Balade et ballade, espace et temps, douleur et lumière, le film de Mikhaël Hers Ce sentiment de l'été mêle tout cela avec une douceur qui n'exclut pas la violence du deuil. Sasha brusquement s'effondre sur une pelouse; alors que le spectateur avait assisté à son réveil, qu'il l'avait suivie à son travail, qu'il s'était déjà familiarisé avec elle; cette scène inaugurale va donc l'inclure de façon quasi tangible dans le processus de deuil. Comment "survivre" quand on a perdu l'être aimé ? Sasha "femme" de Lawrence, Sasha soeur de Zoé?
C'est par des formules apparemment anodines (on se répète combien on est content de se retrouver en se donnant la bise), mais c'est surtout par des regards que les personnages échangent leurs émotions (et l'interprétation de Judith Chemla qui joue Zoé est à cet égard exemplaire; Anders Danielsen Lie était peut-être plus convaincant dans Oslo 31 août, ce qui n'enlève rien à son talent d'acteur).
Le titre semble insister à la fois sur la légèreté (c'est la saison estivale avec toutes ses connotations: lumière, chaleur, insouciance) et la nostalgie (en ce sens qu'il se réfère au passé ce dont témoignent l'adjectif "ce" et le substantif "sentiment"); et d'ailleurs par détestation du numérique, le réalisateur a filmé en 16mm ce qui donne à l'image une sorte de patine....(celle précisément des souvenirs, du passé)
L'été? Le film nous transporte de Berlin -l'été de la mort de Sasha-, à Paris l'été suivant, puis à New York -soit le troisième été-, avec un passage à Annecy (où les parents de Sasha ont un chalet; et ce n'est pas pur hasard s'ils sont interprétés par les acteurs rohmériens Marie Rivière et Féodor Atkine). Douceur estivale? là ce n'est pas un simple cliché. Les décors urbains, les espaces parcourus, les habits légers (short le plus souvent pour Zoé) les couleurs, tout est empreint de cette lumière jamais trop vive qui vient moirer une terrasse, s'alanguir sur un banc, être à l'affût dans une embrasure de fenêtre, ou encore se réfracter et se diffracter sur le lac d'Annecy.
Une atmosphère bien particulière préside ainsi au souvenir, en l'enserrant dans sa confrontation avec le présent. "Je n'y arriverai jamais" confie Lawrence un jour à Zoé "comment tu fais toi?"
Et pourtant....L'affiche est à ce propos éloquente: le personnage est vu de dos sur une plage mais son être semble attiré par ...