Macron à ''Amiens capitale européenne'': service national ou espace européen?

Selon ''Les Echos'', le chef de l'Etat devrait divulguer jeudi prochain la date de généralisation du service national universel à l'occasion du lancement d' ''Amiens capitale européenne de la jeunesse 2020''. Un curieux paradoxe du ''en même temps'' ?

Exalter à la fois ''le service national'' et ''l'espace européen'' peut sans doute être aisément soutenu dans le cadre purement rhétorique d'un discours; et on sait qu'Emmanuel Macron excelle dans ce type d'exercice. Mais il en va beaucoup plus difficilement si l'on examine de près les politiques effectives qui peuvent être menées. Emmanuel Macron a-t-il vraiment une politique de la jeunesse?

Pour ce qui concerne ''l'espace européen'', au moment même où Emmanuel Macron va prononcer un discours pour le lancement d' ''Amiens capitale européenne de la jeunesse 2020'', il convient de se rappeler quelles ont été les justifications qu'il a avancées pour annoncer la perspective qu'une « moitié d'une classe d'âge passe au moins six mois dans un autre pays européen » lors de son discours à la Sorbonne du 26 septembre 2017 intitulé «Initiative pour l'Europe »

« Le ciment le plus fort de l’Union sera toujours la culture et le savoir [...] Car cette Europe dont Erasme disait qu’il fallait demander à chaque jeune, déjà, de « parcourir le continent pour apprendre d’autres langues » et «se défaire de son naturel sauvage», cette Europe, parcourue par tant de guerres, de conflits : ce qui la tient, c’est sa culture [...] L’Europe doit être cet espace où chaque étudiant devra parler au moins deux langues européennes d’ici 2024. Au lieu de regretter le morcellement de nos contrées, renforçons les échanges ! En 2024, la moitié d’une classe d’âge doit avoir passé, avant ses 25 ans, au moins six mois dans un autre pays européen. Qu’il soit étudiant ou apprenti."

Quid de la mise en pratique de ce ''grand dessein'' (dixit Macron)? Un an plus tard, en réponse à une question posée le 16 mai 2018 par la députée ''Modem'' Marguerite Deprez-Audebert sur la façon de «donner envie d'Europe à notre jeunesse», le ministre de l'Education nationale a répondu qu'il est « tout à fait primordial d'ancrer l'idée européenne chez les jeunes en leur faisant bien comprendre qu'il y va de leur avenir ». Jean-Michel Blanquer a indiqué qu'il a élaboré une « stratégie » avec le Chef de l'Etat dont l'axe central est qu' « à l'horizon 2024, chaque étudiant devra parler deux langues européennes en plus de la sienne » et que « la moitié d'une classe d'âge devra avoir passé au moins 6 mois dans un autre pays européen que le sien » . Et le ministre de l'Education nationale a précisé qu'il avait fixé comme objectif pour l'année scolaire 2018-2019 que « 12% des élèves du second degré, soit 700000 élèves effectuent un séjour à l'étranger »

Plus d'un an après, en cette fin de l'année 2019, on aimerait savoir si cela a bien été effectif. Mais on n'en sait pas plus...Et pourtant cela a manifestement de l'importance au moment où il s'agit semble-t-il d'entrer dans le ''vif du sujet'' pour ce qui concerne la mise en place (effective?) d'''un service national ...universel''. Cet ''en même temps '' peut-il être possible par delà les envolées rhétoriques ''?

Le 18 mars 2017, le candidat d'En marche! Emmanuel Macron a présenté sa politique de défense qui comportait comme principale annonce un « service national » obligatoire d’une durée d’un mois pour tous les jeunes.

« Ce service national universel, encadré par les armées et la gendarmerie nationale, s’adressera aux jeunes femmes et hommes aptes de toute une classe d’âge, soit environ 600 000 jeunes par an . Ce temps de service militaire universel devra intervenir dans les trois ans suivant le 18anniversaire de chacun .  Chaque jeune Français ira ainsi à la rencontre de ses concitoyens, fera l’expérience de la mixité sociale et de la cohésion républicaine durant un mois [...] Ce service national permettra aussi de disposer, en cas de crise, d’un réservoir mobilisable complémentaire de la garde nationale [...] Ce projet a bien sûr un coût significatif et je l’assumerai. La rencontre des armées de la République et de la jeunesse de France, la cohésion nationale, ce sont des enjeux qui le méritent ». Son coût annuel (logement, transport, frais d’encadrement…) a été estimé entre 2 milliards et 3 milliards d’euros par an « en régime de croisière » par le candidat Emmanuel Macron (qui a précisé que ce budget important ne serait pas pris sur celui des armées)

Alors, avant tout sur celui de l'Education nationale (en sus de la charge nouvelle de la démultiplication des ''séjours à l'étranger'' voulus et promis dans le cadre valorisé de ''l'espace européen''? Tout cela est-il bien raisonnable ou même, tout simplement, crédible dans le contexte de'' rigueur financière'' que l'on connaît?

Etre ou ne pas être; ''choisir de ne pas choisir'', that is the question d'Emmanuel Macron.

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