nouveaux programmes du primaire " ) : 33% contre 46% selon le ministère ; 55% contre 68% selon les syndicats.

Devant cette forte mobilisation des enseignants, changement de cap de Nicolas Sarkozy le soir même : il tente désormais lui aussi de s’appuyer sur les parents d’élèves contre les professeurs ( dans un affrontement assez classique lorsque la droite est au pouvoir et en difficulté dans le domaine scolaire, mais qui ne saurait faciliter un rééquilibrage à droite des positions politiques du monde enseignant ).

La gauche ( et singulièrement le parti socialiste ) aurait cependant tort de se réjouir trop vite ( si tant est que l’on puisse se réjouir en cette triste affaire ) car les intentions de votes ‘’multipolaires’’ persistantes ( 16% pour Jean-Pierre Chevènement et 14% pour Noël Mamère en 2002 et 27% pour François Bayrou en 2007 ) montrent que le trouble est persistant.

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