Transparence : vers l'installation du populisme

Ce lundi 15 avril 2013 est à inscrire sur Wikipédia (puisqu'apparemment c'est ce qui fait autorité maintenant) comme le jour où une majorité a ouvert sa porte au populisme. L'affaire Cahuzac a fait, bien entendu, l'effet d'une bombe au sein de la majorité politique en place en France. Comme souvent et partout dans les pays démocratique, les drames et scandales engendrent des réactions rapides et à chaud.

Ce lundi 15 avril 2013 est à inscrire sur Wikipédia (puisqu'apparemment c'est ce qui fait autorité maintenant) comme le jour où une majorité a ouvert sa porte au populisme. L'affaire Cahuzac a fait, bien entendu, l'effet d'une bombe au sein de la majorité politique en place en France. Comme souvent et partout dans les pays démocratique, les drames et scandales engendrent des réactions rapides et à chaud. Un exemple, en Belgique, la tuerie de Liège (13 décembre 2011), perpétrée par une personne mentalement instable, a engendré deux types de réaction : celles du peuple, et celle de ses élus. Ces derniers se concertent pour prendre des mesures légales contre les armes et cetera, comme si avant un tel drame il ne fallait pas y penser ; tandis que le peuple commence à faire ce que j'appelle le dangereux amalgame : l'auteur de la tuerie s'appelle Nordine Amrani, je vous laisse deviner le type de réaction à chaud que l'on pouvait lire sur les réseaux sociaux.

Les affaires politico-financières sont identiques. Le pouvoir en place qui subit de plein fouet le/s scandale/s doit se laver à tout prix : on se lave et surtout, on veut montrer qu'on sait prendre les mesures nécessaires. Et pouf ! Par magie, on nous pond une nouvelle règle du jeu : pourquoi ne pas montrer à tout le monde tout le pognon que nos ministre ont, histoire de rassurer la bonne populace que nous n'avons pas de compte en Suisse? Et voilà que ce lundi 15 avril 2013, le monde entier pouvait connaitre en un clic, le capital complet des ministres du gouvernement français. Intention certainement louable du pouvoir, que je considère moi, comme maladroite.

Les autres pays européens appliquent déjà la transparence, mais une transparence contrôlée. La Belgique - pour parler de ce que je connais - demande en effet à ses ministres (et on en a quelques-uns : gouvernement fédéral qui reprend ministres et secrétaires d'état, 3 gouvernements régionaux et 2 communautaires) de déclarer leur patrimoine. Mais ce patrimoine n'est pas publié sur Internet à grands renforts de roulement de tambour histoire que même les enfants curieux puissent savoir que notre Premier ministre possède un vélo de marque Cannondale auquel le frein arrière ne fonctionne plus dont la chaîne devrait être graissée, j'invente bien entendu. Mais le principe en Belgique fonctionne comme une déclaration mise sous scellée qui peut être ouverte par qui-de-droit si soupçon ou problème éventuel. Qui est en droit de prendre connaissance de ce genre d'information? Ministres en charges, magistrats, policiers, bref, toute personne potentiellement investie dans une enquête ! Mais certainement pas le peuple qui, au nom d'une transparence moralisatrice, en profiterait beaucoup trop. Et voilà le problème.

Dès 19h ce lundi ont fusé sur les réseaux sociaux les premières réactions de ceux qui aiment céder à la facilité du bon vieux populisme, et surtout, les premières preuves de frustration de ceux qui ont compris que jamais dans leur vie, ils n'auront un appartement à un million d'euros en plein Paris. Les images rappelant au peuple qu'un ministre socialiste ne devrait pas gagner autant d'argent, ou celles qui proposent de ponctionner sur le salaire des ministres pour renflouer les caisses de l'état (toutes ces publications très souvent remplies de fautes de grammaire et d'orthographe bien entendu. Finalement cet argent ne serait-il pas mieux investi dans l'Education nationale?).

Je pense qu’il n’y a rien de plus dangereux que ce genre de mesure pour plusieurs raisons : la vie privée, la contestation, la frustration et la jalousie, tout cela engendrant le populisme primaire.

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La vie privée

Oui, ils sont ministres donc hommes politiques, impliquant qu’ils mènent une vie publique. Leur vie publique implique-t-elle de devoir tout montrer au peuple (ceux qui ont voté pour eux, mais aussi les autres !) ? Jusqu’où aller maintenant, puisqu’ils sont maintenant prêts à tout nous montrer ? Non seulement cette vie privée est violée, mais je pensais jusqu’alors que le peuple français par tradition avait un problème avec l’argent, j’en ai maintenant la preuve : personne ne voit l’intérêt de publier son capital, sauf si ce sont les ministres. La logique là-dedans ? Faites ça, mais ne me demandez pas de le faire.

La contestation

Un ministre socialiste peut-il avoir un gros capital ? Est-ce que c’est éthique ? C’est souvent remis sur la table, comme le costume à 35.000 $ pièce de D.S.K. Est-il normal qu’un socialiste, de part son idéologie politique, ait autant d’argent, mène un train de vie si élevé que le fossé entre lui et ses électeurs se creusent chaque jour un peu plus ? Léon Blum n’était-il pas un homme apprécié de beaucoup et pourtant richissime ? Peut-on mener un combat pour le peuple alors qu’on en est si éloigné ? Je le pense très honnêtement.

La frustration et la jalousie

Faire une telle démonstration capitaliste est-elle bonne pour l’ego de chaque individu lisant par curiosité malsaine cet étalage ? L’homme est par nature avide et jaloux du bien d’autrui, c’est ce qui a entrainé les guerres et les plus épouvantables crimes d’histoire. Publier les déclarations de capital de ministres de cette manière ne peut que créer des jalousies et surtout des frustrations malsaines chez beaucoup. Il suffit de voir les réactions sur les réseaux sociaux et les fora pour le constater !

Le populisme primaire

Voilà on nous en sommes : c’est à la fois une occasion politique pour les tribuns populistes dont je ne me risquerai pas à citer les noms mais que tout le monde peut imaginer facilement. Ils peuvent dès maintenant profiter de ces déclarations pour décider de qui peut ou non, devenir un ministre socialiste aux vues de son compte en banque. Bientôt, lorsque Mediapart aura déterminé que Fabius savait, quand les gens auront lu l’article de Marianne expliquant que Sarko savait, nous pourront désormais entendre dans les rues, et lire sur les blogs et les réseaux sociaux, ce fameux slogan « tous pourris ».

Tout ceci n’est en fait qu’un coup en plus pour la démocratie, parce que tout ce cirque n’aura pour conséquence qu’une seule chose : le désengagement politique des citoyens, citoyens qui par le non-vote, perdre leur qualité même de citoyen d’un pays démocrate. 

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