Blanquer est-il «Macron» ou «Fillon» compatible ?

Si on en juge à partir de ce que le nouveau ministre de l'Education nationale vient de dire à propos de l'enseignement de l'histoire, le doute est pour le moins permis.

Dans une interview parue dans « Le Monde » d'hier, Jean-Michel Blanquer a répondu que « l’amour du pays et l’enseignement de l’histoire ne se confondent pas, mais sont en interaction. Ce qui est important est la structuration de l’enseignement et pour cela une approche chronologique est nécessaire, au moins jusqu’à la fin du collège. Nous allons renforcer cette dimension chronologique. Les enfants ont besoin de points de repère historiques. Le fait de connaître les rois de France, ce n’est pas du passéisme ». Et il a ajouté qu'il n'était « pas du tout » question de « remettre en chantier les programmes d'histoire », mais qu'il fallait « plutôt s’intéresser à ce qui se passe en pratique dans cet enseignement, à travers les outils pédagogiques, la formation des professeurs et les débats scientifiques que nous allons avoir ».

Durant la campagne des présidentielles (et contrairement à d'autres candidats) Emmanuel Macron s'est prononcé publiquement pour que les programmes du CP à la troisième (qui viennent d'être redéfinis d'un seul tenant, une première dans toute l'histoire de l'éducation en France) ne soient pas remis en cause.

Dans une tribune parue le 6 avril 2016 dans « Le Figaro », Nicolas Sarkozy avait prétendu – lui - qu' « en Histoire, les grandes figures qui structurent la mémoire nationale ont été soigneusement gommées. Un universalisme éthéré est venu remplacer le récit national. Personne, bien sûr, ne conteste le principe d'un enseignement ouvert sur le monde et qui permet d'en comprendre la complexité ; mais comment comprendre l'Histoire des autres si l'on ne connaît pas sa propre Histoire, à commencer par sa chronologie ? La mémoire d'un peuple n'est pas un kaléidoscope où les époques s'entremêlent dans un mouvement perpétuel, elle est une trame serrée d'événements et d'évolutions tissée par les siècles ». Ainsi parlait Nicolas Sarkozy, grand historien devant l'Eternel,

Dans son discours de rentrée d'août 2016, le candidat François Fillon a voulu - lui aussi – ne pas être en reste et frapper les esprits : « revoir l'enseignement de l'Histoire à l'école primaire » afin que les maîtres ne soient « plus obligés d'apprendre aux enfants à comprendre que le passé est source d'interrogations » (sic). « Faire douter de notre Histoire : cette instruction est honteuse » a-t-il asséné. Il s'agissait de rien moins que de « retrouver la confiance dans notre patrie ». Et François Fillon a précisé qu'il demanderait « à trois académiciens de s'entourer des meilleurs avis pour réécrire les programmes d'histoire avec l'idée de la concevoir comme récit national. Car le récit national, c'est une Histoire faite d'hommes et de femmes, de symboles, de lieux, de monuments, d'événements qui trouvent un sens et une signification dans l'édification progressive de la civilisation singulière de la France ».

La focalisation sur « l'histoire de France », « sa chronologie » a été patente pour ces deux candidats en matière d' « éducation nationale ». Les réponses du nouveau ministre de l'Education nationale ne paraissent pas vraiment affranchies de ces ombres portées de Nicolas Sarkozy et de François Fillon en l'occurrence, même si Jean-Michel Blanquer indique qu'il ne s'agit pas de remettre en chantier les programmes et qu'il n'y a pas besoin d'une nouvelle loi d'orientation scolaire.

A cet égard, pour être clairement en phase avec ce qui a été l'un des axes fondamentaux de la campagne d'Emmanuel Macron (à savoir la dimension européenne), le nouveau ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer devrait se situer clairement dans cette mouvance, qui a été justement tout à fait présente dans la dernière loi d'orientation -celle de juillet 2013 - et dans les propos de son auteur, Vincent Peillon. Or on en est loin pour le moment, et l'on peut mesurer la différence.

Dans un article de la loi de refondation de juillet 2013 intitulé : « Promouvoir une plus grande ouverture sur l’Europe et le monde », il est écrit que « l'’école doit favoriser l’intégration des futurs citoyens français dans l’espace politique de l’Union européenne et rendre possible la mobilité professionnelle dans l’espace économique européen. C’est pourquoi la France promouvra les initiatives visant à développer un esprit européen et un sentiment d’appartenance partagé à la communauté politique que constitue l’Union européenne ».

A une question du parlementaire Christophe Sirugue, Vincent Peillon a répondu le 4 mars 2014 que « cette dimension européenne de l'enseignement dans la loi du 8 juillet 2013 d'orientation et de programmation pour la refondation de l'école de la République » est inscrite dans «  l'apprentissage des valeurs et symboles de la République et de l'Union européenne, notamment de l'hymne national et de son histoire, et l'apposition du drapeau européen sur toutes les façades des établissements scolaires  […]. En lien avec l'histoire et la géographie, doivent être étudiés l'hymne européen, la diversité des cultures et le sens du projet politique de la construction européenne [...]. Le socle commun de connaissances, de compétences et de culture, inscrit dans la loi du 8 juillet 2013, et cadre de référence de la scolarité obligatoire, doit donner des repères communs pour préparer chaque élève à la construction de sa propre culture, et participer à la construction du sentiment d'appartenance à la communauté des citoyens de l'Europe auxquels ils appartiennent ».

Est-ce cela l'avenir ? Ou un passé déjà dépassé ? ''Macron'' ou ''Fillon''? Pour le moment « seule une obscure clarté tombe des étoiles » !

 

 

 

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