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Billet de blog 26 oct. 2008

Premier forum mondial de «l'éducation tout au long de la vie»

Il se tiendra à Paris les 28 et 29 octobre sous l’égide du Comité mondial pour l’éducation et la formation tout au long de la vie, à un moment où il serait temps de prendre en France pleinement conscience de l’extension extraordinaire (mais quasi unilatérale) de la scolarisation initiale durant le dernier demi-siècle.

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Il se tiendra à Paris les 28 et 29 octobre sous l’égide du Comité mondial pour l’éducation et la formation tout au long de la vie, à un moment où il serait temps de prendre en France pleinement conscience de l’extension extraordinaire (mais quasi unilatérale) de la scolarisation initiale durant le dernier demi-siècle.

Les quatre séances plénières qui auront lieu au siège de l’UNESCO le 29 octobre doivent " faire le point, douze ans après le rapport Delors d’avril 1996 ( ‘’L’éducation , un trésor est caché dedans’’ ), sur les avancées des systèmes d’éducation, de formation et d’apprentissage tout long de la vie sous toutes leurs formes, ainsi que sur les pratiques innovantes développées dans tous les endroits du monde ".

C’est l’occasion de remarquer qu’en France la durée de la scolarisation initiale a davantage augmenté durant la dernière période ( en un demi-siècle, depuis le début de la Cinquième République ) que pendant tous les siècles précédents.

En 1958, la plupart des élèves n’entraient à l’école qu’à six ans ( la pré-scolarisation ne concernait alors qu’une faible minorité ), et l’âge de la fin de la scolarité obligatoire était toujours fixé à 14 ans ; un peu moins de la moitié d’une classe d’âge était encore scolarisée dans les faits à 15 ans.

En 1958, plus de la moitié des élèves avaient donc une scolarité qui commençait à 6 ans et se terminait à 14 ans, soit 8 ans de scolarité. Actuellement la quasi totalité des élèves commencent leur scolarité à 3 ans et 87% d’entre eux sont encore scolarisés à 18 ans, soit 15 ans de scolarité, presque le double ; plus de la moitié sont encore scolarisés à 20 ans, soit 17 ans de scolarité, plus du double qu’en 1958.

On peut d’ailleurs légitimement se demander ce que l’on a fait de cette augmentation de la durée de la scolarisation initiale ; et si la question fondamentale n’est pas désormais de l’optimiser plutôt que d’envisager encore de l’accroître. En tout cas, il ne saurait être question de la doubler encore une fois dans le demi-siècle qui vient ! Ce qui semble désormais à l’ordre du jour ( et d’avenir ), c’est donc bien ‘’l’éducation tout au long de la vie’’ ( prise jusqu’ici peu ou prou comme une sorte d’OVNI plus ou moins sympathique, mais qui n’engage pas à grand chose ) et son articulation avec une formation initiale qui puisse effectivement le permettre.

Le mot d’ordre " apprendre à apprendre " vient immédiatement à l’esprit. Contrairement à ce que l’on pense généralement, cette expression ( ou ce ‘’slogan’’) n’est pas une lubie ( récente ) de pédagogues, mais déjà une banalité ( du moins dans les propos ) dès le début de l’Ecole de la troisième République. Un seul exemple ( parmi bien d’autres possibles ), pris dans le rapport annuel sur la scolarité obligatoire d’un inspecteur d’académie très ordinaire ( celui de la Somme à son préfet, en 1894 ) : " Aucun de nos maîtres n’ignore que le but de notre enseignement est double […] ; en deux mots, on veut apprendre et apprendre à apprendre ( en italiques dans le texte cité ). De ces deux tâches, la seconde est plus importante que la première ; mais l’une et l’autre demandent, pour être remplies, une bonne organisation pédagogique et une bonne interprétation des programmes ".

Est-il en effet possible d’ " apprendre à apprendre " en quelque sorte ‘’ à vide’’ ? N’apprend-on pas à apprendre en apprenant ; mais pas n’importe quoi et de n’importe quelle façon ? Comment reconnaître et promouvoir ces apprentissages privilégiés, et leurs manières d’être les plus opportunes ? Questions difficiles sans doute, mais incontournables si l’on prend au sérieux l’ambition proclamée ; et, surtout, si l’on veut préparer effectivement chacun à bénéficier d’une " éducation et formation tout au long de la vie "…

Cela avait été clairement mis en évidence par le rapport du Collège de France rédigé par le sociologue Pierre Bourdieu à la demande du président de la République François Mitterrand en 1985 : " Des programmes nationaux devraient définir le minimum culturel commun, c’est à dire le noyau de savoirs et de savoir-faire fondamentaux et obligatoires que tous les citoyens devraient posséder. Cette formation élémentaire ne devrait pas être conçue comme une sorte de formation achevée et terminale, mais comme le point de départ d’une formation permanente. Elle devrait donc mettre l’accent sur les savoirs fondamentaux qui sont la condition de l’acquisition de tous les autres savoirs. Elle devrait mettre aussi l’accent sur les formes de pensée et les méthodes les plus générales et les plus transposables ".

Or, par delà les slogans plus ou moins proclamés (ou décriés ) on n’a guère progressé dans cette direction ( ou en tout cas insuffisamment ) dans les programmes et instructions. On a même régressé tout dernièrement dans les principes et les choix qui ont présidé aux " nouveaux programmes du primaire " qui n’ont été guidés en rien par ces préoccupations ( pourtant d’avenir et désormais historiquement à l’ordre du jour ). Les lobbies passéistes et le passéisme politicien risquent à terme de nous coûter cher, très cher. Paris accueille le premier " Forum mondial de l’éducation et de la formation tout au long de la vie ". Mais le ministère de l’Education nationale est ‘’ailleurs’’.

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