Revalorisation Blanquer: ni historique ni sans précédent!

Comme d'habitude, Jean-Michel Blanquer n'a pas hésité à présenter son action comme « sans précédent », « historique », à l'instar d'autres sujets dans le passé. Au risque d'être facilement démenti cette fois ci dans l'espace public si la "grande presse" fait son travail.

Ainsi, sans remonter très loin  dans le temps, on peut rappeler le « précédent » qui a justement précédé le ''ministère Blanquer'' lorsque   la ministre de l'Education nationale  Najat Vallaud Belkacem a obtenu une rallonge de 3 milliards d'euros pour le budget 2017 (dont 814 millions pour la revalorisation des enseignants (500 millions pour les accords PPCR et 300 millions au titre de la hausse du point d'indice). Un montant supérieur à celui annoncé hier par le ministre actuel de l'Education nationale et sans l'horizon dominant des ''primes''

Quant à l'adjectif « historique » en la matière (il est vrai fréquemment revendiqué dans d'autres domaines par Jean-Michel Blanquer qui aime à se poser ainsi, le plus souvent sans le moindre fondement historique), il frise le ridicule en l'occurrence si on a par exemple à l'esprit ce qu'il s'est passé lors du deuxième septennat de François Mitterrand
En 2018, l'estimation du produit intérieur brut a été de l'ordre de 2300 milliards d'euros (2286 milliards en euros constants, 2353 milliards d'euros en euros courants).700 millions d'euros, c'est donc 0,03% du PIB.  On est loin, très loin de l'augmentation de la part de la dépense intérieure d'éducation dans le PIB de 1990 à 1993 où l'on est passé de 6,6% à 7,6% (une augmentation de la part du PIB dévolue à l'éducation de plus de 0,3% par an, soit dix fois plus).

Comme l'a établi l'historien Guy Brucy : " la revalorisation s'opère alors selon un double processus: une réévaluation générale des indices; une accélération des débuts de carrière [...]. Observé sur 10 ans (1982-1992) l'échelonnement indiciaire des instituteurs connaît une progression particulière. Celle des indices de début de carrière se situe entre 22,7% pour le premier échelon et 31,4% pour le quatrième échelon. Les indices de fin de carrière progressent de 43,8% pour le neuvième échelon et de 46,5% pour le onzième échelon. Dans ce dernier cas, l'accession à l'indice terminal de la hors-classe à partir de 1994 représente une augmentation de 63,6%.

Concrètement, un instituteur recruté en 1992 et poursuivant sa carrière dans le cadre de la classe dite ''normale'' percevra en moyenne 2000 francs par mois de plus que son collègue de 1988 et 2800 francs en hors classe. En même temps les débuts de carrière s'accélèrent: ainsi un élève-maître recruté en 1989 atteindra l'indice du cinquième échelon en deux ans et demi au lieu de cinq. D'autre part, les jeunes recrutés en 1992 seront titularisés à leur sortie de formation à l'indice 368 (7200 francs nets) soit l'indice du sixième échelon de 1988 "(page 494 de "L'Histoire de la FEN'' , ouvrage de l'historien Guy Brucy,,paru chez Belin en 2003, préface d'Antoine Prost)

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