Pourquoi il faut lire "Tout Peut Changer" de Naomi Klein

Le nouveau livre de la célèbre journaliste canadienne s'attaque à l'explication des liens entre capitalisme et changement climatique. Une analyse profonde et éclairante de notre système et de la nécessité de le modifier. Les plus de cet ouvrage riche et documenté : il conjugue exposition des faits, analyse, et propositions d'action. A lire et partager sans modération !

Naomi Klein est une journaliste canadienne internationalement reconnue depuis la publication de No Logo et la Stratégie du Choc. Son dernier ouvrage, paru chez Actes Sud en 2016, est de loin son ouvrage le plus important par l’ampleur du sujet, et un bestseller que quiconque s’intéresse au changement climatique ou à la politique aujourd’hui devrait lire.

Dans Tout peut changer, Naomi explicite les liens entre capitalisme et changement climatique, loin des idées reçues, de manière claire et argumentée. Elle a mené un véritable travail d’enquête, allant dans les tréfonds des séminaires climatosceptiques, ceux de la géoingénierie et des droits des autochtones. Surtout, elle part des bases pour rééxpliquer ce qu’on sait ou que l’on croit savoir.

Elle expose dans ce livre les recherches qui ont fondé sa thèse principale: la cause principale du changement climatique est le système capitaliste. Son corollaire est que pour lutter contre le dérèglement climatique, il faut lutter contre ses causes et non ses conséquences. Car s’attacher uniquement à guérir les conséquences du réchauffement climatique, en inventant de nouvelles techniques pour que l’homme puisse continuer à surproduire et surconsommer, aggraverait le problème au lieu de le résoudre. Il faut abandonner le capitalisme pour réinventer un modèle politique, économique et social propice à la cohabitation des hommes avec leur environnement.

1-      La cause principale du changement climatique est le système capitaliste.

Aujourd’hui le réchauffement climatique est arrivé à un stade critique. Si l’on n’arrive pas à contenir le réchauffement dans la limite de 2 degrés d’ici la fin du siècle, la planète ne sera plus habitable pour la plupart des humains. Montée des océans, engloutissement de larges portions de terre, catastrophes naturelles à répétition, perte de la biodiversité, bref de plus en plus de difficultés à vivre normalement sur une terre saccagée, ainsi qu’une augmentation criante des inégalités mondiales entre ceux qui peuvent se prémunir contre le changement climatique et les plus pauvres qui sont directement impactés.

Lorsque l’on utilise du pétrole ou du gaz de schiste, non seulement on utilise des ressources limitées en fracturant la terre, mais on émet du gaz carbonique (Co2). Celui-ci déversé en trop grande quantité dans l’atmosphère, expose la Terre à des rayons du soleil plus chauds et donc au réchauffement de l’ensemble de la planète. Or tous nos systèmes de production sont alimentés par de l’énergie fossile fortement émettrice de Co2. Le système capitaliste est basé sur la croissance : pour qu’il se maintienne, il faut qu’il créé toujours plus de richesse. Pour répondre à ce besoin de croissance, il stimule la consommation à outrance, qui elle-même stimule l’industrie alimentée par des combustibles fossiles hautement polluants. Ainsi la Terre est de plus en plus polluée par les hommes pour alimenter un système qui détruit leur habitat.

Aujourd’hui, on croit que l’on pourrait résoudre les effets du changement climatique plutôt que les causes. C’est-à-dire, lutter contre la finitude des énergies fossiles en creusant de plus en plus profond dans la Terre, en trouvant de nouvelles sources d’énergie comme le gaz de schiste, etc. Et lutter contre le réchauffement en mettant au point des techniques de géo-ingénierie dignes de la science-fiction, comme réduire la chaleur du soleil, construire un parapluie géant ou nous faire coloniser Mars par exemple. Ces techniques ont souvent pour effet de demander beaucoup de ressources, donc d’augmenter la pollution ; de ne pouvoir être testées avant d’être utilisées, donc d’être potentiellement dangereuses pour l’humanité entière ; de poser des problèmes de gestion mondiale (qui contrôle le parapluie ? qui a le droit de s’installer sur Mars ?) ; de leur pérennité à long-terme (combien de temps pouvons-nous mettre la Terre sous perfusion d’air froid ?)

Continuer dans cette logique, c’est perpétrer ce qui est à l’origine du changement climatique : l’idée selon laquelle l’humain peut contrôler et modifier la Nature à son gré, qui ne connaît la notion de limite que pour l’outrepasser. On connaît les conséquences que cette idéologie a eu sur nos sociétés. En tentant de produire des systèmes qui survivent au changement climatique, on aggrave en fait le problème qui l’a causé.

2-      Limiter les causes et non les conséquences.

La seule option fiable, en réalité, consiste à remettre en question le système dans lequel nous vivons et à réduire nos émissions dès à présent. Cela nécessite de changer de système économique, mais plus largement de système de pensée, en allant à l’opposé du paradigme au centre de la pensée capitaliste qui voit les humains comme maîtres et possesseurs de la nature. Au contraire, il nous faut affirmer que nous dépendons de notre habitat et que nous voulons en prendre soin avant tout. Affirmer que des valeurs et des principes priment sur l’impératif économique : la vie en société, la préservation de la nature, et la durabilité de l’énergie que nous consommons et des biens que nous produisons, via l’impact restreint de notre activité sur notre environnement.

Pour lutter contre la logique capitaliste, nous devons réaffirmer la force du politique. Jusqu’ici le politique a favorisé le capitalisme, a cédé aux pollueurs et à l’extractivisme pour accéder à des impératifs de croissance et d’emploi. Il a voulu créer de la richesse grâce aux combustibles fossiles et autres industries, le justifiant parfois par la création de systèmes sociaux favorables aux démunis. Les ONG environnementales elles aussi se sont rapprochées du capitalisme en pensant que cela servirait leurs intérêts.

Mais cela n’a fait qu’empirer le problème – création d’atténuations du réchauffement, comme le marché carbone, de politiques de compensation inutiles, d’accords non-contraignants. Beaucoup de temps a été perdu. Il faut désormais adopter la logique inverse. Utiliser le politique non pour déréguler et favoriser le commerce et le capitalisme, mais pour le contrer. Pour réglementer, réduire les émissions, en taxant les pollueurs et les encadrant strictement. Et en investissant pour soutenir les énergies vertes et toute initiative qui lutte contre l’extractivisme, et préserve les écosystèmes. Historiquement, nos sociétés ont su faire des choix forts lorsqu’une cause était en jeu. Le plan Marshall pour reconstruire l’Europe, par exemple, a mis sur la table 12 milliards de dollars. Il faut savoir avoir une vision à long-terme des enjeux mondiaux, une vision qui va au-delà des impératifs économiques. Ce n’est pas aberrant de taxer et réglementer un marché lorsqu’un intérêt supérieur le demande. Le marché du tabac est ainsi réglementé pour cause de santé publique. En l’occurrence, c'est notre possibilité d'habiter la Terre qui nous demande d'être placée au-dessus des impératifs économiques. 

3-      Agir.

Le réchauffement climatique accentue aussi les inégalités entre ceux qui sont directement menacés par la montée des eaux, l’augmentation de la chaleur ou les séismes, car ils n’ont pas les moyens de déménager, et les plus riches qui ne sont pas encore directement impactés car ils se créent des refuges temporaires au climat clément. Ce sont le plus souvent les plus démunis qui sont impactés par le changement climatique car ils ont le moins les moyens d’y échapper. Mais il accentue aussi les inégalités entre ceux qui peuvent lutter contre et ceux qui ne peuvent pas, ceux qui sont politiquement influents et les autres. Par exemple, les populations autochtones d’Amérique sont directement impactées par la construction de mines de charbon ou d’oléoducs dans leurs terres.  Ce sont elles qui habitent ces vastes espaces pleins de ressources naturelles et surtout qui en dépendent  – car elles vivent de la pêche, etc. C’est eux qui luttent en premier lieu par les actions en justice, par les blocages... alors qu’ils sont socialement les plus marginalisés et donc ont moins de pouvoir d’agir. Pourtant, ils luttent pour l’avenir de tous donc devrait être soutenus par ceux de nos sociétés qui ont la possibilité d’avoir plus de poids politique.

Ce livre appelle à une nouvelle forme d’engagement, plus radicale. Radicale car affirmant qu’il faut faire primer l’impératif environnemental sur l’impératif de croissance : notre survie en dépend. Radicale car nécessitant un changement profond de notre manière de penser et de lutter, en nous opposant systématiquement et collectivement, de toutes les manières possibles, à l’extractivisme et au système capitaliste opposé à la vie de tous sur notre planète.

Si vous avez lu ce résumé, c'est que vous serez passionnés par la lecture de Naomi Klein: allez vous procurer Tout Peut Changer (Actes Sud, 2015) pour avoir les clés d'analyse de la crise du climat.

 

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