Doctorat: un an après, où en est la prolongation de nos financements?

Il y a un an, le 23 avril 2020, lors de la première vague de l’épidémie, la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche annonçait la prolongation des contrats doctoraux considérant que “dans une telle situation, il est primordial de soutenir les doctorants, qui contribuent de manière essentielle à la recherche”. Pourtant, le soutien affiché par le ministère peine à se concrétiser.

Douze mois plus tard, à nouveau confiné·es, nous, doctorant·es, attendons toujours la prolongation de nos contrats, par ailleurs censée pallier… les effets du premier confinement uniquement. 

Cette attente est insupportable. Elle ajoute incertitude, angoisse et anxiété à une situation qui affecte déjà la prévisibilité de l’activité scientifique et pèse particulièrement sur les jeunes chercheurs et chercheuses, travailleurs et travailleuses précaires de la recherche scientifique. Elle retarde la compensation, tant attendue, de l’interruption des parcours doctoraux imputable à la crise sanitaire. Les difficultés engendrées, déjà recensées à plusieurs reprises, sont multiples : un accès limité, voire impossible, à nos terrains d’enquête, à nos données empiriques ou au matériel nécessaire à notre recherche, des déplacements nationaux et internationaux entravés, la diminution des occasions et la fermeture de certains espaces de discussion et d’échange scientifiques avec les pairs... Pour les doctorant·es, en particulier celles et ceux d’entre nous dont le contrat de travail arrivera à échéance à la fin de l’été, le fait de n’avoir pas pu réunir, comme prévu, l’intégralité de nos matériaux rend irréalisables les tâches attendues de nous à ce stade de nos parcours, que l’on songe à la rédaction de nos thèses, à la valorisation de nos résultats ou à la recherche d’emploi. Face aux exigences du marché ultra-compétitif qu’est celui de l’enseignement supérieur et de la recherche, cette situation génère de grandes difficultés. 

En ces temps difficiles où la détresse étudiante est, à juste titre, déplorée, force est de constater que la détresse doctorante n’est pas moins vive. La pression exercée par nos établissements quant aux délais d’achèvement des thèses, dans un contexte où les financements doctoraux sont rares, et déjà bien trop courts, s’ajoute à l’inquiétude de devoir travailler sans revenu durant de longues périodes et produit une situation insoutenable où se mêlent découragement et sentiment d’abandon.

Or, l’annonce de la prolongation des contrats doctoraux avait suscité de l’espoir. L’espoir, pour des doctorant·e·s entravé·e·s dans leurs missions, de se voir permettre de mener à bien des thèses dans lesquelles elles et ils se sont investis sans ménager leur peine, malgré la complexité de la situation sanitaire. L’espoir de rattraper le temps confisqué par la pandémie, grâce à la perspective de plusieurs mois de financement supplémentaires.  Aujourd’hui, pourtant, une partie des bénéfices que devaient générer ces prolongations est déjà perdue : face au mutisme et à l’inaction du MESRI, nombreux·ses sont les doctorant·e·s qui consacrent aux campagnes de recrutement d’ATER un temps conséquent et précieux, alors même que leur intérêt premier aurait été de pouvoir se réengager pleinement dans leurs recherches contrariées par la Covid. L’incertitude financière et matérielle concernant les ressources dont elles et ils pourront disposer pour vivre et travailler l’année prochaine, ou la suivante, est omniprésente et perturbe les travaux en cours autant qu’elle nuit à la santé mentale des doctorant·e·s. Au-delà, c’est l’ensemble du secteur de l’enseignement supérieur et de la recherche qui pâtit aujourd’hui, et pâtira demain, de l’inaction ministérielle. Dans l’immédiat, la prévision des charges de cours et les recrutements d'ATER sont perturbés et la disponibilité des doctorant-es pour participer à l’activité scientifique de leurs laboratoires s’est amoindrie. A long terme, les parcours de thèse perturbés par la Covid, nécessairement allongés et difficiles, seront une épine dans le pied des unités de recherche, et la production scientifique de l’ensemble des universités françaises ne pourra qu’en souffrir.

Il est donc plus que temps d’agir. Pour célébrer dignement l’anniversaire de votre déclaration, Mme la Ministre, vous vous devez de transformer vos promesses en actes. Nous demandons à votre ministère d’instruire au plus vite les demandes de prolongation que les établissements dont vous avez la tutelle vous ont adressées il y a de nombreux mois. Nous vous appelons également à exiger des écoles doctorales qu’elles procèdent à la réinscription automatique et gratuite des doctorant·es, qu’elles multiplient les aides financières à la réalisation de périodes de terrain, et à œuvrer pour faciliter les détachements de l’Education Nationale pour les doctorant·es fonctionnaires.

PREMIERS SIGNATAIRES : 

Collectif des doctorant·es de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris 

Confédération des Jeunes Chercheurs (CJC)

Le Bureau de l’Association nationale des candidats aux métiers de la science politique (ANCMSP)

Groupe de Réflexion et d’Action des Jeunes Chercheur·e·s pour la prolongation des contrats de recherche (GRAJC) 

Association ENthèSe

Collectif des doctorant·es du Centre Maurice Halbwachs

Les Doctorant.e.s Mobilisé.e.s pour l'Université de Paris 1

Collectif Doctoral de Sorbonne Université

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