Liberté d'Albert Serra (Espagne France)

Oui ce film sur la déliquescence et le stupre libertin aux accents sadiens, fait du spectateur un voyeur! Un film à la lenteur calculée à ne pas rater!

Oui ce film sur la déliquescence et le stupre libertin aux accents sadiens, fait du spectateur un voyeur (à l’instar de ces personnages en retrait ou armés d’une longue vue ou tapis derrière un arbre…) Serait-ce la raison pour laquelle des spectateurs quittent la salle ?? Mais de la pudibonderie faisons fi, car après tout l’orgasme dans ce film n’est-il pas essentiellement mental et la parole cardinale ?

 Nous étions 7, nous restâmes 3 ….3 à apprécier cette façon de filmer qui, par la magie du cadre et la répartition des couleurs, transforme chaque personnage et chaque coin de la forêt en tableau (Fragonard, Boucher), qui fait du clair-obscur une syntaxe, qui théâtralise avant-scène et arrière-plan   3 à être sinon envoûtés du moins emportés dans un voyage où s’enchevêtrent une rêverie quasi mystique, une déclinaison des plaisirs et sévices sexuels, (de la fellation à l’ondinisme, de la pénétration à la flagellation), et une sorte de fresque historique (des chaises à porteurs qui vont jouer le rôle de mini-studios côtoient arbres et sous-bois, costumes d’époque et perruques, langage précieux, revendications  "révolutionnaires" )

 Si l’on ajoute un sens aigu de la dramatisation (voici une tempête tellurique où le ruissellement de la pluie s’accouple à la sudation des efforts érotiques, où le mugissement des éléments prolonge les râles des plaisirs), la circularité de la construction (aux premiers longs plans fixes sur la forêt qui s’obscurcit progressivement répondent ceux de la fin  où le bleu du ciel et la lumière sont annonciateurs d’une aube nouvelle mais aussi….peut-être ...du retour à la normalité!!) ; si l’on ajoute cette alliance des contraires (Albert Serra fait se côtoyer laideur et beauté, jeunesse et vieillesse, roture et noblesse) et la toute puissance du regard : voilà encore de bonnes raisons de déchirer l’écran de la salle afin de pénétrer dans  ce "bois empoisonné", cette forêt entrelacs des fantasmes, à la singularité inextricable,  et  "participer" à cette cérémonie de LA LIBERTE éprouvante et mortifère, sensuelle et poétique….

 Un film à la lenteur calculée, à ne pas rater !

 

De Albert Serra (Espagne France)

Avec Helmut BergerMarc SusiniIliana Zabeth 

Prix  spécial du Jury de Cannes dans la sélection Un Certain Regard

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