Demokratia - partie I : Demos - δῆμος

J'ai voulu réfléchir à la question de la démocratie... Non plus comme synonyme des systèmes représentatifs, mais comme organisations où tout le monde prend part aux décisions... J'ai pu ainsi observer des expériences dans toutes les parties du monde et à travers le temps, en Inde, près de 1000 ans avant notre ère ; dans le Delta du Niger, avant l’arrivée des européens ; ou encore à Athènes...

2

  Le terme Demos désigne le peuple, à la fois tout le peuple mais aussi la populace, la roture. Le mot Demokratia a pu être fabriqué par les critiques d’une constitution qui, selon eux, permettait aux plus pauvres de prendre le pouvoir sur les aristocrates. Dans ce cas, ils auraient utilisé Demos dans ce sens de roture, avec la malice du mépris. Si Demokratia a été créé par les démocrates athéniens eux-mêmes, c’est dans le sens de tout le peuple, y compris les plus pauvres.

  Se lancer dans une tentative de définition du Demos me paraît déjà trop théorique. Je voudrais plutôt chercher à observer comment la notion fonctionne. Arrêtons-nous sur un exemple qui nous permettra peut-être de percevoir ses ressorts.

  Vers la moitié du 20esiècle, un anthropologue décrit l’organisation sociale des Samale, un peuple nomade dans la corne de l’Afrique comme plus ou moins « démocratique jusqu’à l’anarchie »[1]. Ces nomades pastoraux se déplacent dans le nord de la Somalie, suivis de leurs troupeaux de moutons et de chèvres et les chameaux portant leur équipement. La structure de leur tente, aqal, est en bois courbé, recouverte d’herbes et de peaux[2]. Ils se divisent et se regroupent selon des combinaisons de lignage et de clan[3]. La cohésion au sein du groupe est aussi forte que l’antagonisme envers les autres groupes. Au sein du groupe, dans une organisation dite égalitaire[4], les membres sont liés par contrat, jurant de « se soutenir dans l’exercice commun des responsabilités politiques et légales »[5]. À l’endroit des autres groupes, afin de protéger leurs « cheptels ou leurs droits d’accès à l’eau et aux pâturages »[6], ils s’engagent dans des querelles et des guerres qui mobilisent un sentiment de communauté d’habitude plutôt lâche, dispersé dans les prairies. Allant plus au sud de la Somalie, certains ont fini par s’installer et adopter l’agriculture[7]. Ils maintiennent leurs traditions de solidarité et partagent le travail collectif du village, la culture, la gestion de l’eau, la chasse… Un chercheur décrit ce peuple Sab comme « moins belliqueux », organisé de façon plus hiérarchique[8]… comme si les rapports de force et les antagonismes s’étaient infiltrés et renforcés à l’intérieur même du groupe.

  Nous retrouverons les Samale plus loin. Nous pouvons déjà noter un jeu de rassemblement et de division, notamment autour des ressources et du travail collectif.

  Sur ce point, je voudrais effectuer une incise. Remarquant que les principaux centres religieux et politiques des Mayas durant la période préclassique sont situés près des « réserves naturelles ou artificielles d’eau », un archéologue insiste sur l’importance stratégique de ces structures dans des zones connaissant des saisons sèches. Si elles permettent la venue d’un plus grand nombre, elles sont sources de tensions et de rapports de force. Il imagine un pouvoir se concentrer dans les mains de ceux en mesure de contrôler ces réservoirs, dirigeant leur construction et leur maintenance, générant le besoin d’une plus grande stratification de la société[9].

  Nous retrouverons cette dynamique de concentration ou de coagulation de pouvoir bientôt. Revenons pour l’instant à ce jeu de rassemblement et de division du Demos que nous avons commencé à repérer.

   Un village de pécheurs Kalabari, dans l’Est du Delta du Niger, avant l’arrivée des Européens, comprenait entre 200 et 1000 habitants[10]. L’assemblée de tous les hommes adultes, ama kobiri, s’attachait aux questions légales et politiques. Les liens au sein de la communauté s’organisaient sur le lignage et l’attachement générationnel. Ce sentiment de communauté était ritualisé au sein de deux institutions. Ekineétait un ensemble de mascarades au cours desquelles se déployait la maîtrise du langage des percussions, ses références sophistiquées aux traditions, aux mythes et à l’histoire du village.Periapu ogbo, l’association des chasseurs de têtes, consistait en un rassemblement d’hommes qui étaient parvenus à saisir un habitant d’un autre village et à le conduire au village pour le tuer[11].

  On peut noter que dans la majorité de ces villages Kalabari, les eaux restaient indivisées, la disponibilité des ressources, les poissons, variant au cours des saisons[12].

  Avec le développement du commerce d’esclaves, et leur arrivée dans les villages, la population cru considérablement. La communauté se stratifiait de plus en plus. Une poignée d’hommes, ceux contrôlant ce commerce, concentrèrent le pouvoir[13]. La définition, la mobilisation, le renforcement de la notion de communauté évolua. Si une frontière symbolique semblait à première vue séparer les hommes d’un village de ceux des autres villages, à y regarder de plus près, la distinction paraissait s’effectuer par un jeu de degrés. Ekine, le rituel de mascarades, participa à l’intégration : un esclave pouvait monter l’échelle sociale en faisant montre de la maîtrise de cette culture. J’aimerais insister sur cette question de degrés. Mon idée est que certains font plus ou moins ou pas du tout partie du groupe. Ici, démontrer sa maîtrise de la culture et de la langue au cours de ce rituel, consiste à localiser à quel degré on appartient au groupe. Periapu ogbo, l’association des chasseurs de têtes, fut remplacée par koronogbo, le club des forts, un rassemblement d’hommes parcourant les rues à la nuit et tuant ceux dont l’accent trahissait les origines[14]. Un chercheur veut croire qu’il s’agissait surtout d’une menace destinée à encourager l’apprentissage de la culture et de la langue Kalabari[15].

    Il me semble que nous commençons à distinguer une articulation plus complexe que ce qu’on aurait pu supposer. Nous ne voyons pas exactement ici un groupe, là un autre en opposition, mais plutôt tout un jeu de rassemblements et d’antagonismes qui ruisselle au sein d’un même groupe. Nous verrons s’il s’agit d’une particularité des villages Kalabari ou si nous retrouvons ce jeu dans d’autres exemples.

  Mais je souhaiterais effectuer un court détour. En s’appuyant sur les anciens textes de l’Inde, les Brahmanas, qui s’attachent aux rituels ou le Rig-Véda, un recueil de textes sacrés, une historienne parvient à décrire l’évolution de la stratification sociale à l’Est de l’Inde, au cours de la première partie du millénaire avant notre ère. D’abord articulée sur le lignage, cette stratification se transforma avec la mutation vers l’agriculture. La division des terres, le degré de travail effectués devinrent décisifs dans la détermination sociale : plus un homme travaillait plus bas il était dans l’échelle sociale[16].

 Dans les plaines du Gange, les gana-sangha, « l’assemblée des égaux », était un proto-état, organisé comme une république oligarchique, divisées en deux strates : les kshatriya rajakula, les familles dirigeantes et les dasa-karmakara,les travailleurs et les esclaves.

  Le groupe participant aux prises de décision était limité aux chefs des familles dirigeantes, qui assistaient aux assemblées, délibéraient et votaient, quand ils ne parvenaient pas à atteindre l’unanimité[17].

  Les esclaves, les travailleurs n’étaient pas représentés à l’assemblée et ne bénéficiaient d’aucun droit[18]. Par ailleurs, les esclaves, plus chers que les travailleurs pour le travail de la terre, restèrent des accessoires de luxe[19].

  Par curiosité, on peut noter que cette chercheuse souligne que la conception bouddhiste de l’origine de l’État, sans doute la première théorie du Contrat Social, explique la nécessité d’une autorité pour diriger et maintenir la justice en raison des disputes et luttes causées par les notions de famille et de propriété privée[20].

  Mais laissons de côté cet exemple. Je n’en ai tracé que quelques lignes en ce qu’elles pouvaient faire écho à l’expérience dans laquelle nous allons nous plonger maintenant, à savoir celle athénienne.

  Avant la constitution de la démocratie athénienne, la communauté s’organisait en deux strates : les aristocrates et le peuple. La civilisation mycénienne centralisait l’agriculture, contrôlée par un conseil deBasileis, de nobles[21]. Cette civilisation effondrée, des Okoi, des familles de fermiers, parvinrent à prendre le contrôle sur leurs terres et développer leur richesse. Au cours de cette transition, entre 900 et 700 avant notre ère, le commerce d’esclaves se développa[22], en ce qu’ils étaient utiles pour travailler la terre.

  Le terme Andrapodismos, asservissement, était employé en Grèce pour décrire la conquête d’une cité, son pillage, sa destruction, le massacre des hommes et la mise en esclavage des femmes et des enfants[23]. Les esclaves étaient captifs de guerre ou captifs de pirates[24]qui en faisaient commerce. Des citoyens grecs pouvaient aussi tomber en esclavage, quand, perclus de dettes, ce sont leurs enfants[25]ou eux-mêmes[26]qu’ils avaient mis en gage. Un universitaire remarque la concomitance, voire la corrélation entre le développement de l’esclavage et de la « liberté » de ces fermiers[27]. Je suppose que j’aurais employé le terme d’abus.

  Avec la mutation de l’équilibre des pouvoirs, l’émergence de fermiers riches, le commerce des esclaves, la séparation entre aristocrates et peuple fut remplacée, dans les balbutiements de la démocratie athénienne, par 4 catégories déterminées par la richesse et non plus par la naissance[28]. Les paysans, qui réclamaient une division plus juste des terres en plus d’une redistribution des droits, virent leurs demandent ignorées. La seule mesure économique qui fut prise se résuma à l’annulation des dettes gagées sur la personne : un citoyen ne pouvait plus tomber en esclavage, consolidant ainsi les notions de citoyenneté et de Demos. Un chercheur suppose qu’ainsi es élites pouvaient compter sur un « large ensemble de personnes » au cas où les esclaves viennent à se révolter[29].

  Après une série de chocs, la montée au pouvoir et la destitution d’un tyran et des insurrections[30], la démocratie fut pleinement établie. Les plus pauvres purent enfin participer également à la prise de décisions. Le peuple se politisait. La conscience de la citoyenneté se fit jalouse[31].

Un chercheur note qu’en des temps de « maladie chronique de la pauvreté »[32], les plus pauvres pouvait jouir des même droits politiques tout en luttant pour subvenir aux plus simples besoins.

   Au début de la démocratie athénienne, seuls les hommes de père citoyen pouvaient prétendre à la citoyenneté, représentant 20 pour cent de la population. Les femmes, les esclaves, les étrangers, appelés Métèques, restèrent exclus. Bientôt, la citoyenneté fut aussi offerte aux Métèques résidents s’ils présentaient des talents nécessaires à l’économie[33].

Deux siècles plus tard, après la défaite d’Athènes dans la guerre du Péloponnèse, des oligarques Spartes s’emparèrent de la cité-état. Des athéniens exilés, mais surtout des Métèques et des esclaves[34]se rassemblèrent pour former une armée et renverser le pouvoir des tyrans. Quand la proposition fut faite devant l’Assemblée d’accorder la citoyenneté à ceux qui avaient libéré Athènes et restaurer la Démocratie, les Athéniens votèrent non[35].

   L’Ekklesia, l’Assemblée athénienne qui se reunissait une quarantaine de fois l’an sur la colline de la Pnyx[36], était ouverte, potentiellement à quelques 50000 hommes. La plupart habitant trop loin pour s’y rendre, environ 6000 hommes prenaient réellement part aux délibérations[37]. Alors que les plus riches comptaient entre 5 et 10 pour cent de la population, les figures les plus proéminentes, les orateurs, les juristes et les politiciens venaient tous de leurs rangs[38].

  Les multiples combinaisons et le jeu de degrés enchevêtrés dans le terme Demospour unifier et opposer, désunifier et re-opposer, n’ont pas seulement donné forme à l’organisation sociale athénienne mais aussi aux relations de la cité avec l’extérieur.

  Les Grecs étaient divisés en 4 tribus parlant différents dialectes. Selon les circonstances, ils soulignaient leurs points communs pour s’unir contre un même ennemi[39] (La Perse, Syracuse…) ou leurs divergences culturelles et religieuses quand la montée en puissance d’une des tribus inquiétait[40] (Sparte, Macédoine…). La démocratie athénienne fut ainsi engagée dans des batailles et des guerres incessantes, poursuivant une recherche obstinée d’hégémonie sur le monde grec et la région, commettant pléthore d’Andrapodismoi, détruisant les cités conquises, massacrant les hommes et mettent en esclavages femmes et enfants[41].

 Nous pouvons rappeler quelques chiffres pour confronter ces informations avec nos expériences représentatives modernes. Au début de la constitution de la République des Etats-Unis, seul les hommes blancs propriétaires fonciers pouvaient voter, représentant 6% de la population[42]. Les femmes, les noirs, les pauvres, les natifs d’Amérique, les étrangers restaient privés des mêmes droits.

Aujourd’hui aux Etats-Unis, 20% des parlementaires ont grandi au sein des classes ouvrières et seulement 2% étaient ouvriers eux-mêmes[43].

Quoique les Fondateurs se montraient réticents à engager les Etats-Unis dans la guerre, insistant sur la menace qu’elle représentait à l’équilibre des pouvoirs en étendant dangereusement ceux de l’exécutif[44], depuis la Révolution, les Etats-Unis ont combattu dans plus d’une dizaine de guerres.

   Si la formation d’un groupe semble s’imposer pour répondre à la gestion des ressources et du travail collectif, nous voyons la complexité avec laquelle elle procède. Si elle semble vouée à générer l’antagonisme à l’endroit d’autres groupes, la formation d’un groupe semble tout autant produire des antagonismes et des inégalités en son sein. C’est un jeu de combinaisons et de degrés qui se mobilisent pour tracer les contours du groupe, un jeu qui paraît d’autant plus arbitraire qu’il peut invoquer d’autres combinaisons au gré des circonstances. Le groupe, le Demos est une notion instable qui n’a de cesse de se redéfinir mais qui toujours procède par degrés, comme un point de fuite. On est plus ou moins ou pas du tout partie prenante du groupe. Ici le plus riche, là le bien né ou le plus cultivé ou quel que soit le mérite ou le critère en cours, jouira de plus de droits et s’inscrira dans un rapport hostile à l’endroit de ceulles qui sont de plus en plus éloigné.es du point de fuite. Bien sûr, la démocratie n’a pas l’exclusive de la définition d’un Demos, toutes sortes de régimes prennent appui sur un peuple ou un groupe, mais elle est une condition préalable, comme son nom l’indique.  C’est à dire, il faut bien définir un Demos pour que le Demos gouverne. Nous voici à un point d’achoppement. Parce que la définition d’un Demos semble venir contredire l’idée de la Démocratie, où chacun est censé prendre une part égale à la communauté.

 

  Il s’agira, dans la prochaine partie, de pénétrer plus en détails les procédures de prises de décisions et les rapports de force qu’elles génèrent.

 

________ 

 

[1]I. M. Lewis, The Somali Conquest of the Horn of Africa, in The Journal of African History, Vol. 1, No. 2, 1960, p. 215.

[2]I. M. Lewis, A Pastoral Democracy: A Study of Pastoralism and Politics Among the Northern Somali of the Horn of Africa, International African Institute, 1999, p. 56.

[3]I. M. Lewis, Clanship and Contract in Northern Somaliland, in Africa: Journal of the International African Institute, Vol. 29, No. 3, 1959, p. 277.

[4]I. M. Lewis, A Pastoral Democracy, op. cit., 1999, p. 3.

[5]I. M. Lewis, ibid., p. 6.

[6]I. M. Lewis, ibid., p. 3.

[7]I. M. Lewis, From Nomadism to Cultivation, in Man in Africa, Travistock Publications, 1969, p. 62.

[8]I. M. Lewis, The Somali Conquest of the Horn of Africa, op. Cit., p. 215.

[9]Richard E. W. Adams, Prehistoric Mesoamerica, University of Oklahoma Press, 1991, pp. 135-136.

[10]Robin Horton, From Fishing Village to City-State, in Man in Africa, Travistock Publications, 1969, p. 40.

[11]Ibid, p. 43.

[12]Ibid., p. 44.

[13]Robin Horton, ibid., p. 51.

[14]Ebiegberi Joe Alagoa, Development of the Eastern Niger Delta States, in Journal of African History, XII, 2, 1971, p. 276.

[15]Robin Horton, op. cit.p. 54.

[16]Romila Thapar, History of Early India, Penguin Books, 2002, p. 123.

[17]Ibid., p. 148.

[18]Romila Thapar, History of Early India, op. cit., p. 149.

[19]Romila Thapar, From lineage to State, Social Formations in the Mid-First Millennium B.C. in the Ganga Valley, Oxford University Press, 1984,

[20]Romila Thapar, History of Early India, op. cit., pp. 149-150.

[21]Donald Kagan, Introduction to Ancient Greek History, Series of lectures at Yale University, 2007, Lecture 3.

[22]Ibid., Lecture5.

[23]Mogens Herman Hansen and Thomas Heine Nielsen, An Inventory of Archaic and Classical Poleis, Oxford University Press, 2004, p. 120.

[24]Donald Kagan, op. cit., Lecture 16.

[25]Ibid., Lecture11.

[26]Gregory Vlastos, Studies in Greek Philosophy: The Presocratics, Princeton University Press, 1993, p. 101.

[27]Donald Kagan, op. cit., Lecture 5.

[28]Ibid., Lecture11.

[29]Josiah Ober, Mass and Elite in Democratic Athens, Princeton University Press, 1989, p. 62.

[30]Josiah Ober, The Athenian Revolution of 508/7 B.C.E., in Cultural Poetics in Archaic Greece, Cambridge University Press, 1993, p. 216.

[31]Josiah Ober, Mass and Elite in Democratic Athens, op.cit., p. 68.

[32]Gregory Vlastos, op. cit., p. 102.

[33]Donald Kagan, op. cit., Lecture 11.

[34]Josiah Ober, Mass and Elite in Democratic Athens, op. cit., p. 97.

[35]Donald Kagan, op. cit., Lecture 21.

[36]Mogens Herman Hansen and Thomas Heine Nielsen, op. cit., p. 630.

[37]Ibid., Lecture15.

[38]Josiah Ober, Mass and Elite in Democratic Athens,op. cit., p. 192.

[39]Jennifer T. Roberts, The Plague of War: Athens, Sparta, and the Struggle for Ancient Greece, Oxford University Press, 2017, p. 12.

[40]Cf for example Donald Kagan, op. cit., Lecture 21.

[41]Cf Mogens Herman Hansen and Thomas Heine Nielsen, op. cit., 2004.

[42]Expansion of Rights and Liberties - The Right of SuffrageOnline Exhibit: The Charters of Freedom. National Archives.

[43]Nicholas Carnes, White-Collar Government, University of Chicago Press, 2013, p. 6.

[44]Cf James Madison, Political observations, 20 Avril 1795.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.