AMELIORER LA PRODUCTION DE VACCINS

Les Etats européens peuvent obtenir l'utilisation des protocoles des firmes pour produire sur leurs territoires. Création d'un fonds mondial pour financer une production pour les pays pauvres. Création d'un consortium national pour le séquençage des variants. Création d'entreprises publiques, adossés à des laboratoires publics pour inventer et produire des vaccins

Force est de constater que les livraisons de vaccins à l’Union Européenne, y compris à la France, sont insuffisantes pour répondre aux légitimes demandes des populations, alors que les mesures pour éviter la propagation du virus ont des conséquences dramatiques à la fois sociales et économiques. De nombreuses personnes parmi les plus fragiles n’arrivent toujours pas à se faire vacciner. De plus, l’accès aux vaccins anti-Covid19 reste très limité à l’échelle mondiale en particulier pour les pays les plus pauvres.

Pourtant la mise au point de vaccins n’a jamais été aussi rapide et efficace. La coopération scientifique au niveau international et les efforts des services de santé ont permis et continueront de permettre à la fois d’améliorer la prise en charge des patients et de trouver rapidement des remèdes pour endiguer l’épidémie Covid-19. Ainsi, la technologie vaccinale à ARNmessager, est utilisée pour la première fois et avec succès en médecine humaine dans la lutte contre le SARS-CoV-2. Ce succès est issu de travaux de recherche menés depuis plus de 30 ans dans des laboratoires de recherche publique et de sociétés de biotechnologie dans de nombreux pays avec des travaux pionniers sur la grippe et le cancer y compris en France.

Il est essentiel maintenant dans cette crise sanitaire de produire des vaccins plus rapidement. Pour disposer de doses de vaccins en quantité suffisante, il faut ouvrir de nouvelles lignes de production partout où les équipements et les compétences peuvent être adaptées à la production des vaccins ayant reçu l’autorisation de mise sur le marché européen.

Si les brevets sont des obstacles à la production rapide de vaccins, les États européens, dont la France, ont des moyens de pression financiers et juridiques (notamment la loi d’urgence promulguée le 23 mars 2020 en France ou encore la résolution 2361 du conseil de  l’Europe) pour obtenir que les entreprises pharmaceutiques (Groupes industriels ou Biotech), qui ont mis au point les vaccins, permettent l’utilisation de leurs protocoles afin de produire ces vaccins sur les territoires des États européens qui disposent des compétences et des équipements nécessaires.

Les États européens doivent aussi agir pour la création d’un fonds mondial (sur le principe de celui créer pour la lutte contre le SIDA) afin de financer la production de vaccins en faveur des États qui ne disposent pas des moyens d’acheter massivement ces vaccins. Les usines de production de vaccins qui seraient mises en place en Europe pourraient participer à la fourniture de vaccins à ces pays.

 Par ailleurs, plus le virus se propage, plus de nouveaux variants apparaissent, susceptibles d’être plus contagieux, si ce n’est plus mortels. Des formes mutées échappant aux vaccins sont à prévoir. Il est nécessaire d’anticiper toute explosion de la pandémie, pour cela nous soutenons la proposition de créer un programme de séquençage d’échantillons de personnes contaminées, en mobilisant les centres de génomique publics ainsi que la création rapide d’un consortium national de séquençage du virus SARS-CoV-2, pour repérer l’apparition de nouveaux variants sur le territoire national.

Pour pouvoir agir efficacement contre les pandémies, nous tenons à rappeler que L’État doit garder la maîtrise des dépenses publiques de recherche. Les plateformes technologiques des laboratoires publics sont avant tout des outils de la recherche publique. Pour cela les laboratoires publics doivent préserver leurs missions de service public pour le développement des connaissances en biologie et biomédecine. Les scientifiques des laboratoires publics doivent garder la maîtrise des projets collaboratifs de recherche qu’ils construisent avec des partenaires extérieurs.

Malheureusement, les grands industriels de la pharmacie continuent à externaliser leurs compétences en recherche et développement (R&D) vers les laboratoires de recherche publique et des entreprises innovantes de biotechnologies, perdant ainsi toujours plus de compétences scientifiques dans leurs départements de R&D et donc la capacité à développer des stratégies industrielles qui puissent répondre aux besoins de santé publique, comme nous le constatons avec l’échec de Sanofi à créer rapidement un vaccin. Nous pensons que la création d’entreprises publiques, adossées à des laboratoires sous tutelle d’organismes nationaux et d’universités dédiées plus spécifiquement aux recherches fondamentales, serait un moyen de prévenir ces situations. L’innovation de rupture et ses applications pourraient être ainsi plus facilement maîtrisées par les scientifiques et la puissance publique afin de répondre aux besoins de santé publique.

 

Il y a urgence. Les mesures que nous proposons doivent être mises en oeuvre sans attendre.

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