Commune : 11 Mai 1871

Comme on en a l'amère habitude à gauche, des querelles obscures divisent et discréditent la Commune...

05-11
10 Mai 1871

 

On a beau avoir comme une habitude des conflits qui paralysent et discréditent les mouvements qui portent l’espoir de justice sociale et de liberté, piégés par un pouvoir qui, comme un rejet de greffe, se fait réfractaire à leurs principes et leurs idées, on peine à croire que la Commune puisse encore trouver à se fracasser davantage.

Depuis quelques jours, une obscure querelle divise les membres de la Commune dont on lit le compte rendu affligeant dans les pages du Journal officiel.

Le Comité central, l’autorité de la garde nationale, se dispute le pouvoir quant aux questions militaires avec le conseil, qui reproche au Comité de salut public, qu’il vient de créer, d’accorder à celui-là trop de prérogatives. On s’accuse, on démissionne, on menace de cour martiale. Les débats sont absurdes. Le Comité central remplace les hommes de la Commune aux postes de responsabilité. Un de ces hommes, le délégué à la guerre, Louis Rossel, démissionne et publie son adresse dans le journal du Père Duchêne. Il prend à témoin l’opinion et dénonce son impuissance. Le journal conclue en proposant de « fusiller » tous les « jean-foutres » des comités et des sous-comités qui « mettent des bâtons dans les roues, au lieu d’agir et de faire leur devoir ». Et puisque le ridicule ne sait pas trouver sa limite, Louis Rossel et arrêté. Il parvient à s’enfuir.

Au fait, on reproche au Comité de salut public son laisser faire. Pour une entité qui avait vocation à se faire dictature, la chose est comique. Les membres de ce Comité, on le rappelle, fraîchement nommés, sont démissionnés.

On ne sait quoi penser. Si ce n’est que décidément la cause est perdue. Les hommes de la Commune échouent, écrasés par un pouvoir que des siècles d’Histoire auraient dû avertir sur sa nature folle. Il est peu d’exemples de redistribution du pouvoir au peuple, Athènes, dans une moindre mesure les conjurations bourgeoises médiévales. Jamais il n’aura suffit de conserver les mêmes modalités de prise de décision en changeant les hommes. Mais en un temps si court, dans un espace si circonscrit, celui d’une ville, que pouvaient-ils d’autre de toute façon ?

Le Cri du Peuple l’a bien compris qui passe outre ces hommes de la Commune discrédités, qui se font « des illusions » sur la « toute puissance » de leur autorité : « Que la Commune agisse donc ou n’agisse pas ; qu’elle fasse succéder à une commission exécutive un Comité de salut public, et un second Comité au premier ; qu’elle change les délégués à la guerre, en modifie le nombre ou les fonctions ; ses délibérations et ses décisions ne précipiteront ni entraveront la victoire que Paris gagnera sur Versailles. ». Pour Pierre Denis l’autorité municipale n’importe plus. Si on veut sauver le projet révolutionnaire, et Pierre Denis le veut, il n’est pas prêt à renoncer, on doit même ignorer les hommes de la municipalité : « la Révolution anonyme du 18 mars » est « supérieure aux hommes », elle en est même « distincte ». Car ce qui est en jeu, ce ne sont pas « quelques individus qui disparaitront au lendemain de la victoire », mais les droits du peuples et « des institutions républicaines destinées à assurer sa souveraineté à l’avenir ».

 

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