Des punitions interdites persistantes

L’interdiction de certaines punitions est le plus souvent perçue comme l’effet de prescriptions post-soixante-huitardes «laxistes» alors que cela remonte à l’instauration de l’Ecole républicaine.

Ainsi, il y tout juste dix ans, la circulaire de juillet 2000 portant sur les sanctions disciplinaires dans l’enseignement secondaire a rencontré l’incrédulité voire l’hostilité de nombreux professeurs. Par exemple l’interdiction des lignes, qui a pourtant été formellement proscrite il y a 120 ans , dès l’institution de l’Ecole républicaine qui a interdit les pensums par l’arrêté de 1890, continue à susciter des controverses et des oppositions irréductibles. Certains professeurs défendent en effet l’idée qu’une punition doit être par nature ‘’désagréable’’, et que le caractère fastidieux des ‘’lignes’’ est opportun, même s’il est peu instructif. Et ils font valoir qu’une punition s’inscrivant directement dans les tâches scolaires et se voulant ‘’intelligente’’ ( un devoir supplémentaire par exemple ) peut avoir pour effet de rabaisser le travail scolaire habituel au rang d’une punition.

Mais ils n’ont peut-être pas aussi en tête les vers vengeurs de Victor Hugo dénonçant les pensums, les lignes, dans son Ode à Horace :

" Dimanche en retenue et cinq cents vers d’Horace !

Je regardais le monstre aux ongles noirs de crasse

Et je balbutiais : Monsieur…- Pas de raisons !

Vingt fois l’ode à Plancus et l’épître aux Pisons !

Eunuques, tourmenteurs, crétins, soyez maudits !

Car vous êtes les vieux, les noirs, les engourdis ! "

 La circulaire ministérielle de 1890 fait suite aux travaux d’une commission qui a regroupé presque tous ceux qui ont compté dans l’institution de l’Ecole républicaine, signe de l’importance que ces dirigeants républicains ont accordé à la question de l’ordre disciplinaire. Ils condamnent " les pénalités qui visent à mater et n’amendent guère ", et ils réclament et obtiennent " l’interdiction du piquet et des pensums, véritables travaux forcés où l’esprit n’a point de part ".

La circulaire ministérielle du 15 juillet 1890 précise que " le Conseil supérieur de l’Instruction publique a nettement manifesté sa préférence pour une discipline libérale [ l’adjectif ‘’libéral’’, dans ce type de contexte, étant alors le quasi équivalent de ‘’républicain’’ ] et son éloignement d’une discipline répressive. Celle-ci, reposant sur la défiance, n’usant que de la contrainte, se contente d’un ordre apparent et d’une soumission extérieure, sous lesquels se dissimulent les mauvais instincts comprimés, et les sourdes révoltes qui éclateront plus tard. Cette discipline sacrifie tout l’avenir à la sécurité du moment présent ; elle se satisfait de l’ordre apparent qu’elle obtient, et ne sait pas voir le désordre profond qu’elle tolère, moins encore celui qu’elle crée. La discipline libérale cherche, au contraire, à améliorer l’enfant plutôt qu’à le contenir, à le gagner plutôt qu’à le soumettre. Elle veut toucher le fond, la conscience, et obtenir non cette tranquillité de surface qui ne dure pas, mais l’ordre intérieur, c’est à dire le consentement de l’enfant à une règle reconnue nécessaire : elle veut lui apprendre à se gouverner lui-même "

Mais cela peut-il encore avoir un sens fort aujourd’hui, alors même que la cinquième ‘’République’’ se résume institutionnellement au passage du Haut Empire ( Charles de Gaulle ) au Bas Empire ( Nicolas Sarkozy ) où l’empire du chef ( voire la soumission ) sont érigés en principe?.

" Qui aime bien, châtie bien " dit-on encore. Mais, en la matière, peut-on encore entendre l’appel d’un expert en sado-masochisme, à savoir le marquis de Sade lui-même : " Français, encore un effort pour être républicains ! ".

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