Front national: vade retro!

Une curiosité : la mise en avant du latin (et non pas des ''Gaulois''...) dans les propositions faites en présence de Marine Le Pen par les collectifs ''Racine'' et ''Marianne'' lors de la ''convention présidentielle'' du 22 septembre.

PROPOSITION 21 : « Proposer dans tous les établissements une initiation au latin à tous les collégiens de 5e, et un enseignement obligatoire de latin pour les 4e et 3e se déterminant vers la poursuite d’études longues, à raison de 3 heures hebdomadaires»

PROPOSITION 22 : « Attribuer, à chaque niveau du lycée, 3 heures hebdomadaires au latin et/ou au grec, en laissant la possibilité d’étudier simultanément le latin et le grec ; l’étude d’une des deux langues anciennes étant recommandée en 2nde, obligatoire en 1ère L et Terminale L, et optionnelle en 1ère et Terminale S ou ES ».

Symétriquement (et sans doute en pendant inversé) la PROPOSITION 28 : « Supprimer le dispositif Enseignement langues et cultures d’origine (ELCO) qui va à l’encontre de la fonction assimilatrice de tous les enfants à la nation qu’il incombe à l’Ecole de remplir »

Bien sûr, le « roman national » n'est pas oublié. PROPOSITION 10 : « Instaurer, tout particulièrement à l’Ecole primaire, un enseignement chronologique de l’histoire, pour l’essentiel celle de la France, faisant toute sa place au roman national présenté sous forme de récits, lesquels forment la mémoire, forgent le sentiment d’une appartenance à la nation, et sont porteurs devaleurs propres à orienter la conduite ».

Cela ne paraît pas, pour les auteurs des 100 propositions, en contradiction avec une autre de leur profession de foi, à savoir que l'Ecole ne devrait pas « éduquer », mais se limiter strictement à « instruire »...PROPOSITION 57 : « Redéfinir les rapports entre les parents d’élèves et l’Ecole : c’est aux parents qu’il revient d’éduquer les enfants, l’Ecole ayant quant à elle pour mission de les instruire ». Quid ?

La référence à ce qui est (ou serait) spécifiquement ''français'' et/ou ''national'' est très présente. PROPOSITION 8 : « Valoriser dès le primaire les textes extraits des grandes œuvres littéraires, tout particulièrement celles appartenant au patrimoine culturel national, qu’on privilégiera par rapport à la « littérature pour la jeunesse ». PROPOSITION 19 : « Elever l’horaire de français à 6 heures hebdomadaires pour chacune des quatre années du collège, horaire incluant des cours effectifs de grammaire articulés à l’étude des grands textes littéraires français, pour que chaque élève soit pleinement capable de s’exprimer oralement comme par écrit, et s’approprie notre patrimoine culturel ». PROPOSITION 20 : « Elever l’horaire de français en 2nde de 4 à 5 heures hebdomadaires, de sorte à donner toute sa place à l’étude d’œuvres littéraires, en articulant à cette étude un enseignement d’histoire de la littérature et la pratique systématique de la dissertation, spécificité française dont les vertus sont incontestables ». PROPOSITION 46 : « Instituer à tous les niveaux de la scolarité (primaire et secondaire) un enseignement à part entière intitulé « Civisme et Droit », dispensé par des enseignants spécifiquement recrutés (création d’un CAPES de droit), et dont la finalité sera de permettre à tous les élèves d’accéder à une citoyenneté éclairée, responsable, libre, et de pleinement s’assimiler à la nation française »

A propos d' « assimilation » (si l'on peut dire), il convient de ne pas oublier la PROPOSITION 48 : « Clarifier une fois pour toutes par voie réglementaire ce que doit être l’offre dans les cantines scolaires, dont la gestion reste des compétences des collectivités : le service public fondé sur les principes d’égalité et de neutralité n’a pas à prendre en considération les préférences alimentaires particulières ou les pratiques religieuses des élèves, de sorte qu’il ne lui appartient pas de proposer des plats ou menus de substitution ». Sans compter une autre forme d' « assimilation » : la définition et l'obligation d'un même uniforme sur tout le territoire national français. PROPOSITION 53 : « Instaurer le port d’un vêtement uniforme pour tous les élèves du primaire et, au moins, d’une partie de l’enseignement secondaire, jusqu’à un niveau d’étude qui sera déterminé à l’issue d’une concertation nationale, suite au lancement d’un appel national à projets visant à déterminer l’aspect et la forme de ce vêtemen» (cette proposition diffère de celles proposées par des candidats à la primaire de droite, en ce sens qu'ils préconisent -eux- une blouse ou un uniforme à la discrétion de chaque établissement).

Des aspects fort importants des cent propositions faites en présence de Marine Le Pen par les collectifs  ''Racine'' et ''Marianne'' (notamment ceux renvoyant à un élitisme pleinement revendiqué et à une distillation fractionnée des élèves sans précédent) ont été laissés de côté pour le moment. On y reviendra ultérieurement.

PS1 : Il faut remonter à avant la grande réforme de 1902 qui met en place pour la première fois en France un cursus d'enseignement secondaire long moderne (sans latin) pour retrouver un équivalent dans le passé de la situation qui serait engendrée par l'application de la PROPOSITION 21. Et cela ne concernait alors que moins de 1% de chaque classe d'âge.

PS2 : Il y a bien eu dans le passé le port assez généralisé de blouses (diversifiées) pour protéger les vêtements (alors chers relativement), notamment des crachotements d'encre violette dus au maniement plus ou moins contrôlé de la plume sergent major. Mais les blouses n'ont jamais été strictement obligatoires ni uniformes dans les écoles communales (et a fortiori sur tout le territoire national). Il y a bien eu dans le passé des blouses uniformes ou des uniformes dans certains établissements privés ou dans certains établissements secondaires publics plus ou moins huppés, mais cela est toujours resté à la discrétion (et aux particularités) de chacun de ces établissements.

 

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