Policiers à l'Ecole: Belloubet et Bayrou vont-ils l'emporter sur 'Castagner'?

Au ''Grand-Jury RTL-Le Figaro-LCI'', la Garde des Sceaux a tenu à faire valoir dimanche dernier que "l'école n'est pas une maison de redressement. Il est indispensable de concevoir l'école uniquement comme un lieu de savoir".

Ce faisant, Nicole Belloubet a rejoint les positions exprimées de longue date par François Bayrou, un allié politique d'Emmanuel Macron qui a son importance.

Le nouveau ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner s'est empressé il y a quelques jours de déclarer qu’il « n’excluait pas la présence physique de forces de l’ordre à l’école » ( "avec l’accord du chef d’établissement '' a-t-il précisé par la suite).

Ce faisant, il a choisi la position de Nicolas Sarkozy à laquelle s’opposait François Bayrou dans une querelle historique passée (mais pas dépassée semble-t-il; et en un sens qui en dit long sur certains penchants actuels)

Retour en arrière. La question de la violence à l’Ecole est très présente – et plus que jamais – durant la longue campagne de l’élection présidentielle de 2007.

Dès février 2006, Nicolas Sarkozy s’empare de ce thème et le développe longuement en appelant à la ‘’mobilisation ». Et, comme il l’avait déjà fait dès janvier 2004, Nicolas Sarkozy appelle de façon réitérée à l’installation permanente de policiers dans les établissements qui en feraient la demande.

François Bayrou se démarque très tôt de lui, dès la clôture du colloque sur l’éducation organisé par l’UDF le 11 mars 2006 : « retrouver un collège paisible, cela ne se fera pas avec des policiers dans les établissements scolaires, car si nous acceptons l’idée que la loi de l’école est la même que celle de la rue, alors l’école a perdu. Les valeurs de la rue, c’est trop souvent – hélas ! – la loi du plus fort. Et la police est là pour imposer la force de la loi aux caïds qui veulent prendre le dessus. Les valeurs de l’école ce n’est pas la loi du plus fort, c’est la loi du respect, le respect du savoir, le respect de l’éducation, et le respect de l’autre.  Si l’on veut sauver l’école, il faut défendre son système de valeurs ! C’est l’autorité du professeur et du surveillant qu’il faut reconstruire ».

Et, lors de son passage sur France II le 13 février 2007, François Bayrou répond à une question sur les violences des élèves que « la poignée d’entre eux qui déstabilisent certains établissements doivent être placés dans des établissements spécialisés où ils seront encadrés par des éducateurs chargés de leur redonner des repères », tout en réitérant sa ferme opposition à l’entrée de policiers à l’école comme le veut Nicolas Sarkozy : « une erreur de la pensée, car la loi de l’école ce sont les enseignants et les éducateurs ; si on met des policiers à l’école, c’est la défaite de l’éducation et ce sera la loi du plus fort ».

Par delà les questions de principe (qui sont en l'occurrence de toute première importance) on doit aussi noter que les tentatives effectives de Nicolas Sarkozy n'ont pas rencontré en leur temps un franc succès, loin s'en faut

A partir de 2004, Nicolas Sarkozy a fait plusieurs tentatives afin que des policiers soient installés dans des établissements scolaires sensibles. A chaque fois, il a rencontré l’opposition des principaux syndicats d’enseignants et de chefs d'établissement ainsi que les réserves de la plupart des syndicats de la police (les uns et les autres considérant qu’il s’agit d’un ‘‘mélange des genres’’ fâcheux et qui pose des questions de postes mal résolus pour les uns comme pour les autres).

Finalement, une circulaire interministérielle est parue le 16 août 2006 sous les signatures de Gilles de Robien (ministre de l’Education nationale), Nicolas Sarkozy (ministre de l’Intérieur) et Pascal Clément (ministre de la Justice), où il est dûment indiqué que « le chef d’établissement peut, après en avoir informé son conseil d’administration, en concertation avec les services de police ou les unités de gendarmerie, demander à ceux-ci d’organiser, dans l’enceinte de l’établissement, une permanence d’un agent des forces de l’ordre. Ce dernier sera à même de participer à des actions de prévention, il sera à l’écoute des personnels et des élèves, et pourra intervenir en cas de problème ». Il est aussi dûment précisé que « les autorités académiques inciteront les chefs d’établissements dans lesquels les actes de violence sont très fréquents à demander la mise en place d’un tel dispositif ».

Quatre ans après, rien ne semble s’être passé sur le terrain (peu empressé, à l’évidence, d’aller spontanément dans cette direction). Dans le contexte de l’accentuation de sa politique ultrasécuritaire, Nicolas Sarkozy annonce à nouveau l’installation de policiers au sein de collèges et lycées difficiles « sur la base du ‘’volontariat’’ du chef d’établissement », en soulignant qu’en cas de refus, le chef d’établissement devrait « prendre ses responsabilités et le signaler par écrit au ministre de l’Intérieur ».

Cette injonction renouvelée et pressante est suivie d’un certain effet à la rentrée scolaire. Mais il est significatif que l’installation de la première policière en uniforme dans le lycée polyvalent de Moissy-Cramayel (Seine-et-Marne ) en présence des ministres de l’Education et de l’Intérieur ne s’est pas faite sans manifestation résolue d’opposition : un quart de enseignants ont été jusqu’à faire grève, et un fort groupe d’élèves encadrés par des représentants de la Fidel (la Fédération indépendante et démocratique lycéenne) ont accueilli les ministres bruyamment, le proviseur faisant quelque peu profil bas...

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