Filles-garçons: Blanquer-objectifs quantifiés (voire quotas) pour les spécialités ?

Interrogé jeudi dernier par les délégué-e-s aux droits des femmes et à l'égalité des chances de l'Assemblée nationale, Jean-Michel Blanquer s'est dit prêt à fixer des objectifs quantitatifs pour les spécialités. Des objectifs en intention, qui n'engagent pas à grand-chose ? Ou des objectifs mis en œuvre impérativement, des quotas ?

Jeudi dernier, Jean-Michel Blanquer a souligné qu'un rapport du « Groupe de travail sur l'égalité filles garçons installé dans le comité de suivi de la réforme du lycée » sera publié le 9 juillet et a annoncé qu'il était prêt à « fixer des objectifs quantitatifs pour les spécialités ».

« Politiquement j'y suis prêt. On peut préparer des décisions prochaines pour du volontarisme en matière d'orientation. Dans les prochains jours des actions placeront le ministère à l'avant garde de cette action. On va avoir une nouvelle étape ».

Cela a déjà été tenté dans le passé plus ou moins lointain, sans grand succès, si on se borne à fixer des « objectifs ». Doit-on (et peut-on) passer à une autre « étape » (comme dit le ministre), qui serait celle des quotas ? Mais cela est douteux et serait fort aventureux.

En réalité, si l'on veut réaliser une avancée décisive, et renoncer à piétiner comme on le fait depuis plus d'une génération, le mieux serait de prendre sérieusement en compte le  très intéressant rapport de l'Inspection générale sur « Les inégalités scolaires entre filles et garçons dans les écoles et les établissements » rendu public en mai 2013. 

Ce rapport a indiqué fort opportunément que « la focalisation initialement portée sur l'orientation et principalement sur celle des filles a durablement marqué les politiques d'égalité entre filles et garçons [...] L'effort a porté jusqu'ici sur la diversification des choix d'orientation. Mais cet effort a rencontré ses limites en intervenant assez tard dans le processus d'orientation, en fin de collège, au moment où les représentations stéréotypées sur les métiers et les formations qui y conduisent sont déjà construites. Enfin il a ciblé prioritairement sur les filles, envoyant un message ambigu. Est-il plus dérangeant que les filles n'aillent pas assez en séries scientifiques, ou que les garçons évitent les séries littéraires ? Que les filles désertent les séries industrielles, ou les garçons les services ? Qu'il n'y ait pas assez d'ingénieures ou de puériculteurs ? » (pages 42-43). 

Enfin ce rapport a également souligné à juste titre que « l'enseignement primaire a été l'angle mort » des politiques de réduction des inégalités scolaires  » (même si, ici ou là, de très intéressantes initiatives ont pu avoir lieu). 

Certaines des orientations de la convention interministérielle signée en février 2013 (par le ministre de l'Education nationale Vincent Peillon et la ministre du Droit des femmes Najat Vallaud-Belkacem) allaient dans ce sens.

Cette convention annonçait en particulier « la création d'un programme ''ABCD de l'égalité'' qui s'adresse à l'ensemble des élèves de la grande section de maternelle au CM2 et à leurs enseignants, et vise à déconstruire des stéréotypes de genre ».

Et il était aussi d'ores et déjà dûment prévu dans cette convention interministérielle (compte tenu en particulier du peu de progrès, en trente ans, dans les manuels scolaires quant aux stéréotypes véhiculés) qu' « une documentation pédagogique, coproduite par le ministère du droit des femmes et le ministère de l'éducation nationale sera mise à la disposition des enseignants sous forme physique et numérique »

Il était aussi d'ores et déjà projeté (et c'était aussi indéniablement une nouveauté ), « une formation à l'égalité pour les enseignants : un module spécifique ''lutte contre les stéréotypes de genre dans les pratiques professionnelles'' sera prévu dans le cahier des charges des futures écoles supérieures du professorat et de l'éducation ».

Et la formation continue n'était pas oubliée : « cette thématique sera également déclinée dans la formation continue de l'ensemble des personnels de l'éducation nationale […] Des outils de formation en ligne seront établis et mis à disposition sur les sites disciplinaires et généralistes du MEN ». Tout cela ouvrait indéniablement des perspectives. 

Hélas, trois fois hélas,  le programme ''A,B,C,D'' est retiré sous l'injonction directe  du nouveau Premier ministre Manuel Valls qui cède quasi entièrement devant des intégristes de toutes natures (catholiques intégristes du mouvement de la ''Manif contre le mariage pour tous'' ou musulmans . Et le ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer, en poste depuis quatre ans, n'est pas revenu là dessus

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.