Abus de pouvoir et prise de conscience : Les forces de l’ordre VS un peuple en colère

En pleine rébellion contre les violences policières, la France vit un véritable chaos. Depuis toujours, l’abus de pouvoir des forces de l’ordre fait débat mais désormais, il fait le tour des médias et des réseaux sociaux. Entre tentative de mise sous silence et protection par l’état, les forces de l’ordre sont bien loties et continuent de violenter tout en étant impunies.

Quand le pouvoir mène au chaos 

On le constate depuis quelques semaines déjà, après les États-Unis, c’est au tour de la France de se rebeller contre les violences policières. Entre le chaos de la manifestation contre le racisme du 2 juin dernier et celle des soignants hier à Paris, la police ne semble pourtant pas décidée à prouver le contraire. Arrestations musclées, violences, gaz lacrymogènes, tout est bon pour prouver encore une fois que les forces de l’ordre ne sont pas prêtes à se remettre en question. Les violences policières ne sont pas un cas isolé, lorsqu’il s’agit de « pouvoir » tout est prétexte à l’abus de celui-ci, et certains s’autorisent le recourt à des méthodes violentes, tout en ayant la garantie d’être protégé par l’état quoi qu’il arrive. 

Les vidéos d’interpellations injustement musclées font désormais le tour d’internet en quelques minutes. Ce mardi, lors de la manifestation des soignants, une infirmière a été brutalement interpelée par les forces de l’ordre. Sur une vidéo, on voit cette femme en blouse blanche, être tirée par les cheveux par des policiers, réclamant plusieurs fois sa ventoline. Ceux que l’on applaudissait tous les soirs il y a deux mois et qui manifestent aujourd’hui pour que l’on reconnaisse enfin leurs actes héroïques sont désormais pris pour cible après avoir très fortement contribué à la survie du pays. 

Farida, infirmière violemment interpelée lors de la manifestation des soignants ce mardi 16 juin à Paris © Antoine Guibert Farida, infirmière violemment interpelée lors de la manifestation des soignants ce mardi 16 juin à Paris © Antoine Guibert

 

 

 

 

 

 

 

Le problème de l’impunité policière reste bien présent. La solution pour plus de justice proviendrait d’Angleterre où, depuis 2004, un organisme indépendant (Independent Office for Police Conduct) traite avec efficacité les bavures policières. En France, le problème est que ce sont les policiers eux-mêmes (IGPN) qui jugent les policiers en cas de violence. 

© vidooshan

Une volonté de mise sous silence 

Au sein de la police, des violences ont lieu depuis toujours mais l’avènement des réseaux sociaux a permis de mettre en lumière ces actes inadmissibles. Un amendement a récemment été déposé par le sénateur Jean-Pierre Grand (LR) afin d’interdire de filmer la police et de diffuser les images. Cet amendement, déposé dans le cadre de la loi de « lutte contre la haine » sur Internet est en réalité une manière de mettre sous silence les violences policières qui depuis peu sont enfin médiatisées, mais qui sont en réalité monnaie courante depuis des décennies dans les quartiers populaires. Une pétition avec près de 50 000 signatures a été lancée sur internet par le collectif des familles de victimes tuées par la police, afin de repousser cet amendement.  

Ces vidéos qui montrent les policiers en pleine action sont indispensables, nous l’avons bien vu avec celle montrant le policier américain écraser la gorge de George Floyd pendant plus de 8 minutes. Elles apportent les preuves de la brutalité et de l’iniquité des forces de l’ordre et sont donc essentielles afin de se battre contre ces injustices et ces violences. Elles permettent également de renforcer la voix des victimes, qui jusqu’alors, avaient du mal à se faire entendre. Ces vidéos ont donc permis d’obtenir une véritable couverture médiatique et de sensibiliser l’opinion publique sur les violences policières. 

Agents SNCF et RATP : le même combat ? 

Plus que les policiers, ce sont également les agents SNCF et RATP qui font souvent preuve de violence et semblent abuser du semblant de « pouvoir » qui leur est confié. Hier soir, une femme enceinte a été violemment interpellée en gare d’Aulnay-Sous-Bois avec comme prétexte, le non port du masque. Une effraction qui, tout aussi condamnable soit-elle, ne justifie pas le recourt à une telle violence. Une vidéo amateur montre cette femme, enceinte, plaquée contre le sol et sur le ventre, par plusieurs agents de la SNCF. Rien, même pas le non port du masque ou les autres effractions commises par cette dame que la SNCF a mentionné dans son communiqué, ne justifie de tels actes. 

© anyssakdj

En effet, la SNCF s’est empressé de publier un communiqué ce jour même afin de défendre impunément ses agents, indiquant les raisons pour lesquelles cette dame avait été interpellée, et qualifiant la vidéo de « hors contexte », comme si tous ces éléments justifiaient les violences ayant eu lieu. 

À VOIR : Communiqué de la SNCF - 17 juin

On le sait, les services de sécurité interne de la SNCF et de la RATP disposent de nombreux pouvoirs, qui semblent ainsi conférer aux agents un sentiment de toute puissance envers les usagers.  Étant censés assurer la protection des voyageurs, des biens et des personnels sur l’ensemble du réseau ferré national, dans les gares et dans les trains, les agents ont le « pouvoir » de constater des infractions, par procès verbal, de relever l’identité d’un contrevenant, d’interdire les accès au train, de fouiller les bagages, saisir de la marchandise ou encore d’interpeller un individu pris en flagrant délit afin de le remettre à la police. À aucun moment il n’est mentionné le droit de plaquer au sol puis de tabasser un usager, même si ce dernier a commis une infraction, pourtant la SNCF s’efforce encore à trouver des circonstances atténuantes permettant de justifier un tel comportement. 

Des violences autorisées et des policiers soutenus par l’état 

Après le discours d’Emmanuel Macron ce 14 juin dernier, des policiers se sont rassemblés sur l’esplanade du Trocadéro à Paris et ont jeté leurs menottes au sol afin de protester contre ce qu’ils considèrent comme un abandon de leur premier ministre, Christophe Castaner, depuis ses annonces concernant la fin de l’utilisation de la technique d’interpellation dite « d’étranglement ». Il semble totalement absurde de voir ces membres des forces de l’ordre, protester pour avoir le droit de violenter des individus, et de parfois aller jusqu’à les tuer avec une technique plus que violente et non nécessaire. Finalement, cette technique de la clé d’étranglement continue d’être autorisée en attendant qu’une technique d’interpellation alternative soit trouvée. En France, on autorise donc le meurtre. 

Lors de son discours, Emmanuel Macron a également annoncé soutenir les policiers : « Les policiers et gendarmes méritent le soutien de la puissance publique et la reconnaissance de la Nation. » après avoir eu quelques mots sur les mobilisations dans le pays contre le racisme et les violences policières. Le président de la république se place donc du côté des forces de l’ordre et se met à dos de nombreuses personnes, dans le contexte actuel, d’une violence inouïe. Les violences policières sont mises sous silence et les forces de l’ordre, protégées par l’état. 

Entre racisme, actes d’une violence injustifiée et non légitimes d’un point de vue humain, la police a choisi son camp. En refusant les plaintes des femmes violentées par leur maris, en accordant des peines ridicules et des traitement superficiels aux affaires de viol, pédophilie, homophobie ou autre, la police laisse sous silence des actes bien plus grave que de simplement manifester pacifiquement contre le racisme ou pour la reconnaissance du travail héroïque des soignants pendant la crise du Covid-19. 

La police est violente, elle gaze, tabasse, discrimine, blesse, abuse de son pouvoir, détruit des familles et un pays. La police est protégée par l’état, pourtant elle tue. 

 

 

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