Reçu ou remboursé

Acadomia vient de lancer une offre présentée comme inédite : " le bac garanti ou remboursé ". Mais il y a déjà eu dans le passé – lointain - des offres similaires, dans un contexte qui n’était pas sans rapport avec le nôtre.

 

Acadomia, la principale entreprise de soutien scolaire à domicile en France, a lancé mercredi dernier une offre pour les candidats aux baccalauréats généraux ou technologiques. Soixante heures de cours particuliers dans l’année, plus deux stages de dix heures ( à Pâques et juste avant les épreuves du bac ). Le tout pour un tarif de 245 euros par mois ( dont 100 euros de réduction d’impôts, pour ceux qui en payent…). Un lancement assorti d’un slogan : " le bac garanti ou remboursé ". Le PDG d’Acadomia, Philippe Coléon ( qui a hissé en quinze ans son entreprise au premier rang du soutien scolaire en France : 120 millions d’euros de chiffre d’affaires ) s’est employé à justifier cette entreprise en déclarant que " l’Education nationale est en train de glisser vers l’offre de service, avec ses stages de soutien et de remise à niveau hors du temps scolaire. Elle se pose en concurrente du soutien privé. Du coup, on va se positionner sur l’efficacité, sur le résultat…ce que l’école ne promet pas ".

 

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il y a déjà eu des précédents dans le passé, et précisément pour le baccalauréat, ce qui n’est pas un hasard. Le baccalauréat, créé en 1808 par Napoléon I, est vite devenu une enjeu social important car il était exigé pour entrer dans les grandes écoles et dans les administrations de l’Etat. Signe de son succès, une véritable industrie de la fraude s’est développée ( on parlait alors de " passeurs " ) ; et on a dû prévoir des peines de trois ans d’emprisonnement et 10000 francs or d’amende pour enrayer le fléau. Mais on n’a pu empêcher, bien au contraire, à partir des années 1830, le développement de l’industrie du bachotage ( ce que l’on appelait les " préparateurs ", les " fours à bachot " ) dont certains, précisément, proposaient le contrat " reçu ou remboursé ".

 

Il n’est pas inutile de savoir dans quel contexte cela s’est produit. Au début des années 1830, les libéraux viennent de prendre le pouvoir. Et il est significatif que se développent alors des interrogations qui peuvent avoir quelque ressemblance avec notre situation actuelle. En témoigne, par exemple, un célèbre article paru en 1832 dans le " Journal de l’instruction élémentaire " ( l’organe officieux du ministère de l’Instruction publique alors dirigé par Guizot ). L’auteur considère que l’Ecole peut être organisée soit selon un " principe commercial " ( on parlerait actuellement de ‘’consumérisme scolaire’’ ou de ‘’marchandisation’’ ), soit selon un " principe patriotique " ( on dirait de nos jours, ‘’Education nationale’’ ) . Le " principe commercial ", précise-t-il, " tend à tout individualiser dans l’Etat, à arracher chaque jour au pouvoir central, qui est regardé comme en dehors du peuple, quelque partie de son action". Le " principe patriotique ", en revanche – poursuit-il - doit " tendre à construire le pouvoir central lui-même sur une base vraiment populaire ".

Cinquante ans après, Jules Ferry fait entendre un cri de victoire : " Nous avons – dit-il – sur l’Angleterre et sur les Etats-Unis cette supériorité de considérer que l’enseignement n’est point matière d’industrie, mais matière d’Etat ; et que les intérêts intellectuels de l’enfance sont sous le contrôle et la surveillance de l’Etat".

Un siècle a passé, et l’on peut vraiment se demander où nous en sommes…

 

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