Antoinette dans les Cévennes de Caroline Vignal

Un film dont la ténuité scénaristique est largement compensée par d'indéniables qualités : l'interprétation de Laure Calamy étonnante de justesse dans sa fougue et sa drôlerie, le tempo, la fluidité du montage, les paysages cévenols etc.

Partir sur les traces de Stevenson (qui a donné son nom au GR70) pour (re)conquérir son amant ? Dresser un animal réputé pour son entêtement et progressivement en faire un confident ami ? Autant de défis pour cette jeune femme pétulante ! Mais ne nous ne méprenons pas. Si la relation Patrick (l’âne) Antoinette emprunte au Voyage avec un âne dans les Cévennes de Stevenson, si ce romancier écossais lui aussi avait entrepris ce périple de 195km suite à une « peine de coeur » (ce que rappelle l’hôte à Antoinette dont le visage et le regard s’éclairent d’empathie) la comparaison s’arrête là….

Le film débute comme un  vaudeville, (le fameux trio maîtresse mari femme) : Antoinette la maîtresse d’école parée d’un fourreau satiné fait interpréter- pour la fête de fin d’année-, un tube de Véronique Sanson Amoureuse sous l’oeil étonné, légèrement réprobateur de certains parents….dont le père d’une de ses élèves, Vladimir, qui ...précisément est son amant... un amant qui ne respecte pas sa promesse : partir avec elle une semaine (c’est le prologue)

 Dès qu’elle sera « embarquée », dès qu’elle sera confrontée à l’improbable, dès qu’elle devra assumer seule (elle la néophyte en rando) des situations inédites, le film évolue tout comme évolue la relation entre elle et Patrick. Ses confidences - d’abord une voix intérieure- elle va les murmurer à l’oreille de l’équidé qui, miracle, en est tout stimulé : la parole amie qui dit la souffrance comme substitut du fouet ! Progressivement cette quadra se déleste d’un « amour encombrant » et sa quête est devenue celle du bonheur, tout simplement (loin des qu’en dira-t-on, des préjugés incarnés par quelques randonneurs attablés lors d’une pause).

 Car cette aptitude à l’émerveillement qui habitait à n’en pas douter le personnage, s’incarne avec plus de densité, de consistance grâce à sa relation avec l’âne qui lui « apprend » à se libérer de tout ce qui « encombre » esprit et coeur (dont cette croyance en l’amour-passion contrarié comme l’expliquera Eléonore la femme de Vladimir dans un échange de propos inoubliable !!!) Après des chemins tortueux (à l’instar de cet égarement qui contraint le duo à dormir à la belle étoile..) Antoinette sera plus sereine : ce dont témoigne la scène où elle se promène altière buste droit tête haute dans un village….

 Le film est porté par Laure Calamy dans le rôle-titre, une actrice étonnante de justesse à la fougue constructive et souvent irrésistible de drôlerie (on lui pardonnera ses bougonneries à la Karine Viard plus ou moins prononcées).

La réalisatrice crée un tempo en faisant alterner les séquences de duos Antoinette/âne (filmés en plans rapprochés ou de loin comme se détachant sur la ligne des crêtes) et les scènes en groupe, les plans panoramiques sur le paysage cévenol et les intérieurs du vivre ensemble. Un film au rythme fluide, aux dialogues à la fois sobres et percutants. Et petit clin d’oeil à Rohmer dans le choix de l’actrice Marie Rivière

 Et l’on comprend aisément que la critique soit unanime dans l’éloge de cette comédie dont la ténuité scénaristique est largement compensée par tant d’autres qualités

Mais aller jusqu’au dithyrambe...Non !

 

 

de Caroline Vignal (2019)

avec Laure Calamy, Benjamin Lavernhe, Olivia Côte, Marc Fraize, Marie Rivière 

 Sélection officielle Cannes 2020

 

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