Vers la structuration d'une guerre scolaire inédite?

Les élections de représentants d'élèves du 10 octobre prochain pourraient en être l'occasion, même si on est encore loin d'un mouvement très institutionnalisé et de réelle ampleur nationale comme on a pu le connaître dans le passé.

Les élections de représentants d'élèves du 10 octobre prochain pourraient en être l'occasion, même si on est encore loin d'un mouvement très institutionnalisé et de réelle ampleur nationale comme on a pu le connaître dans le passé.

Selon « Le Monde » du week-end dernier, les « militants anti-genre » ont l'intention de « mettre un pied au sein de l'école. Du côté des ''vigi-gender'' (ces parents dits ''vigilants'' proches de la Manif pour tous) comme dans la mouvance de Farida Belghoul qui s'est autoproclamée présidente d'une Fédération nationale de parents engagés et courageux (Fapec), les élections de représentants de parents d'élèves les 10 et 11 octobre, constituent une porte d'entrée ».

Mais on est à l'évidence loin d'un réel et puissant mouvement organisé nationalement, même si certains départements (la Seine-Saint-Denis, le Haut-Rhin et le Val d'Oise en particulier) peuvent être considérés ''en alerte'' selon la formule de Paul Raoult, le président de la FCPE ( la principale fédération de parents d'élèves).

A ce sujet, on rappellera pour mémoire (et pour comparaison) la puissante « guerre scolaire » organisée par la haute hiérarchie catholique elle-même dans les années qui ont précédé la première Guerre mondiale.

En septembre 1908, les cardinaux et archevêques de France publient une déclaration solennelle : « vous surveillerez l'école publique, employant d'abord tous les moyens légaux pour la maintenir dans l'observation de ce que, à défaut d'une expression meilleure, nous appellerons neutralité ».En septembre 1909, les cardinaux, archevêques et évêques de France préconisent une nouvelle forme d'organisation – à savoir les « associations des pères de famille » - en affirmant davantage encore quel est le but : « Vous avez le devoir et le droit de surveiller l'école publique. Il faut que vous connaissiez les maîtres qui la dirigent et l'enseignement qu'ils y donnent. Rien de ce qui est mis entre les mains et sous les yeux de vos enfants ne doit échapper à votre sollicitude : livres, cahiers, images, tout doit être contrôlé par vous […]. Nous interdisons l'usage de certains livres dans les écoles, et nous défendons à tous les fidèles de les posséder, de les lire et de les laisser entre les mains de leurs enfants, quelle que soit l'autorité qui prétend les leur imposer ». Suit une liste d'une quinzaine de manuels d'histoire, de morale ou d'instruction civique condamnés.

De 1910 à 1913, de nombreux projets de « défense laïque » se succèdent mais ne vont pas jusqu'au bout. Finalement, fin janvier 1914, la Chambre des députés vote par 424 voix contre 131 une série de dispositions afin d'« assurer la défense de l'école laïque ». Les parents qui empêcheront leurs enfants de participer aux exercices réglementaires de l'école, ou de se servir des livres qui y sont régulièrement mis en usage, seront frappés de la même peine d'amende que dans le cas de non-fréquentation (de deux francs à quinze francs-or). D'autre part quiconque, exerçant sur les parents une pression matérielle ou morale, les aura déterminé à retirer leur enfant de l'école ou à empêcher celui-ci de participer aux exercices réglementaires de l'école, sera puni d'un emprisonnement de six jours à un mois et une amende de seize francs à deux cents francs-or (ou de l'une de ces peines seulement). Enfin quiconque aura entravé ou tenté d'entraver le fonctionnement régulier d'une école primaire publique, notamment en organisant la désertion de cette école, sera frappé des mêmes peines ( lesquelles seront sensiblement aggravées, s'il y a eu violence, injures ou menaces).

Six mois plus tard, c'est la guerre de ''14'' et « l'Union sacrée ». C'était il y a tout juste 100 ans.

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.