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Billet de blog 20 mai 2021

Blanquer, c'est comme l'éternité: c'est long sur la fin

Quatre ans ont passé depuis sa nomination le 17 mai 2017. A-t-il encore beaucoup à montrer pour son image dans l'Histoire ? On peut en douter. Deux ministres seulement ont duré plus que lui depuis l'instauration d'un ministère de l'Instruction publique il y a presque deux siècles : Christian Fouchet et François Bayrou.

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François Bayrou a été ministre de l'Education nationale du 30 mars 1993 au 2 juin 1997 (soit quatre ans et deux mois)

Trois ans avant sa nomination, il avait publié un ouvrage ( « La décennie des mal-appris ») où son ambition déclarée était d'opérer une « révolution magistrale », c'est à dire une transformation de l'Ecole par le maître et non par l'administration et l'organisation.

Dans une interview au journal « La Croix » du 29 novembre 1993, François Bayrou déclare que « la qualité d'une société ne se reconnaît pas seulement à sa capacité à satisfaire les besoins matériels de l'être humain, mais aussi à épanouir ce qu'il y a de spirituel en lui ».
Dès son arrivée au ministère, il annonce son intention de faire voter une loi abrogeant la célèbre loi Falloux de 1850 qui interdit de financer plus de 10 % des dépenses d'investissement des établissements scolaires privés.

Le ''camp laïque'' se mobilise. Une manifestation est organisée qui réunit, dit-on, 600000 personnes. Suite à une décision du Conseil constitutionnel, le gouvernement abandonne le projet.

Pour ''rebondir'', François Bayrou ouvre une concertation nationale en vue de définir « un nouveau contrat pour l'école ». Une synthèse de cette concertation est réalisée sous la forme de « 145 propositions ». Excusez du peu ! Selon François Bayrou, l'originalité de ses « propositions » réside en ce qu'elles ne forment pas une réforme nouvelle du système éducatif, mais qu'elles l'adaptent pour qu'il réponde mieux aux besoins du moment". 

Le Premier ministre annonce que le gouvernement reprend à son compte la quasi-totalité des propositions. Compte-tenu du nombre, il est tout à fait impossible d'en faire le bilan. Le ''flou artistique'' lové dans la diversité et la multiplicité comme mode de gouvernement et comme entrée dans les mémoires sinon dans l'Histoire !

Christian Fouchet a été ministre de l'Education nationale du 29 novembre 1962 au 6 avril 1967 (soit 4 ans, 4 mois et 8 jours) et il détient toujours le record de longévité.

La ''réforme Fouchet'' du CES.
Des « collèges d'enseignement secondaire » sont créés par décrets le 3 août 1963. Ils  comprennent « trois groupes de sections, caractérisées par leur pédagogie propre » : un enseignement général long, classique ou moderne, dispensé par des professeurs agrégés ou certifiés ; un enseignement général moderne court assuré par des professeurs de collège bivalents ; un enseignement terminal encadré par des instituteurs en principe spécialisés (sixième et cinquième de « transition » ; quatrième et troisième « pratiques »)

La décision de supprimer les classes de fin d'études des écoles primaires est prise. Le primaire va finir par se limiter à l'élémentaire au cours des années 1970. Une école moyenne de quatre années (avec un cycle dit d'observation de deux ans suivi d'un cycle dit d' « orientation de deux années) succède à l'élémentaire 

Cette mise en système de l'Ecole se poursuit par la restructuration des seconds cycles du secondaire
Par décret du 10 juin 1965, les filières conduisant au baccalauréat se spécialisent dès la classe de seconde avec quatre séries générales ( A, B, C, D) . Le baccalauréat de technicien est créé : il sanctionne des formations techniques très spécialisées ( séries F, G, H)

Les réformes ''Fouchet'' du supérieur

Les décrets du 22 juin 1966 transforment profondément eux aussi l'organisation des études en lettres et en sciences. Ils distinguent deux cycles successifs, de deux années chacun. Le premier est sanctionné par un diplôme d'études littéraires ou scientifiques (DUEL ou DUES) : ce cycle est plus long que l'année de « propédeutique » qu'il remplace. Il est décidé que le second cycle doit désormais fonctionner selon une bifurcation : la licence conduisant en un an à l'enseignement ou bien   la maitrise menant en deux ans à la recherche. Enfin le décret du 7 janvier 1966 crée les Instituts universitaires de technologie (IUT) chargés de former des techniciens supérieurs en deux ans.

Ce grand ensemble de réformes structurelles  a été institué sans lois et par simples décrets en quatre ans . 

En regard, on peut se demander ce qui restera du long ministère de Jean-Michel Blanquer par delà l'écume de  ses incessantes prises de parole médiatiques . On verra. Et certains des lecteurs de cet article feront sans doute déjà  part de leur ''petite idée''

PS: pour aller plus loin, voir mon dernier livre "L'école d'aujourd'hui à la lumière de l'histoire" paru en mars dernier aux éditions Odile Jacob

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