Colette Lallement-Duchoze

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Billet de blog 7 janvier 2015

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Pasolini

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

De Abel Ferrara  Avec Willem Dafoe, Ninetto Davoli, R Scamarcio, Adriana Asti, Maria de Medeiros

Novembre 1975. Dernier jour de la vie de Pasolini. Une journée apparemment banale -depuis son lever dans l'appartement de sa mère, jusqu'à son lâche assassinat    sur la plage d'Ostie, nous le voyons au travail, répondre aux questions des journalistes, participer à un match de foot, fréquenter les ragazzi, etc... -. Et pourtant ! Abel Ferrara nous fait passer par des fondus enchaînés et/ou des surimpressions, de la fiction-réalité à la fiction pure. Ainsi quand Pasolini (Willem Dafoe) tape le texte de son roman Petrole ou la suite de Porno teo Kolossal  le spectateur est invité à pénétrer son imaginaire car le cinéaste Ferrara/Pasolini met "littéralement" en images ce support écrit qui de ce fait se mue en    texte iconographique. C'est, à mon avis, la partie "faible" de ce long métrage même si "la mort accomplit un fulgurant montage de notre vie" (écrivait Pasolini); car les  "délires" des projets de Pasolini devenus "délires" de Ferrara sont inévitablement déformés dans cette approche mimétique....

En revanche le travail sur les décors (le film a été tourné essentiellement en intérieurs et l'on reconnaîtra furtivement    un Morandi) les lumières et  les profondeurs de champ; le rôle dévolu à la mère (figure tutélaire, elle éveille son fils des limbes; piéta désormais orpheline, elle fermera la partition    de la Mort); la présence de Ninetto Davoli (l'ami le complice l'acteur fétiche, sexagénaire au visage lunaire) interprétant un personnage du film en gestation et reliant ainsi Pasolini public et    Ferrara; la prestation de Willem Dafoe à l'élégante sobriété; les choix musicaux; tout cela fait de ce faux biopic un film  lumineux (malgré toutes les ombres portées) et attachant (malgré quelques critiques sur le semblant de mimétisme)  qui ne verse nullement dans l'hagiographie.

Sans oublier bien évidemment la ferveur iconoclaste du cinéaste/écrivain; interviewé ce premier novembre 1975, il affirmait    "Je pense que scandaliser est un droit; être scandalisé c'est un plaisir et le refus d'être scandalisé c'est une attitude moraliste"

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