Décrypter les vrais problèmes pour les annuler en termes… de communication

article issu du dite Reflets.info du 02.06.2014.       À déguster!

Ou comment convaincre que faire bouillir de l'eau dans des réacteurs nucléaires est la seule solution.....

La propagande est un sujet souvent abordé sur Reflets. Parce qu’elle est présente à tous les niveaux dans le monde moderne. Renommée lobbying, la propagande est un moyen fantastique pour faire plier des masses de population, transformer leur opinion afin d’agir dans un sens précis. Ainsi, en France, le nucléaire, source de plus de 75% de la production électrique, est un sujet de propagande très en vogue depuis longtemps. Une structure comme l’Ecole de guerre économique (EGE) forme des professionnels à fabriquer de la propagande. En plus clair : transformer une réalité gênante en quelque chose d’acceptable, voire de positif. Si vous doutez des méthodes pratiquées par ce type d’école, que vous pensez qu’ils pourraient porter plainte pour diffamation, vous vous trompez. Ils assument parfaitement. C’est leur travail. Le nucléaire est d’ailleurs un exemple très parlant : suivez le guide…

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Ce personnage a-t-il un rapport avec le sujet ? Si vous pensez que oui : tapez #1 – Si non, fermez la page.

Une étude pour apporter des solutions propagandistes

Ce document intitulé « LE NUCLEAIRE, L’ENERGIE D’AUJOURD’HUI ET DE DEMAIN — Comment conserver le nucléaire ? » est un cas d’école au propre et au figuré. Vous pouvez le consulter ici. Le principe de cette étude est fort simple et son objectif, écrit en toute lettre :

L’exploitation du nucléaire apparaît comme un enjeu majeur, celui de l’indépendance énergétique. Cet enjeu stratégique est à mettre en perspective avec l’enjeu économique des entreprises du secteur, et avec les exigences de sureté et sécurité centrées sur l’indépendance des organismes de contrôle et sur la localisation des centrales. L’objectif de cette synthèse est de présenter certaines défaillances représentatives des entreprises de production électrique nucléaire, d’analyser l’origine de ces défaillances : environnementales, humaines ou techniques, et de proposer des recommandations autour d’un plan de communication dédié à chaque problématique.

Un plan de communication ? Absolument. Suit donc le principe général :

Le plan d’action proposé est organisé autour des messages suivants :
• En l’état actuel de la technologie, il n’existe pas encore d’énergie de substitution viable à grande échelle
• L’énergie nucléaire est la source d’énergie la meilleure marché aujourd’hui
• Les sources d’énergie issue de la combustion de matières fossiles sont très polluantes et insuffisantes
• Un contrôle public unique comme en France, même si il est perfectible, permet aujourd’hui d’offrir la meilleure garantie en matière de sûreté.
• La création de normes et process internationaux dans la gestion de crise est nécessaire

En conclusion, le développement d’une argumentation rationnelle autour du nucléaire semble-être la seule alternative possible : il s’agit de changer la perception générale vis-à-vis du nucléaire.

Les messages sont donc très clairs, même s’ils sont mensongers, le plus important étant de changer la perception générale [de la population, ndlr] vis-à vis du nucléaire. Quitte à mentir un peu, atténuer des phénomènes ou carrément détourner l’attention de réalités bien ennuyeuses. Si pour les rédacteurs de l’EGE, il n’existe pas « d’énergie de substitution viable à grande échelle » , il est surprenant de constater que la planète s’en passe très bien pour produire de l’électricité : seulement 11,7% de l’électricité mondiale est produite par le nucléaire. Ce qui laisse tout de même 88,3% de production électrique par d’autres moyens. Mais à l’EGE, quand on aime, on ne compte pas.

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Le nucléaire est l’énergie la moins chère ? Là encore, l’affirmation est assez cocasse : cette étude du MIT démontre exactement l’inverse, et le rapport de la cour des comptes sorti en janvier 2012 précise que le prix de 22 €/MWh en 2010 a progressé de 11%, et que ça n’est pas près de s’arrêter : maintenance, démantèlements, nouveaux investissements, sécurité… Précision utile : le document de l’EGE date de 2011, quelques mois après la catastrophe de Fukushima. L’ »exercice » de type commande, d’une telle analyse semble évident, puisqu’à l’époque la perception générale du nucléaire était tout sauf positive. On peut le comprendre…

Décrypter les vrais problèmes pour les annuler en termes… de communication

Ce qui est vraiment bien avec les propagandistes comme  ceux de l’EGE, c’est que pour parvenir à créer des campagnes de comm’ efficaces, convaincre les masses [pour leurs clients], ils sont forcés de faire des vrais constats afin de pouvoir ensuite contrer les arguments concernant les problèmes soulevés. Dans le cas du nucléaire, ce document de l’EGE est très éclairant. Merci, donc, à l’EGE, de nous offrir ces analyses effrayantes sur la dangerosité et la problématique de l’énergie nucléaire.

Comment fonctionne une centrale nucléaire en France ?
Une centrale nucléaire produit de l’électricité grâce à la chaleur dégagée par la fission d’atomes d’uranium. Cette chaleur transforme de l’eau en vapeur d’eau et met en mouvement une turbine reliée à un alternateur qui produit de l’électricité

Et oui, braves gens, une centrale nucléaire n’est rien d’autre qu’une grosse cocotte-minutes. Fort chère, légèrement compliquée dans la technique pour parvenir à faire bouillir l’eau (essayez chez vous, vous allez voir, c’est difficile et un peu dangereux) et carrément archaïque dans la forme, puisque au bout de la chaîne c’est un appareil datant du XIXème siècle  (1888, Nicolas Tesla) qui fabrique du jus : un alternateur. Bon, il est vrai que si le principe est le même, c’est un peu plus gros et évolué, mais quand même, tout ça pour ça…

nucleaire

Suit la gestion des déchets, très vite évacuée :

Aujourd’hui en France, la production de 1 MWh d’électricité d’origine nucléaire (équivalent à  la consommation mensuelle de deux foyers) génère environ 11 g de déchets radioactifs. Par an et par habitant, cela représente moins de 1 kg de déchets. Par comparaison, la masse de déchets hautement toxiques est de 100 kg par an et par habitant.

Très bel argument choc, en se disant que décidément dans la comm’ et la guerre économique la comparaison permet un relativisme très rassurant. Avec quand même 65 millions de kilos de déchets nucléaires générés chaque année en poussant des boutons pour faire chauffer le café parce que les cafetières sont électrifiées par des cocotte-minutes radioactives géantes. Mais comme les déchets toxiques sont 100 fois plus importants…on ne va pas chipoter non plus.

Viennent ensuite les défaillances, avec de très jolis histogrammes des accidents nucléaires sur la planète au cours du temps. Mais le plus intéressant survient lorsque l’Ecole de guerre économique se préoccupe de Fukushima. Cette partie du document est intitulée : « Comment rassurer sur les failles techniques et humaines« .

De questions intéressantes sont posées, parce que les anti-nucléaire les soulèveront à l’encontre des clients des rédacteurs de l’EGE :

Fukushima au Japon, séisme ayant entrainé un tsunami;
• Plus de 500 000 personnes déjà évacuées
• Bientôt des millions de personnes malades
France :
• Pourquoi la moitié des sites sont construits sur des zones sismiques?
• Est-ce que nos centrales sont protégées des risques d’inondation ?

risques-sismiques

Les gens vont parler d’informations ennuyeuses, c’est certain. Ils l’ont fait déjà. Et l’EGE a des réponses « rassurantes », bien qu’ils se demandent quand même si tout ça n’est pas un peu « bidon » :

normes-bidon

Des choses vraiment agaçantes et alarmantes sont soulignées dans le rapport :

Problématique : les solutions de stockage actuelles montrent des défaillances notoires. 
• les déchets, qu’ils soient issus de déchets technologiques solides (boues radioactives) ou de produits de 
fission se caractérisent par l’intensité des radiations émises, et de leur durée de vie (de courte à longue) 
• le stockage des déchets toxiques reste problématique, leur nombre s’accroît 
• les déchets hautement radioactifs renferment des cendres et des résidus issus des combustibles irradiés en réacteurs : ces déchets concentrent 90 % de la radioactivité 
 ils perdent progressivement leur radioactivité sur des dizaines de milliers d’années ! 
• de plus la question des déchets nucléaires va encore s’aggraver vers 2010 avec le démantèlement 
programmé en France des centrales aujourd’hui en activité car les centrales des années 1970 arriveront 
en fin de vie ! 
• il faut rappeler que la dose maximale d’irradiation «sans risques» pour un homme est en France 5 fois 
supérieure à celle des normes internationales.

Et oui, on est un peu dans la m*** en France avec ce parc nucléaire unique au monde. Même si on s’est débrouillé pour que les doses radioactives acceptables soient 5 fois plus élevées qu’à l’international. Hum hum hum. Comment faire alors ? Lisez le document dans son ensemble, mais la conclusion de l’EGE est très simple :

L’énergie nucléaire n’est pas considérée comme une énergie propre. Les différents accidents en centrales, les bombes, les problèmes liés aux essais nucléaires, les différents accidents liés au retraitement des matières usagées, le manque d’entretien de centrale en Europe de l’Est etc. sont autant d’arguments qui en font un mode de production d’énergie anxiogène, par définition difficilement contrôlable. Développer une argumentation rationnelle autour du nucléaire semble-être la seule alternative possible.

En gros : le nucléaire, c’est carrément pourri, dangereux, mais comme on est payé pour faire que ça soit la seule alternative possible, il faut développer des argumentaires pour faire rentrer dans le crâne de tout le monde qu’en France, ce sera nucléaire et rien d’autre.

Dans ce cadre, une approche de fond, plus axée sur la pédagogie et les conditions d’encadrement seraient recommandables. A titre d’exemple, des opérations sont en effet menées pour faire accepter les risques du nucléaire par des cabinets spécialisés dans ce créneau comme Mutadis ConsultantsCe cabinet a mis en place plusieurs groupes de recherche pour disposer des contres expertises nécessaires pour convaincre l’opinion publique et minimiser les risques associés à l’implantation des centrales. (…) 

incident-accident

Conclusion finale de l’EGE :

Les défaillances et les dangers du nucléaire existent. Mais le nucléaire reste la source d’énergie la plus fiable, la moins chère et la seule ayant la capacité à couvrir nos besoins énergétiques. 

Et voilà le travail.

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