« Pour Julie M, le pire c'est ''au jour d'aujourd'hui'' : tous les jours, voir que les bases ne sont pas acquises alors que l'école est gratuite, c'est un comble ! » .Cela commence bien, si l'on peut dire ; et par une mise en cause de « l'école gratuite » (laxiste, impuissante, déclinante ?). Mais ce qui devrait d'abord être examiné, c'est le bien-fondé de la mise en évidence de cette ''faute'' et de son caractère ''basique'' ou ''nouveau''.

Or que dit «Le Bon Usage» de Maurice Grevisse, dans sa neuvième édition, en 1969 (qui « devrait être la bible des écrivains » selon... le « Figaro littéraire » du 8 septembre 1969).

Article 854 bis . « Dans ''le jour d'aujourd'hui'', l'idée de ''jour présent'' est exprimée trois fois. Ce pléonasme populaire se trouve parfois dans la langue littéraire et peut y faire fort bon effet : ''Nous n'avons à nous que le jour d'aujourd'hui !'' (Lamartine, Méditations) ; '' Tout ce qui est français d'origine et de bon aloi ne passe-t-il pas pour archaïque au jour d'aujourd'hui ?''(A. Hermant, Chronique de Lancelot) » ; ''Jusqu'au jour d'aujourd'hui, tout ce beau monde est encore dans les montagnes'' (André Chamson) »

« Voire même » ? « Marie A : ''voire'' est l'équivalent de ''même'' ; cela revient à dire ''même même''.. Je suis pointilleuse en ce qui concerne la langue française parce que je l'aime et la respecte. Lorsque j'ai des doutes, dictionnaires et Bescherelle sont là pour m'aider »

Article 872 du Grevisse : « ''voire même'' est considéré comme pléonastique par certains puristes. Mais si l'on considère le sens étymologique de ''voire'' (= vraiment), cet assemblage peut se traduire par ''vraiment même'' ou par ''et même, à vrai dire'', et n'est donc un pléonasme que si l'on prend ''voire'' dans son sens moderne de ''même''. Cette expression s'est maintenue dans la langue littéraire : ''quelques-uns, voire même beaucoup, ont voulu prendre leur part de sa gloire'' ( Mérimée) ; ''les couteaux et les pipes, voire même les chaises, avaient fait leur tapage'' (Musset) »

« Malgré que » ? «Manon M : cette faute en particulier me dégoûte [sic] par le manque flagrant de connaissance de la langue française, de son histoire et de sa logique linguistique dont elle dénote »

Article 978 du Grevisse : « ''malgré que'', au sens de ''bien que, quoique'' est proscrit par Littré et par les puristes. Cette locution, très fréquente dans la langue familière, pénètre de plus en plus dans l'usage littéraire. ''Malgré que nous lui assurions'' (Proust) ; ''Malgré que j'aie quitté la scène depuis un an '' (Colette) ; ''Malgré qu'il ait obtenu tous les prix de sa classe'' (Mauriac). ''J'ai écrit, avec Proust et Barrès, et ne rougirai pas d'écrire encore ''malgré que'', estimant que, si l'expression était fautive hier, elle a cessé de l'être. Elle ne se confond pas avec ''bien que'' qui n'indique qu'une résistance passive ; elle indique une opposition » ( André Gide, Incidences, pp. 73-74) ».

Finalement aurait-on surtout des ''demi-savants'' parmi les ''puristes'' en mal de distinction, ''voire même'' parmi les lecteurs du « Figaro » ? « La culture, c'est comme la confiture : moins on en a, plus on l'étale ! » disait-on au temps de ma jeunesse folle. Bon, d'accord, c'est un peu vulgaire. Mais ça dit bien- comme on dit- ce que ça veut dire.

 

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