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Le Club de Mediapart mer. 31 août 2016 31/8/2016 Dernière édition

«Grandes écoles, la fin d'une exception française»?

Cet ouvrage important est une radioscopie des grandes écoles qui aboutit à questionner la pérennité ( du moins dans ses formes actuelles ) de ce système dans le cadre de la ‘’globalisation mondiale’’ et de la réforme des enseignements supérieurs engagée par la ministre Valérie Pécresse.

Cet ouvrage important est une radioscopie des grandes écoles qui aboutit à questionner la pérennité ( du moins dans ses formes actuelles ) de ce système dans le cadre de la ‘’globalisation mondiale’’ et de la réforme des enseignements supérieurs engagée par la ministre Valérie Pécresse.

 

 

Deux journalistes – Thomas Lebègue et Emmanuelle Walter – viennent de publier chez Calmann-Lévy un livre très enlevé et très documenté, riche d’anecdotes significatives et à l’humour parfois ravageur ( on ne s’ennuie pas ! ), issu d’une plongée dans l’univers plus ou moins opaque ( sauf pour les ‘’initiés’’ ) des " grandes écoles " françaises. Ils ont rencontré beaucoup de leurs acteurs et de leurs usagers ; ils ont lu beaucoup d’articles et d’ouvrages sur le thème. Bref, c’est un ouvrage qui fait le point sur la question, de façon à la fois savante et concrète, ce qui est rare.

 

La quatrième de couverture donne le ton : " Le système des grandes écoles françaises ne vacille plus, il tangue. Jamais ses grands fondements n’ont été à ce point remis en cause. Jamais ses acteurs n’ont été à ce point ébranlés par le doute […] La formation endogamique et frileuse des élites françaises a-t-elle vécu ? Les grandes écoles le savent : déprimées par leurs mauvaises place dans les classements internationaux, consciente du mauvais état – à quelques exceptions près de leur recherche, elles voient miroiter au loin l’autre système, étranger, plus ouvert, plus dynamique, plus international. Profitant de cette crise identitaire, les auteurs ont ouvert les portes d’un monde jusqu’alors fermé et hautain. Elève, directeurs de grandes écoles et ministres prennent la parole ".

 

 

Après avoir traité l’affaire Kerviel ( " un cas d’école " ) et du " culte des prépas " ( entre " révolution ou dissolution " ) les deux journalistes abordent avec entrain " la folie des ‘’rankings’’ ). Las, cela commence à – mal – tourner : c’est " la claque " du classement dit de Shanghai ( fondé essentiellement sur la production scientifique ) : dans le classement 2007, l’ENS Paris se retrouve 83° loin des deux universités françaises les mieux classées ( Paris VI est 39°, Paris XI 52° ) ; Polytechnique est classé au-delà de la 200° place et l’Ecole des mines au-delà de la 300°.

Soit, dira-t-on, mais le classement selon la recherche n’est qu’un aspect parmi d’autres ( encore qu’il détermine la réputation internationale, ce qui n’est pas rien en pleine mondialisation ), car le haut du panier des grandes écoles forme les hauts cadres de l’économie. Mais cela ne va plus sans contestation, et au sein même de ces lieux de pouvoir. Même l’un des " parrains " du monde économique en France, Claude Bébéar ( pourtant lui-même diplômé de Polytechnique) en vient à dénoncer le " système endogamique français traditionnel " qui pèse sur le fonctionnement des entreprises. Le rapport de 2008 de l’Institut français des administrateurs déclare qu’ " une trop grande ressemblance entre les membres des conseils d’administration réduit la valeur ajoutée globale qui peut naître de l’apport de chacun et de sa ‘’différence’’ par rapport à l’autre ".

Fin 2007, Pierre Veltz ( ancien directeur de l’Ecole des ponts) publie un livre au titre emblématique : " Faut-il sauver les grandes écoles ? ". Sa réponse est radicalement négative : une élite sociale qui s’autoreproduit dans des écoles minuscules dont les capacités de recherche sont régulièrement ridiculisées dans les classements internationaux ne saurait fournir un modèle satisfaisant de formation des élites.

La ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, Valérie Pécresse, pourtant issue des grandes écoles ( diplômée HEC en 1988, et promotion Condorcet 1990-1992 de l'ENA ) ne se situe pas dans la dichotomie française traditionnelle et ne plaide pas la nécessité de deux filières ( la sélective d’une part, et l’universitaire d’autre part ) mais s’active pour des pôles de recherche et d’enseignement supérieur ( PRES ), ces nouvelles structures qui doivent regrouper les départements de recherche des grandes écoles et des universités, et qui constituent l’axe principal de sa politique. C’est l’heure des ‘’fusions’’ plus ou moins ratées ou réussies, plus ou moins réelles ou faux-semblants.

 

Le système des grandes écoles – exception française- est manifestement questionné et ébranlé ; mais nul ne sait encore ce qu’il en adviendra. Et in fine on rappellera que notre bonne vieille République égalitaire finance dans sa sagesse à hauteur de 3500 euros par an les études d’un étudiant de droit, à 10 600 euros celles d’un étudiant en sciences, à 13000 euros celles d’un étudiant en médecine et à 12800 euros celles d’un élève en écoles d’ingénieurs très ordinaires post-baccalauréat. Mais cela atteint aussi 35000 euros pour un élève d’une grande école d’ingénieurs post-classes préparatoires; et, en moyenne 39000 euros pour un élève de Normale Sup ou de l’ENA.

 

 

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Et bien raisonnez et argumentez, vous en avez l'occasion! Et on verra sur pièces. Certes la passion est toujours partie prenante dans les débats sur l'Ecole, et sans doute là plus qu'ailleurs. Mais, je l'avoue, j'ai du mal à croire que ce livre est sans intérêt ( loin s'en faut ) ,et les commentaires contrastés et le plus souvent complexes auxquels il a donné lieu ici aussi. Mais il est vrai que je suis nettement moins ''expert'' des enseignements supérieurs que du primaire et du secondaire.

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