Confinement : Cogito'z se mobilise pour venir en aide aux enfants

Voilà maintenant un an que nous vivons au rythme des confinements et des déconfinements. Confinements plus ou moins stricts, couvre-feu, conférences de presse, discours du Président pour savoir quel sera notre sort la semaine suivante, tout cela est très anxiogène et finit par avoir des conséquences néfastes sur notre psychisme. Et les enfants dans tout cela, comment vivent-ils la crise ?

Les enfants.... On a toujours l’impression qu’ils s’adaptent aux évènements, mais sous leur apparente insouciance, il y a beaucoup d’angoisses et d’interrogations qui marqueront certainement les esprits et laisseront des traces. Les psychologues constatent l'augmentation des troubles qui apparaissent chez leurs patients et se mobilisent, tel ce réseau de soutien, Cogito'z, où 35 psychologues interviennent bénévolement et se relaient du lundi au samedi pour être à l’écoute de tous ceux qui éprouvent des difficultés liées à la situation actuelle.

Les conséquences du confinement sur la santé mentale

La pandémie de Sars-covid-2, ou Covid-19, a débuté en France en mars 2020 et le confinement général de la population a été mis en application le 17 mars. De nombreuses études ont montré l’impact psychologique d’un tel confinement, pourvoyeur d’ennui et d’isolement social, de stress et d’angoisses.

Chez l’adulte

Afin de déterminer les effets que pourrait avoir un confinement sur la population, et proposer des mesures de prévention, des chercheurs anglais, juste avant le confinement du mois de mars 2020, ont comparé les résultats de 24 analyses portant sur la mise en quarantaine suite à des maladies (SARS, Ebola). Ils ont pu ainsi déduire les nombreux facteurs de stress qui en découlaient : ennui, frustration, sentiment d’isolement, anxiété, détresse socio-économique (1).

Santé Publique France (2) a lancé une vaste enquête sur la population pour suivre l’évolution de la santé mentale et des comportements entraînant l’adoption d’habitudes de vie défavorables. On note que 27% des fumeurs déclarent que leur consommation de tabac a augmenté depuis le confinement dont les causes sont l’ennui et le stress. De même, 11% déclarent que leur consommation d’alcool a augmenté; 27% déclarent avoir pris du poids par grignotage excessif, ennui, modification des habitudes alimentaires. On peut noter aussi une baisse importante de l’activité physique, et une augmentation du temps passé devant un écran.

Une étude anglaise (3) a analysé les conséquences psychopathologiques du confinement. Les chercheurs ont répertorié :

  • Des symptômes dépressifs et anxieux dus à l’ennui et à la réduction de l’activité professionnelle.
  • Des troubles du sommeil dus à une modification des activités quotidiennes et des routines de vie.
  • Des troubles anxieux dus à la perte de contact avec l’extérieur et à la raréfaction des contacts sociaux.
  • Des troubles anxieux dus aux informations omniprésentes et parfois contradictoires, que le psychologue Stephen Stosny a appelé "headline stress disorder" (trouble anxieux lié aux médias).
  • Des troubles anxieux liés à la crainte de la contamination.

Tous ces troubles anxieux peuvent induire des risques de dépression et de suicide, des troubles du comportement alimentaire, des conduites addictives, des violences conjugales et des violences à l’égard des enfants.

Chez l’enfant et l’adolescent

Face à cette période inédite, comment ont réagi les enfants ? Une autre étude de Santé Publique France, CONFEADO (4) a permis de comprendre comment les enfants et ados ont vécu ce confinement. Il n’est pas toujours facile de déceler les angoisses des enfants, car ils ont tendance à continuer leur petite vie, leurs jeux, sans montrer réellement d’émotions face à ce qui se passe. Mais la réalité n’est pas aussi simple.

Il est vrai qu’au début, ils ont pu trouver excitant de vivre une situation inédite dans laquelle les codes changent. Quelle aubaine de ne plus se lever tôt le matin pour aller à l’école, de travailler et faire ses devoirs sans se presser, de pouvoir se lever quand on veut pour aller prendre un petit goûter. Avoir son papa et sa maman toujours à côté de soi, c’est plutôt rassurant.

Les enfants ont pu également avoir une autre vision de leurs parents. En les voyant travailler, ils ont découvert la famille sous un autre angle, créant ainsi de nouveaux échanges et une nouvelle complicité.

Mais les enfants vivent surtout dans l’immédiat, et ils ne se sont pas forcément rendu compte que la période allait être beaucoup plus longue qu’ils ne l’imaginaient. Le manque de copains se fait sentir, les parents commencent à s’énerver pour un rien et deviennent très irritables. Particulièrement lorsque les espaces de vie sont trop petits, l’angoisse des parents rejaillit sur eux.

Enfants et adolescents ne savent pas forcément exprimer leur mal-être. Ils ne trouvent pas les mots, ne comprennent pas forcément de quoi ils souffrent, parfois ils n’osent pas parler de leurs angoisses à leurs parents. Voyant que eux aussi souffrent de la situation, ils ne veulent pas rajouter le poids de leurs soucis, et gardent leurs questionnements et leur anxiété pour eux.

Mais c’est dans leur comportement même et leurs troubles physiques que l’on pourra s’apercevoir quels effets le confinement a eu sur leur mental. Ainsi, on a pu noter chez les enfants et les adolescents des troubles du sommeil, avec réveils fréquents et cauchemars, des troubles de l’appétit, des colères, une baisse de concentration dans le travail scolaire, puis, surtout pour les adolescents en rébellion, un refus de travailler et de respecter les gestes barrière, tout cela pouvant mener à de l’apathie, de la tristesse, signes avant-coureurs de la dépression.

La réponse des psychologues

Des conseils avisés

Pour répondre aux nombreux appels téléphoniques des parents dont la charge mentale s’est considérablement alourdie, et qui sont inquiets face aux changements de comportements de leurs enfants, les psychologues donnent des conseils avisés.

Tout d’abord, être à l’écoute des enfants, essayer de dialoguer avec eux. Selon leur âge, les parents peuvent leur expliquer, à leur niveau, où en est la situation, pour ne pas les laisser dans l’angoisse de ne pas savoir. Parler de la pandémie sans montrer son stress et son angoisse, être plutôt rassurant tout en restant objectif, sans nier ou minimiser la gravité de la situation. Leur expliquer que la situation est difficile, mais que nous sommes tous logés à la même enseigne.

Mais dialoguer, c’est aussi inciter l’enfant à parler, pour qu’il puisse exprimer ses ressentis face à la pandémie et au confinement, ses peurs, ses colères.

C’est une période spéciale, et l’attitude des parents doit être plus compréhensive face à des crises de colère ou d’énervement, et devant le fait que les ados passent beaucoup plus de temps devant leur écran. Les parents doivent alors apprendre à détecter chez leur enfant les comportements qui ont changé, comme le manque d’appétit, ou au contraire une certaine boulimie, des pleurs inexpliqués, des crises de violence, et si possible faire parler l’enfant sur la cause de ces comportements.

Le manque de contacts sociaux, l’absence de copains qui se prolonge est difficile à vivre pour un enfant et à plus forte raison pour un ado. Il faut que les parents organisent des séances de visioconférence avec leurs camarades, et tolèrent que les ados communiquent et jouent en réseau. On peut faire de même avec la famille, les grands-parents ou les cousins. La vie hors du cocon familial doit continuer à exister malgré tout.

L’absence de mouvements, de détente physique, peut également peser sur le comportement des enfants. Au bout d'un moment, ils tournent en rond, s'exaspèrent. Il est recommandé de sortir tous les jours, et de faire avec eux des activités physiques devant la fenêtre ouverte.

Malheureusement, ce n’est pas toujours simple à faire. Certains parents sont débordés par leur angoisse et par celle de leurs enfants, à cause de la petitesse du logement, du nombre de personnes qui y vivent, d’une situation de précarité, et sont incapables d’appliquer tous ces conseils.

Toutes ces angoisses peuvent alors dégénérer vers des comportements particulièrement préoccupants, comme des séquences de violence conjugale dans lequel l’enfant se retrouve prisonnier, ou encore pire, de violence sur l’enfant lui-même, et les séquelles seront malheureusement durables ou indélébiles.

Le soutien des professionnels de santé

Il se peut que malgré tous les efforts des parents pour écouter leur enfant, le rassurer, faire en sorte que tout se passe bien dans ces périodes difficiles, celui-ci donne des signes manifestes de problèmes psychiques.

Les parents peuvent eux-mêmes se sentir débordés et perdre pied, paniquer, avoir des comportements inappropriés.

C'est pourquoi Les médecins, pédiatres, psychologues et pédopsychiatres sont là pour recevoir à leur cabinet et écouter d’une part les parents que ne savent plus comment gérer la situation, et d’autre part les enfants, afin qu’ils puissent exprimer en toute confiance leur anxiété et leurs angoisses.

Le concours des sophrologues est également appréciable, et des applications sur smartphone comme "Petit Bambou" ont mis en place des séances de respiration et de méditation, spécialement pour les enfants et les adolescents.

L’impact sur les tout-petits n’est pas à négliger, c’est pourquoi, dès la réouverture des crèches, les psychologues ont ouvert des consultations sur le lieu même, à l'intention des professionnels des crèches et pour conseiller les parents qui éprouvent des difficultés.

Dans ces temps perturbés, le rôle du psychologue est primordial, aussi bien pour l’enfant, l’adolescent, les parents que les professionnels travaillant avec les enfants, pour les soutenir et les amener à avoir les comportements adéquats.

Une initiative intéressante

De nombreuses initiatives ont été prises par des groupements de psychologues pour répondre aux détresses de certains parents, notamment les femmes qui accumulent télétravail, gestion quotidienne, et gestion de la vie en confinement. Parmi ces initiatives, celle de Cogito'z, créée par Jeanne Siaud-Facchin

La fondatrice de Cogito'z, Jeanne Siaud-Facchin

Jeanne Siaud-Facchin est une psychologue clinicienne et psychothérapeute. Son nom est connu par ceux qui ont lu son livre phare : "Trop intelligent pour être heureux" paru en 2008. Elle s’est effectivement beaucoup intéressée aux enfants surdoués et à leur difficulté à s’insérer dans la société. Elle a apporté une contribution décisive dans la compréhension de la précocité et dans l’accompagnement des adolescents en rupture avec le milieu scolaire, pour les remettre dans un parcours de réussite. (cf. association Zebra Alternative).

En 2000, elle crée Cogito’Z, le premier centre en France de consultation psychologique intégrative. La psychologie intégrative prend en considération l’être humain dans sa globalité, dans ses dimensions physique, émotionnelle, mentale, sociale, énergétique et spirituelle. Sa ligne directrice : "comprendre précisément pour aider efficacement".

Cogito’Z est actuellement implanté à Paris, Marseille, avec des antennes à Aix en Provence et Aubagne, Avignon avec une antenne à Uzès, Nantes, Dax, et en Europe à Londres, Genève et Bruxelles.

Depuis quelques années, Jeanne Siaud-Facchin s’oriente vers la méditation de pleine conscience, notamment pour les enfants et les adolescents. La pleine conscience est une méthode de plus en plus utilisée par les psychothérapeutes pour aider le patient à évacuer son stress et ses angoisses, s’apaiser, se reconnecter à lui-même, lâcher prise et vivre pleinement chaque instant de sa vie.

Comment fonctionne Cogito’Z

Cogito’Z est un réseau de soutien psychologique. Il fonctionne sur le principe du numéro vert. C’est une hot-line, qu’on peut appeler au 0 805 822 810. Un des 35 psychologues qui y participe répond à vos questionnements et vous donne des conseils. Ce service fonctionne du lundi au samedi, de 10 heures à 17 heures. Il ressort de ces conversations téléphoniques que ce sont particulièrement les femmes qui appellent, car elles se sentent débordées et ont tendance à craquer. À force de tout gérer, télétravail, éducation, aide aux devoirs et travail ménager, certaines ne supportent plus leurs enfants, qui sont sans arrêt à la maison. Toutes ne peuvent pas les aider dans leur travail scolaire, elles se sentent impuissantes, ce qui tend encore plus les relations parents-enfants.

Les psychologues de l’association prennent le temps d’écouter les parents, d’une part pour qu’ils se soulagent et expriment leurs difficultés, d’autre part pour comprendre d’où vient le problème, et donner ensuite les conseils adaptés.

C’est ainsi qu’ils donnent aux parents de nouvelles pistes :

Être curieux, s’intéresser au travail de l’enfant. En procédant ainsi, le stress anticipatoire de la mère qui pense qu’elle ne peut pas être à la hauteur pour aider son enfant va ainsi disparaître, ou du moins s’atténuer.

Demander à l’enfant d’expliquer son cours, ou une partie du cours. L’enfant appréciera cette démarche et se sentira soutenu. C’est ce qu’on appelle l’inversion des rôles, que conseillent de plus en plus les psychologues.

Mais cette inversion des rôles peut s'exercer dans d'autres domaines et s’appliquer à la gestion de la vie quotidienne. Les parents peuvent alors demander aux enfants de les aider, pour inverser certains schémas qui ne marchent plus en période de confinement.

Avec un ado, c’est un peu plus difficile à mettre en place, car il est souvent en rébellion, mais le peu qu‘il fera pour aider peut faire l’objet d’un compliment de la part du parent, et amener un changement d’attitude. Ce que J. Siaud-Facchin appelle le renforcement positif.

Ce sont quelques conseils apportés par les psychologues. Mais d’autres initiatives ont été prises au sein de l'association :

  • Un rendez-vous quotidien avec J. Siaud-Facchin pour échanger sur Facebook.
  • Une séance de méditation de pleine conscience tous les soirs à 18h30, en direct

À l'heure actuelle, nous ne sommes plus en confinement strict, ce sont maintenant des confinements beaucoup plus légers, mais cependant, les activités sportives et culturelles des enfants sont pour la plupart supprimées, des écoles et de lycées ferment pour cause de clusters, et les enfants sont de ce fait beaucoup plus à la maison. Et qui sait, nous ne sommes pas à l’abri d’un nouveau confinement strict qui pourrait encore davantage impacter les adultes et les enfants, surtout ceux qui en ont déjà beaucoup souffert. Cela doit nous avertir sur le fait d’anticiper les problématiques à venir, l’évolution de la société, et les rapports parents-enfants au sein de la famille face à de nouveaux troubles et de nouvelles exigences.

Sources :

  • (1) Fédération pour la recherche sur le cerveau, frcneurodon.org, 15 mars 2021
  • (2) Site internet santepubliquefrance.fr : Article "Covid-19 : une enquête pour suivre l’évolution des comportements et de la santé mentale pendant le confinement" Mis à jour le 14 mai 2020
  • (3) PMC-MCBI publication du mois de mai 2020
  • (4) Santé Publique France : Article "CONFEADO : une étude destinée aux enfants sur le vécu du confinement lié à l'épidémie de COVID-19" 7 décembre 2020

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