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Billet de blog 28 janv. 2019

La ''guerre des disciplines'' aurait-elle déjà commencé?

Un arrêté en date du 25 janvier 2019 donne un avantage singulier aux ''langues et cultures antiques'' dans les évaluations du baccalauréat, ce qui pose tout particulièrement problème aux professeurs des enseignements artistiques en mauvaise posture dans la réforme du lycée mise en place. Sur fond de déni de ''justice sociale'', contrairement à ce que prétend Blanquer.

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L'arrêté publié au JO du 25 janvier 2019 précise que "les points excédant 10 sur 20 de l'évaluation des résultats de l'élève au cours du cycle terminal pour chaque enseignement optionnel “Langues et cultures de l'Antiquité”, retenus et multipliés par un coefficient 3, s'ajoutent à la somme des points obtenus par le candidat à l'examen"

Cet arrêté est la conséquence d'une promesse faite le 29 septembre 2018 par Jean-Michel Blanquer (avec une ''justification'' des plus étonnantes...): "le latin et le grec seront pris en compte dans la note de contrôle continu et seront , en plus, les deux seules options qui rapporteront des points bonus dans le nouveau baccalauréat" avait indiqué le ministre de l'Education nationale dans une interview accordée au JDD en prétendant que ce serait "un élément de justice sociale et d'intégration". Pourtant les statistiques en date de 2017 montrent que l'on a trois fois plus de chances de faire du latin quand on est d'origine socio-culturelle favorisée (et davantage encore pour ce qui concerne le grec)...

L'''Association des professeurs d'éducation musicale'' a lancé une pétition qui dépasse d'ores et déjà les huit milles signatures: "Dans la version initiale de la réforme du lycée, toutes les options perdaient le bénéfice des points bonus au baccalauréat et leur évaluation était intégrée au contrôle continu. Cette nouvelle mesure met en danger les options artistiques qui, noyées dans le contrôle continu, compteront pour quantité négligeable (1/100e du total) et verront leurs effectifs diminuer.  Si, comme l’a annoncé J.M Blanquer dans le Journal du Dimanche du 29 septembre, le latin et le grec conservent les points bonus, alors il serait juste et légitime que les autres disciplines bénéficient du même traitement.  Pour davantage d’équité entre les élèves, nous demandons à ce que tous les élèves, quelles que soient les options qu’ils choisissent, puissent bénéficier des points bonus au baccalauréat. Pour la sauvegarde des options artistiques, nous voulons que toutes les options puissent retrouver le bénéfice des points bonus au baccalauréat.'' (les passages en caractères gras le sont dans le texte même de la pétition).

Les disciplines sont en principe d'égale dignité, dit-on. Mais il y en a qui sont ''plus égales que d'autres''. Et le principe de leur classement (pour soi-disant plus de ''justice sociale'') par le ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer vaut son pesant de ''faux-semblant'' en l'occurrence.

En matière de ''distinction'', on remarquera aussi que les agrégations les plus anciennes (créées en 1766) sont celle des lettres et de grammaire (gréco-latines) et les agrégations les plus récentes (et tardives...) celles d'éducation musicale (en 1974) et d'arts plastiques (en 1975) si l'on excepte celle d'éducation physique et sportive (créée en 1982) plus quelques agrégations de langues vivantes ''rares'' ( le portugais, l'hébreu moderne, le polonais, le japonais...)

Dans l'un de mes premiers billets sur Médiapart, le 13 octobre 2008, j'avais titré : "La guerre des disciplines aura-t-elle lieu?'' Et j'avais commencé en écrivant: "Elle existe certes toujours de façon latente et incessante (pour l’existence, la reconnaissance ou la survie) ; mais, en certaines occasions (de crise ou de tournant majeur) elle peut prendre des formes très ouvertes. Or la réforme du lycée (avec ses réductions prévues d’horaire d’enseignement et l’amplitude de son organisation optionnelle) peut faire que cela soit très chaud. Et certaines associations de spécialistes font déjà monter la pression."

Puis j'avais conclu ce billet en écrivant: "Si la réforme du lycée entreprise par Xavier Darcos va jusqu’au bout, on assistera selon toute vraisemblance à une recomposition de grande ampleur, dans une ‘’précipitation’’ certaine (dans tous les sens du terme)".

Devant les résistances rencontrées, le président de la République Nicolas Sarkozy retira son soutien à Xavier Darcos, et l'on eut avec Luc Chatel une réforme du lycée fortement édulcorée par rapport au projet initial du ministre de l'Education nationale auquel il succédait. Maintenant on y est! Ce n'est qu'un début, continuons le(s) combat(s)!

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