La gare de Nîmes-Pont-du-Gard TGV est-elle utile ?

Fin 2017, le contournement de Nîmes et de Montpellier (CNM) sera ouvert au trafic : pour le fret puis pour quelques TGV à partir de juillet 2018. Pour autant, les travaux de la gare TGV de Nîmes n'ont pas encore débuté et elle n'ouvrira pas avant 2019. C'est pourquoi un collectif interroge la pertinence du projet : la gare de Nîmes-Manduel est-elle un grand projet inutile en Occitanie ?

Le contournement ferroviaire de Nîmes et Montpellier, c'est quoi ? 

Le 12 décembre 2017, le contournement ferroviaire de Nîmes et Montpellier, première étape du corridor ferroviaire méditerranéen, sera ouvert au trafic marchandises. Les TGV, quant à eux, pourront circuler sur la ligne à partir du 8 juillet 2018. Cette double date de mise en service illustre la spécificité de cette ligne nouvelle : il s'agit d'une ligne mixte, où les trains à marchandises pourront circuler à 120km/h grâce à un raccordement à la ligne de la rive droite du Rhône, et  des trains à grande vitesse à la vitesse de 220km/h en prolongement de la LGV Méditerranée ouverte en 2001. Cette ligne débute à Manduel, à 12km à l'est de Nîmes, et se raccorde à la ligne classique à Lattes, au sud-ouest de Montpellier. Sur le principe, le projet est tout à fait séduisant, car il déleste la ligne Montpellier-Nîmes de soixante trains de marchandises par jour et d'un certain nombre de TGV et de trains Grandes Lignes qui ne desservent pas les deux agglomérations, permettant ainsi d'améliorer la desserte ferroviaire locale, la fiabilité et la sécurité du réseau régional.

Deux gares nouvelles pour Nîmes et Montpellier

Le projet du CNM est complété par la construction de deux gares TGV situées à l'écart des centre-villes, qui ont été l'objet d'un accord entre les métropoles de Nîmes et de Montpellier, alors dirigées par M. Jean-Paul Fournier et M. Georges Frêche. Montpellier finance une partie de la création de la gare TGV censée desservir Nîmes, et réciproquement. Est donc construite, pour une entrée en service à l'ouverture de la ligne au trafic Grandes Lignes, la gare de Montpellier-Sud-de-France TGV. Gare inédite par ses dimensions, et ses six voies dont quatre voies d'arrêt, ce qui en fait la plus grande gare nouvelle en France. Mais aussi gare construite en dépit de la suspension du financement par la Région Occitanie, dubitative devant l'utilité d'un tel projet alors que la SNCF n'annonce que très peu de dessertes à l'entrée en service de la ligne.


De l'autre côté, à Nîmes, c'est le projet de gare à Manduel qui suscite la polémique. Même si l'agglomération multiplie les annonces du début des travaux, ceux-ci n'ont pas encore débuté et l'ouverture en 2019 n'est pas une certitude. Malgré les 90 millions d'euros engagés sur ce projet, les doutes demeurent car peu de dessertes sont annoncées, et la liaison entre Manduel et Nîmes-centre n'est pas une certitude. Et si cette gare était un projet inutile qu'il est encore temps d'arrêter ? C'est la thèse que développe le collectif "Gare TGV au coeur de Nîmes" dans la vidéo ci-dessous. 

La gare de Nîmes Pont-du-Gard TGV est-elle utile ? © Le Cri du Gard

De multiples questions sont ainsi soulevées par ce projet et interrogent sur la politique ferroviaire en général. Il serait en effet tentant de penser que la gare de Nîmes-Manduel TGV est nécessaire car elle permettra de relier efficacement Nîmes au nord de la France et au sud de l'Europe, en diminuant en plus les temps de trajet. C'est pour cela qu'il convient de répondre à certaines questions que l'on pourrait poser au collectif "Gare TGV au coeur de Nîmes". 

Sans la gare de Manduel, Nîmes ne serait plus reliée au réseau TGV ? 

C'est une question légitime au vu des dernières annonces de la direction de la SNCF, qui envisage de réduire le nombre de gares desservies par le TGV. Si la gare de Manduel (Nîmes-Pont-du-Gard TGV) ne voyait pas le jour, comme le demandent les opposants, les TGV passeraient autour de Nîmes sans s'y arrêter. Résultat : un préjudice pour les nîmois qui seraient contraints d'aller à Avignon ou à Montpellier prendre le TGV. Cependant, cet argument peut être désamorcé par les statistiques de remplissage des trains qui desservent Montpellier et Nîmes : sans arrêt à Nîmes, ces trains seront en grande partie vides car l'arrêt à Nîmes représente une part importante, voire la moitié des voyageurs. La suppression de cet arrêt ne serait pas soutenable, et sans gare à Manduel, les trains passeraient toujours par Nîmes centre car la SNCF a besoin de cet arrêt à Nîmes. 

La critique de la gare de Manduel : un réflexe nîmo-nîmois ? 

On pourrait effectivement penser que la défense de la gare centrale de Nîmes est caractéristique de nîmois égoïstes et voulant à tout prix que le TGV s'arrête dans leur ville. Néanmoins, la situation géographique de Manduel fait que l'emplacement de cette nouvelle gare, située à l'écart des grands axes de communication mis à part la route départementale 999 (reliant Nîmes à Beaucaire, déjà proche de la gare d'Avignon-TGV), n'est intéressant que pour bien peu de gardois. Les bassins d'Alès et d'Uzès, pour se rendre à Manduel, devraient en effet traverser l'agglomération nîmoise ; de plus, pour se rendre à Manduel via le rail, un changement à Nîmes serait obligatoire pour les voyageurs en provenance d'Alès. Quant aux habitants de la Vaunage ou du bassin lunellois, le temps de trajet supplémentaire est considérable en voiture, même si la mise en place de navettes TER (non garantie) pourrait faciliter les choses. Ainsi, mis à part la Vistrenque ou une partie de la Petite Camargue qui bénéficieraient de la construction d'une nouvelle gare, les habitants du département seraient plus généralement perdants, et il ne s'agit pas que des nîmois. 

Pourquoi, alors, vouloir à tout prix construire une gare TGV ?

Ce choix est étonnant car les dernières lignes à grande vitesse qui ont vu le jour n'ont pas été accompagnées par la construction de gares TGV. Ainsi, par, exemple, sur la LGV Sud-Europe-Atlantique (Tours-Bordeaux), les trains qui veulent desservir les agglomérations sortent de la ligne par des raccordements et y retournent ensuite. C'est positif en terme d'intermodalité, de temps de parcours et d'absence de constructions d'infrastructures couteuses et anti-écologiques. Or, à Nîmes, il semble y avoir une abnégation à vouloir construire une nouvelle gare, même si on peut douter de l'utilité de celle-ci. L'intérêt peut se voir en terme de prestige : comme les seigneurs qui autrefois voulaient leur tour, le président de l'agglomération et le maire de Nîmes veulent leur gare ! L'intérêt peut aussi être économique et financier, car la gare est censée être accompagnée par un parc d'activités, Magna Porta. Celui-ci, dont on sait peu de choses sinon qu'il devrait accueillir des projets aussi farfelus que démesurés annoncés avec fracas par l'agglomération, devrait entourer la gare de Manduel et servir de porte d'entrée pour les voyageurs arrivant en TGV dans la nouvelle gare. Est-il la vraie raison de la gare de Manduel ? 

 

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