La pogonophobie n'est pas de Gauche!

La pogonophobie n'est pas de Gauche !

 

 

Un peu de préalable étymologie éclairera sans doute les lecteurs de ce billet : du grec ancien  πώγων, pốgôn (« barbe ») et φόβος, phóbos (« peur »), la pogonophobie, sorte de barbarisme modern style que nous aurons la bonté d'âme de tolérer pour le bien de l'exposé qui va suivre, signifie donc littéralement « la peur des barbes » ou l'aversion pour ces dernières.

Ne doutant pas un instant que les suiveurs éclairés de ces quelques lignes auront par là même déjà compris où elles voudront les mener, entrons dans le vif du sujet : les dissensions dans les rangs de la Gauche française, qui porte l'internationalisme en étendard flamboyant et qui tient la tolérance exacerbée pour cardinale vertu, ont-elles un sens ou ont-elles lieu d'être ? Question subsidiaire : se trouve-t-il des pogonophobes au sein de cette Gauche internationaliste et tolérante ? Dernière annexe aux précédents questionnements : les pogonophobes sont-ils racistes ?

 

A la première interrogation, la réponse est clairement « oui ». Oui, les dissensions, les désaccords ou les divergences entre partisans d'un acquiescement universel à tout ce qui vient d'ailleurs, par principe ou par dogmatisme normatif, et ceux qui pensent que l'internationalisme peut être raisonné, oui, ces dissensions, ces désaccords et ces divergences ont un sens et, oui, ils ont lieu d'être. L'internationalisme est-il un humanisme ? Oui (aussi), il en est un ; mais cet humanisme -au sens où il s'entend de philanthropie- fondamental voire essentiel qui anime les internationalistes de la Gauche française, en plus de leur être fondamentalement ou essentiellement chevillé à l'esprit, peut-il s'accompagner d'un béat aveuglement ? Bien entendu, à cette question, la réponse est « non ». Car pour constitutive que soit la philanthropie de l'esprit (et de la lettre) internationaliste, elle en vient à perdre totalement de sa substance lorsqu'elle s'érige en inconditionnel et systématique soutien de ce qui n'a de philanthropique -ou d'humaniste ou, pire, de fraternel- que l'appellation usurpée. Or, et puisque plus haut nous parlions de barbes, les « frères » musulmans, où qu'ils agissent et d'où qu'ils soient, n'ont rien de philanthropique, rien d'humaniste et même rien d'humain. Ils proclament une fraternité qui ne les unit que dans le vice théofasciste et n'ont de l'humanité qu'une vague et lointaine idée méprisante, leur seule « philosophie » s'appelant Dieu pour laquelle ils sont prêts (et même déterminés) à exterminer les trois-quarts de la planète pour l'en assurer de la suprême et indiscutable vérité.

 

Revenons aux questionnements du début et attachons-nous à répondre à la question subsidiaire posée : se trouve-t-il des pogonophobes au sein de la Gauche internationaliste et tolérante ? A cette interrogative subsidiarité, la réponse est également « oui ». J'en fais partie. Et je l'assume. J'en fais partie et je l'assume, pleinement, précisément parce que ces types sont les antithèses poilues de l'internationalisme humaniste que je défends (mais que des camarades, aussi, avec moi défendent) et de la tolérance raisonnée. Parce qu'ils sont les incarnations systématiques et velues de l'intolérance la plus infâme. Parce qu'ils ont Dieu pour prétexte et la haine pour moteur. Parce qu'ils sont répugnants. Parce qu'ils sont fascistes. Parce que, enfin, il est impossible, à moins d'être volontairement imbécile et délibérément aveugle, de leur trouver la moindre circonstance atténuante. Frères musulmans en Egypte et Aube Dorée en Grèce, même combat.

Répondons, enfin, à l'annexe mentionnée plus haut : en tant que pogonophobe assumé, suis-je raciste ? Et mes camarades pogonophobes, le sont-ils ?

Evidemment, non.

 

Car enfin comment, objectivement, taxer de racisme (et même d'islamophobie, ce concept fourre-tout qui connaît peu la subtilité) des personnes qui dénoncent -et c'est déjà un début de combat- un fascisme de plus quand d'autres s'abusent en préférant, par crainte de l'amalgame, par ignorance volontaire ou par simple méconnaissance, en faire des victimes (de plus, elles aussi, au même titre que le sont les vrais musulmans quand il arrive, par exemple, qu'on lâche un peu la grappe aux Roms).

 

L'islamo-empathie de principe, posture idéologique coupable de cécité volontaire, qui vise à considérer que l'Islam est l'Islam, quoi qu'il arrive, et un musulman est un musulman et, parce qu'ils viennent d'ailleurs, un ailleurs coloré et différent, étonnant ou curieux, fascinant même, peut-être, donc par nature, éminemment respectable puisque l'internationalisme se penche avec bienveillance sur l'Humain d'où qu'il soit, cette islamo-empathie là, est finalement bien plus suspecte que la pogonophobie revendiquée.

 

Suspecte parce que sans nuances. Et coupable de lourdes confusions.

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.