Spanghero - Lettre ouverte aux émetteurs d'ondes négatives

M. P. MAUGARD - Maire de Castelnaudary

M. P. GREFFIER - Président de la Communauté de communes de Castelnaudary

Mme H. GIRAL - Conseillère régionale.

 

                                         Toulouse le 6 juillet 2013

 

Lettre ouverte de Christophe Lèguevaques, avocat de M. Laurent Spanghero

 

Madame, Messieurs,

Votre communiqué de presse en date du 5 juillet 2013 n’a pas manqué de susciter un vif étonnement de ma part tant il contient des inexactitudes factuelles, entretient de vaines polémiques et ne répond pas aux attentes légitimes des salariés et des partenaires de la société Spanghero (Lur Berri).

En ma qualité de conseil de M. Laurent Spanghero, repreneur de cette activité et de 90 salariés, et à titre personnel, tant ces travestissements de la vérité me hérissent le poil, permettez-moi de vous apporter la contradiction nécessaire à tout débat démocratique.

Vous continuez à prétendre que l’offre, qui a été rejetée par le tribunal, était celle des salariés. Certes, le pluriel est de mise car cette offre est effectivement celle de deux salariés. Mais la très grande majorité des salariés n’a, elle, pas été associée à la préparation voire même la présentation de l’offre faite soi-disant en leur nom. Ils l’ont d’ailleurs écrit au Président du Tribunal de commerce.

 Dans ce projet, que vous semblez défendre mordicus, il n’était prévu aucune création de coopérative ouvrière. A l’opposé, le projet de M. Spanghero propose l’instauration d’une participation ouverte aux salariés repris. De plus, depuis le début, nous avons mis un point d’honneur à respecter la dignité des salariés en venant au devant d’eux, en leur délivrant une information complète et en acceptant la libre discussion. Nous avions bien compris leur angoisse provoquée par le lâche abandon de la coopérative LUR BERRI. Nous avons toujours joué franc-jeu, nous n’avons pas dissimulé les difficultés qui nous attendaient. Nous avons eu un discours de vérité et de responsabilité en partant de la réalité économique pour les mobiliser autour d’un projet d’avenir. Tout le contraire de l’offre secrète, concoctée dans l’ombre, laissant sans réponse les légitimes questions des salariés.

D’ailleurs, le tribunal a relevé que l’offre était tellement mal ficelée qu’elle n’était pas recevable.

Mal ficelée car elle ne précisait pas comment ce « mariage forcé » pouvait tenir la route. Aucune convention pour préciser, par exemple, les conditions d’exploitation en commun de l’usine, aucune société pour définir les rôles des uns et des autres, mais la présence de deux industriels qui n’ont jamais travaillé ensemble et qui étaient situés l’un dans les Landes (300 km), l’autre dans la Loire (600 km).

Vous insistez sur le fait que l’un des industriels appartenait au monde coopératif. Mais si cela était suffisamment, Lur Berri gérerait encore  la société !  Trop souvent ces coopératives ont perdu leur âme sociale et utilisent ce statut protecteur pour se comporter comme n’importe quel spéculateur. Certains agriculteurs dénoncent cette agriculture intensive, monomaniaque, ivre de produits chimiques, speedée aux subventions et connectée en temps réel avec la bourse de matières premières de Chicago. Pour ma part, j’aime bien cette critique de la confédération paysanne qui dénonce la dérive des coopératives : "S'entraider sans traders". (cf. Stéphane Thépot,L'expansion spectaculaire et polémique de Lur Berri, maison mère de Spanghero, Le Monde, 22 février 2013).

Cette volonté de spéculation de DELPEYRAT/DEVEILLE se retrouve dans la tentative de racheter à vil prix l’usine de fabrication de plats cuisinés. Vous approuvez cette décision « de ne pas enchérir à l’offre de 11 millions d’euros de M. Laurent Spanghero auprès du consortium bancaire ».

Les mots sont biens choisis : à dessein, pour faire peur, on oppose les « gentils » industriels coopératifs aux « méchants » banquiers.

Sauf que la réalité est tout autre. Votre « consortium bancaire » c’est OSEO, autrement dit … l’Etat à hauteur de 65 %. Vous demandiez donc aux contribuables de faire un cadeau aux porteurs de projet que vous soutenez. Le caractère flou de ce projet n’avait échappé à personne. Or, comme le savez, quand « c’est flou, c’est qu’il y a un loup » et vous vous souhaitiez faire entrer le loup dans la bergerie.

Pour enfoncer le clou, vous ajoutez « à un tel niveau, il y avait un risque certain pour les investissements futurs de l’entreprise et sa capacité de développement créatrice d’emplois ». C’est méconnaitre complétement le dossier.

En effet, après une négociation acharnée, nous avons obtenu, dans les conditions connues au 27 juin 2013, un effort important de la part du « consortium bancaire ».

En 2012, le montant des échéances était de l’ordre de 1,2 millions d’euros.

En 2014, il ne sera plus que de 0,240 millions d’euros.

Nous avons réussi à les convaincre, sur la base d’un projet industriel solide, de nous accorder une respiration financière jusqu’en 2018, le temps de retrouver les clients et le chiffre d’affaires que l’intervention de vos soutiens nous a fait perdre.

Car c’est un point essentiel que je souhaite porter à la connaissance de tous et d’abord des salariés.

Depuis le début de ce dossier, M. Laurent Spanghero a alerté tout le monde (administrateur, tribunal, Etat) sur la nécessité absolue de prendre une décision judiciaire avant le 1er juillet 2013.

Sinon, le risque était grand de voir les derniers clients ne pas continuer à travailler avec l’entreprise.

Initialement les offres devaient être déposées le 5 juin, nous avons respecté ce délai.

Mais l’offre des deux salariés était tellement rachitique qu’elle n’était pas sérieuse.

Plusieurs délais successifs ont alors été accordés par l’administrateur pour permettre l’arrivée de DELPEYRAT et DEVEILLE souhaitée en haut lieu.

Regardez bien le caractère curieux de ce comportement : un acteur local connaissant l’entreprise, les salariés et les clients présente une offre. Il s’agit de M. Laurent Spanghero. Sa légitimité est incontestable. Il fait savoir officiellement et à travers plusieurs messages en « off » qu’il est prêt à intégrer dans son offre les salariés, à condition de pouvoir les rencontrer et de discuter avec eux de leur projet qu’il ne connaît pas. Le maire de Castelnaudary refuse de lui prêter une salle pour organiser une telle rencontre. Les deux salariés ne répondent pas à la proposition de front commun et préfèrent aller chercher le soutien d’acteurs lointains et intéresser par un dépeçage industriel du site qui perdrait son unité, sa cohérence et son identité.

Tout cela fait perdre quinze jours. L’audience, qui aurait dû se tenir entre le 20 et le 25 juin, est renvoyée au 2 juillet.

Devant tant d’incertitudes sur le maintien ou non de l’activité (car dans le même temps, vous n’hésitez pas avec vos alliés à dénigrer l’offre de M. Laurent Spanghero), LIDL s’inquiète pour ses approvisionnements. Pour se protéger, LIDL notifie le 1er juillet sa décision de se fournir ailleurs pendant trois mois dans l’attente de la décision du tribunal. Et c’est comme ça que votre intervention intempestive et à contretemps a conduit la perte temporaire d’un client essentiel.

Si vous lisez le jugement vous constaterez que vos deux chevaliers blancs sont venus faire un tour de piste mais n’ont jamais eu vraiment l’intention de pérenniser l’activité du site :

-         « la société OSEO, représentée à l’audience par son conseil, indique qu’il n’a aucunement été entrevu d’accord avec les banques crédit-bailleuses et qu’il n’apparaît pas de possibilité d’en trouver un compte tenu de l’offre de reprise du crédit-bail faite par le société DELPEYRAT à 3 millions d’euros qui leur paraît nettement insuffisante » ;

-         « la société DEVEILLE a confirmé (…) qu’elle n’était pas en mesure d’assurer une reprise immédiate sur l’activité viandes et (…) elle ne donne plus suite à son offre, elle la retire en raison de la disparition du chiffre d’affaires de LIDL »

                                      (page 14 du jugement)

 

Voilà comment ce sont comportés à l’audience les deux industriels que vous soutenez.

Et malgré ce comportement, vous vous érigez en censeur des offres et vous adoptez un comportement indigne en continuant à critiquer le projet de Laurent Spanghero qui est le seul à préserver l’intégrité du site industriel et à l’inscrire dans le temps sur un projet innovant qui consiste à participer à ce « New deal  alimentaire » que le conseiller général (EELV) du Canton de Castelnaudary-Nord, Stéphane Linou, appelle de ses vœux.

Là où on aurait pu attendre une mobilisation générale de tous, en acte et en parole, vous fragilisez une reprise difficile par nature.

Devant tant d’inexactitudes, je m’interroge : est-ce involontaire parce que vous ne connaissez pas du tout le dossier ou serait-ce volontaire pour de sombres raisons électoralistes que vous prenez en otage l’avenir des salariés et de leurs famille ?

Car il est une certitude. Si M. Laurent Spanghero et son équipe ont travaillé nuit et jour (et je peux vous assurer qu’il ne s’agit pas d’une formule d’avocats mais d’une réalité bien concrète), c’est avant tout et surtout pour sauver le maximum d’emplois.

C’est la raison pour laquelle la colère effleure dans cette lettre car votre double discours a quelque chose d’écœurant.

Vous écrivez encore : « il reste à se préoccuper de l’avenir des 130 ex-salariés innocentes victimes aujourd’hui privés d’emplois, pire d’espoir ».

 Je m’étonne que vous en sachiez plus que la justice sur les implications de tel ou tel dans les scandales de la viande.

 Les salariés eux connaissent les petits-chefs liés à l’ancienne direction et qui ont tenté de devenir les grands chefs. Le silence imposé par la menace ne joue plus. L’omerta entretenue par certains est en train de s’effilocher et la vérité sur les implications des uns et des autres ne tardera à apparaître au grand jour.

C’est d’ailleurs dans un souci de recherche de la vérité et de protection des sources que nous avons indiqué qu’aucun salarié ne devait entrer dans l’usine jusqu’à mercredi, sans y être invités par la nouvelle direction.

Quant à la disparition de l’espoir, je ne partage pas du tout votre avis.

D’abord parce que M. Laurent SPANGHERO a pris un engagement fort, à la demande des syndicats, les ouvriers licenciés bénéficieront d’une priorité de réembauchage de 24 mois au lieu de 12 mois imposée par la loi.

En effet, nous espérons redresser l’activité, développer de nouveaux produits tant est si bien que le chiffre d’affaires devrait, après une difficile phase de reconquête, s’accroitre. Ainsi, au fur et à mesure de cette croissance, nous recruterons les salariés licenciés.

Pendant cette période, nous avons proposé depuis le 5 juin 2013 aux pouvoirs publics des solutions d’accompagnement et de revitalisation du bassin d’emplois, tant il est vrai que le territoire est un élément constitutif de la réussite de notre projet.

 Depuis le 5 juin 2013, nous sommes toujours dans l’expectative sur deux questions :

 -             prise de position des collectivités locales sur une réduction temporaire de la taxe foncière et autres taxes locales (j’observe que le projet Delpeyrat/Deveille se targuait d’une telle réduction qui devait être confirmée par écrit. J’espère que nous bénéficierons d’un traitement égalitaire sur ce point …) ;

 -             mise en place d’un incubateur agro-alimentaire pour accueillir tous les projets, notamment ceux des salariés sans emploi, liés à l’innovation.

Vous le voyez, notre souci constant a toujours été le maintien du maximum d’emplois et le développement du territoire. Je regrette que depuis le 23 mai 2013 vous n’ayez jamais pris la peine de nous recevoir pour nous écouter malgré les nombreuses demandes présentées par M. Laurent Spanghero et moi-même. 

La région LANGUEDOC-ROUSSILLON a eu un comportement exemplaire : non seulement, elle a reçu M. Laurent Spanghero pour étudier avec lui la pertinence de son projet industriel à long terme, mais aussi, elle a pris la décision intelligente de conditionner son aide financière à la reprise effective des salariés.

Mais, le passé est le passé et nous n’allons pas ressasser sans cesse votre ressentiment.

Plus que jamais, l’intelligence et la raison guident nos pas.

 Je suis certain qu’à l’avenir, jetant la rancune à la rivière, vous vous joindrez à ce beau projet industriel qui assure pérennité et développement durable du territoire ; création d’emplois et production de qualité ; association entre des savoir-faire traditionnels et innovations pour faire face à la transition alimentaire qui vient.

Bref, M. Laurent  Spanghero est sur le point d’écrire une nouvelle page de l’histoire économique locale.

Au-delà des positionnements politiques des uns et des autres, et malgré la période électorale qui a commencé, il serait sage que nous restions tous mobilisés par ce projet d’intérêt général de protection de l’emploi et de redéploiement d’un territoire durement affecté par la crise.

Pour conclure, permettez moi d’évoquer un souvenir personnel. Pendant quinze ans, tous les premiers mardis du mois, j’ai eu le rare privilège de déjeuner, entre autres, avec Stéphane HESSEL. Entre le pain et le vin, j’écoutais sa voix délicieuse et nous échangions. Il a toujours fait preuve d’un optimisme et d’une joie de vivre exemplaire.

Eh bien, dans l’œil bleu pétillant de Laurent, je retrouve et l’humanisme profond de ce grand homme et l’énergie puisée dans une réserve de courage.

Alors si avec Stéphane, le mot d’ordre était « Indignez vous ! », je crois qu’avec Laurent, ce mot d’ordre sera « Mobilisez vous ! ».

 Et c’est comme cela, qu’ensemble, nous ajouterons du « bleu au ciel ».

 Veuillez croire, Madame, Messieurs, en l’expression de mes salutations distinguées.

 

Citoyen Christophe Lèguevaques - Avocat.

 

 

 

 

 

 

 

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