Commune : 21 Avril 1871

Aujourd'hui, on se demande ce qui fait que le centre gauche est toujours si prompt dans l’Histoire à se ranger derrière les conservateurs et les réactionnaires plutôt que de rejoindre un mouvement social qu’il pourrait tenter de « modérer » selon ses vues.

04-21
21 Avril 1871

 

Ce sont des points de vue sur des faits suffisamment plastiques pour se laisser saisir dans des interprétations de plus en plus irréconciliables qui se cabrent et s’affrontent ces jours-ci dans la presse. On essaie de comprendre.

Le Bien public, un organe « républicain modéré » écrivait, il y a quelques jours, pour exprimer sa satisfaction vis à vis du gouvernement de Versailles. Le journaliste rappelle d’abord que les monarchistes, majoritaires à l’Assemblée, ne parviennent pas à se mettre d’accord sur le nom du régnant, et donc sur le régime, divisés depuis si longtemps entre, appelons-les les monarchistes mobiliers, la haute bourgeoisie, et les monarchistes immobiliers, l’aristocratie. Puis il se réjouit que « la République » soit « restée la forme du gouvernement », du moins en « attendant » que ces messieurs se décident. La chose est curieuse et il semble que ce qui soit modéré chez ce « républicain modéré », ce soit son goût pour la République, qui se satisfait, donc, de cette forme par défaut. « La république divise moins » aurait dit Thiers, au contentement de l’éditorialiste.

De l’autre côté, les républicains de Paris, la Commune, que l’auteur voit comme une « insurrection » : « une idée juste, des exploiteurs ; total : », il se lance dans un calcul et additionne, « total : », donc, « une attaque violente contre la République honnête ». On peine à comprendre ce qu’un républicain modéré reproche aux républicains de Paris. Les arguments manquent, dans la tribune, qui pourraient venir nous convaincre. Mais enfin il en est sûr : « il viendra une heure où paris étouffera sous la terreur, mourra de faim, halètera faute d’air ».

Car les communeux, d’après lui, mènent à une impasse. S’ils sont « victorieux », ce sera « la dictature, c’est-à-dire la mort de la République ; vaincus, ce serait une restauration impériale ». On relit. On aimerait savoir ce qui lui fait dire que le projet communeux mène à la « dictature ». On aimerait comprendre comment entre un gouvernement qui supprime les journaux, condamne à mort les opposants politiques et exécute tant de républicains et un pouvoir communal qui menace, certes, mais s’avère jusqu’ici plutôt sage, ce républicain modéré croit voir la dictature venir du côté des plus sages ? Et ce ne sont pas les insultes et les procès d’intention, « tyrans » « République cosmopolite », « terroristes »… qui s’enchainent dans le papier qui viennent nous éclairer.

On se demande ce qui fait que les hommes de centre gauche sont toujours si prompts, dans l’Histoire, à se ranger derrière les conservateurs et les réactionnaires plutôt que de rejoindre un mouvement social qu’ils pourraient tenter de « modérer » selon leurs vues.

On parvient mieux à suivre le raisonnement d’Henri Rochefort dans le Mot d’Ordre, ce matin. Il peste d’abord contre ce reproche qui vise le « gouvernement installé à l’Hôtel de Ville », qu’on accuse d’être « un pouvoir dictatorial ». Puis de faire remarquer que ces accusateurs sont les mêmes qui refusent de participer aux élections, de présenter des candidats « dussent-ils nous combattre », ni même d’exprimer leurs suffrages. Pour lui, « refuser aux membres de la Commune le complément qui leur manque pour constituer une représentation régulière, c’est tout honnêtement les forcer à prendre la dictature ». Mais cette « dictature », on sent bien que les communeux n’en veulent pas.

L’auteur du papier le premier, qui s’inquiète de la condamnation à mort d’un commandant de bataillon de la garde nationale par la cour martiale. S’il est persuadé que la Commune, précisément la commission exécutive, « va se hâter de casser » ce jugement, il se montre vigilant. Il ne soutiendra plus la Commune, si elle s’égarait dans des chemins autoritaires : « le premier coup de fusil reçu par un citoyen en vertu d’un arrêt visé par la Commune sera le signal de notre disparition ». On comprend l’inquiétude. Un pouvoir qui se met en place, qui plus est dans le tumulte d’une guerre civile, peut se perdre à tout moment. Mais on constate aussi que les partisans de ce pouvoir veillent scrupuleusement.

  

Voir le film : https://vimeo.com/ondemand/lacommunedeparis

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