Imprévoyance, amateurisme et autoritarisme, un modèle macroniste de gouvernement

Réclamons l'Etat, d'urgence ! Pour un Etat responsable et qui concrétise la devise républicaine. La santé publique est un révélateur de problématiques fondamentales à reprendre en main.

En ce mois de juillet, le président de la République, Emmanuel Macron, a signalé la vacance de l’Etat sur le front de la crise sanitaire.
Ses annonces aux accents martiaux masquent mal l’amateurisme et le défaut coupable d’anticipation qui marquent la gestion de la pandémie Covid 19. L’obligation de se soumettre à un « pass sanitaire » témoigne, encore une fois, que le chef de l’Etat ne sait que réagir, dans l’urgence, à un virus qu’il ne comprend pas. Pourtant, le variant Delta de la Covid-19 est connu depuis plusieurs semaines. Le championnat d’Europe de football a confirmé, à échelle réelle, ses capacités de contamination.

En avril 2020, déjà, les « collaborateurs » du président de la République que sont, de fait, les ministres, défendaient « l’inutilité » des masques comme protection face à la pandémie. Nous apprenions plus tard que cette posture était liée à l’absence de stocks.

Emmanuel Macron a vidé le Parlement de son sens. Emmanuel Macron a vidé le Parlement de son sens.

S'appuyant sur les recommandations du corps médical et plus largement du personnel soignant, une véritable stratégie volontariste de tests et de suivi des cas contacts aurait pu permettre de ralentir la constitution de clusters. Là encore, le chef de l’Etat a empêché le gouvernement d’anticiper. Il faut remarquer que, dès l’automne 2020, Emmanuel Macron a cru pouvoir non seulement s’affranchir de l’avis des scientifiques mais, même, prendre des dispositions contraires à leurs préconisations.

Dans une vision plus jupitérienne de son propre pouvoir, Macron a piétiné ce dernier corps intermédiaire, jusqu’alors épargné par sa volonté démiurge.

La conséquence pratique n’a pas tardé. La stratégie vaccinale a débuté dans la confusion la plus extrême, alimentée par une gestion hiératique des commandes de vaccins. Ne tenant pas compte des différences culturelles entre nos pays, le président a fini par privilégier des « vaccinodromes » qui ont certes permis de massifier la vaccination chez les volontaires. Mais elle se révèle inapte à répondre aux inquiétudes des personnes qui doutent encore de l’efficacité des vaccins. Et surtout, elle n’a pas pris en charge l’information sur la vaccination et son accessibilité pour les personnes les plus fragiles.

Une pratique de proximité, de porte à porte, permettant d’humaniser le processus vaccinal et de faciliter la persuasion à la vaccination en direction des personnes prioritaires, aurait permis de créer des corridors sanitaires dès le début de l’année. Rien de cela n’a jamais été mis en place. Et nous nous heurtons, au pays de Pasteur, au refus de vaccination de la part d’un tiers de la population, selon les estimations. 

Dans ce cadre, il ne reste, pour les moins inventifs parmi lesquels se situe définitivement Macron, les mesures autoritaires. L’obligation de se soumettre à un « pass sanitaire » pour pouvoir se déplacer, pour pouvoir accéder à la culture ou aux loisirs relève, dans la manière dont elle a été annoncée et formalisée, de la coercition faute d’un consentement éclairé de la part des citoyennes et des citoyens.

L’incohérence du pouvoir se caractérise encore par le caractère discrétionnaire des mesures annoncées. L’extension du « pass sanitaire » pour les actes de la vie courante ne pose pas seulement question, elle est véritablement disproportionnée et s’attaque à plusieurs principes de notre démocratie au premier rang desquels : la liberté.

Liberté de nos soignants, en première ligne depuis 18 mois, remerciés de monnaie de singe, et désormais menacés de contrôles et sanction. Le taux de vaccination des personnels soignants est pourtant déjà très supérieur à celui du reste de la population et devrait croître sans coercition supplémentaire.

Rupture de l'égalité d'accès aux droits 

Liberté de déplacement pour les Français vivant hors d’Europe, qui paraissent inéluctablement condamnés à l’éloignement de leur patrie, de leur famille, de leurs amis restés en métropole. Ces Français expatriés se trouvent discriminés en raison de la non prise en compte des vaccinations effectuées à l’étranger par le « pass sanitaire ». Il y a donc une rupture inacceptable dans l’égalité d’accès aux droits pour une partie significative de la population.

Le sénateur Jean-Yves Leconte avait déposé un amendement visant à reconnaître, dans le cadre du « pass sanitaire », les vaccins inoculés à l’étranger. Il n’a pas été retenu par le gouvernement et a été rejeté par une Assemblée nationale caporalisée.

La création du passeport vaccinal est au carrefour de problématiques fondamentales : santé publique, en priorité, mais aussi sécurité, liberté, égalité.

Demain, faudra-t-il justifier de son statut vaccinal, de son historique de contamination puis de santé globale pour voyager, aller au spectacle, dîner au restaurant ? 

D’après le Chef de l'Etat, E. Macron, nous y sommes !

Pour mémoire, rappelons que les Etats-Unis, sous l’autorité du président Barack Obama, ont levé en 2009 l’interdiction aux personnes porteuses du HIV de pénétrer sur le territoire. Cela montre bien que nous sommes en capacité, collectivement, de lutter contre la pandémie et de vivre, en même temps ! Il s’agit d’une question de choix politiques.

Nous voyons le choix du Président : il joue sur les émotions des habitantes et des habitants de ce pays avant de les brutaliser. La polémique sur les restrictions a pour but de détourner l'attention des Françaises et des Français d'enjeux essentiels : la préservation de notre contrat social et des protections collectives qui en découle. Ainsi, la "réforme" des retraites, bien que rejetée par l’ensemble des partenaires sociaux, devraient être menée tambour battant dès la fin de l’année. La "réforme" de l’assurance chômage, dont les effets mortifères sont désormais connus, marque l’entrée très droitière en campagne du candidat Macron.

Et ce 14 juillet, ce ne sont ni les combattants de l’anti-terrorisme, ni les soignants de l’anti-Covid qui ont été mis en valeur, mais Carlito et McFly, deux Youtubers invités dans des avions de la Patrouille Aérienne de France.

Il est urgent de rompre avec cette conception individualiste du pouvoir. La République, c’est l’inscription de la médiation dans le temps politique. Faire société, c’est consentir, de manière informée, à la médiation du désir individuel pour pouvoir vivre ensemble. Et pour y parvenir, nous avons besoin de réhabiliter les corps intermédiaires que sont les organismes scientifiques, l’Assemblée nationale et le Sénat, les associations, les partis politiques et les partenaires sociaux. La pandémie, qui ne respecte ni les frontières ni les barrières réglementaires, montre combien nous avons besoin de rompre avec le présidentialisme, cette monarchie élective.

 

Signataires :

Béatrice Bellay (Fort-de-France)

Dylan Boutiflat (Paris)

Bruno Paing (Los Angeles)

Mathieu Pouydesseau (Berlin)

Martine Vautrin-Jedidi (Tunis)

 

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