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Le Club de Mediapart ven. 27 mai 2016 27/5/2016 Dernière édition

Bientôt finie pour de bon, la race!

Par Christiane TAUBIRA, Députée de Guyane, Commission des Affaires étrangères

L’engagement est clair. François Hollande, s’il est élu Président de la République, demandera au Parlement de supprimer le mot ‘race’ de la Constitution. Le candidat ne fut nullement difficile à convaincre. Et pour cause. Il avait pris sa part dans nos débats parlementaires sur la traite et l’esclavage, crime contre l’humanité entre 1999 et 2001, puis sur les fameux bienfaits de la colonisation en 2005. Il sait combien ces questions travaillent l’inconscient collectif et quel rôle elles jouent dans les discriminations.

Que dit la Constitution ? La République « assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens, sans distinction d’origine, de race, ou de religion ». La présence du mot n’est donc pas infâme, puisqu’il sert à interdire les discriminations. Rédigée en 1958, cette Constitution porte l’empreinte d’un sujet majeur d’époque : la décolonisation. La tension est vive depuis quinze ans, depuis que, venus de tout l’empire africain français, les ‘tirailleurs sénégalais’ ayant acquitté à la guerre l’impôt du sang, revendiquent la citoyenneté, et à tout le moins, l’égalité des pensions militaires. La question est si prégnante qu’elle constitue le 2ème alinéa du Préambule. Elle était déjà au cœur des alinéas 1 et 16 du Préambule de 1946.

Depuis, les scientifiques ont démontré que la race n’existe pas. Les universitaires et militants antiracistes ont propagé ce savoir. Les sémiologues se sont interrogés : comment alors dénommer les infractions si la norme n’existe plus ? La réponse est dans le Droit. La loi punit, et correctement dans les textes, tout acte à caractère raciste ou de nature discriminatoire.

Il était temps de supprimer ce mot obsolète et péjorativement chargé. Nous avons essayé il y a une dizaine d’années. Reconnaissons, cependant, que le mot était devenu inerte. Il a repris de la vigueur au plus haut de la parole d’Etat. Lorsque, en juillet 2007, à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, le président de la République française déclare que « l’homme africain n’est jamais entré dans l’Histoire », il revivifie les thèses raciales et racistes du 19ème siècle et, ce faisant, révèle sa vision du monde. ‘L’homme africain’, global et indifférencié, sur un continent de 31 millions de km² ! Sans considération pour les lieux, les époques, les civilisations, les cultures, les régimes politiques, encore moins pour la Charte des droits humains datant de 1222, ou pour le rayonnement universitaire de Tombouctou ou d’ailleurs. Le mépris ne s’embarrasse jamais de nuances. Vision globale, et hiérarchisée car pour se sentir fondé à proférer cette injure inepte, faut-il qu’il soit perché sur… la civilisation supérieure de son ministre de l’Intérieur?

Exactement le contraire de l’énoncé constitutionnel. Un délit contre la devise républicaine. Une œuvre de délinquant, avec le poids de la parole publique.

Il y a désormais deux raisons de supprimer ce mot de la Loi fondamentale : son obsolescence et la salubrité publique.

Ce n’est pas qu’une affaire des Outremers, mais il est bien qu’elle vienne des Outremers. Christiane Taubira

 

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Christiane Taubira et la célébration de l'histoire africaine:

Tombouctou

Au xve siècle, la construction par une vieille femme de la mosquée de Sankoré, qui comprenait une medersa, est à l'origine d'une université islamique de renommée internationale. Jusqu'à 25 000 étudiants fréquentèrent la ville sous le régime de Sonni Ali Ber (Sonni Ali le Grand). La ville a construit sa prospérité sur les échanges commerciaux, dont l'esclavage, entre la zone soudanaise du Sahel africain et le Maghreb.

Vingt-cinq mille étudiants se répartissaient entre l'université et les cent quatre-vingt écoles coraniques ; provenant de tout le monde musulman, ils venaient parfaire leurs connaissances en théologie, en droit, en grammaire, mais aussi en matière de traditions, d'histoire et d'astrologie. Cette période succédait à une longue opposition entre les ulémas touareg et l'empereur songhoï Sonni Ali Ber (début du XVe siècle), réputé anticlérical, mais elle n'en fut que plus faste pour l'esprit et la religion. Aux lettrés et écrivains et théologiens du Maghreb, venus autant pour apprendre que pour enseigner. Des professeurs de Tombouctou se voyaient invités par la célèbre université musulmane d'AI-Ahzar, en Egypte: des jurisconsultes marocains de Fès faisaient le voyage de Tombouctou pour renouveler leur savoir.

Je ne sais pas pourquoi mais je préfère le cylindre de CYRUS perse v. 610 – v. 585 av. J.-C.

A moins de penser que la théologie, le droit (dans le  monde musulman il y eut le même débat qu'ailleurs avec le même résultat sur la question de savoir si l'on pouvait continuer à garder comme esclave un converti.) permettent de rentrer dans l'histoire alors que ce sont les deux piliers des rigidifications des sociétés claniques et féodales.

Quant à la charte du Manden transmise par voie orale si l'on est pas idéologue on lit la controverse sur Wikipedia à cette page:

Le contenu exact de cette charte est contesté parce qu'il n'y a pas de traces écrites de cette déclaration.
On a pu dire à propos de la Geste de Soundiata : "le schéma idéologique mis en place répond à la situation dominante de ceux qui l'ont construit et vise à consolider celle-ci. Ce modèle qui donne de l'organisation sociale une image simplifiée répartit les hommes en trois catégories : les hôôrôn (hommes libres) spécialistes du pouvoir, de la guerre et de la production, les nyamakala (gens dits de caste inférieure) à qui la société délègue le soin de la sauvegarde et de l'enseignement de l'histoire, et les jôn (esclaves) aux rôles multiples. […] Le schéma que nous évoquons ici reflète avant tout les structures globales d'une société guerrière et dissimule les tensions entre les trois catégories sociales, sous couvert d'un échange équilibré de services mutuels. De plus, il justifie, par l'accomplissement de ces services, les inégalités de fait, l'oisiveté et l'opulence des tenants du pouvoir et des nyamakala leurs alliés, les obligations de labeur qui pèsent sur les jôn et l'exploitation dont ces derniers sont l'objet. Enfin ce reflet idéologique rassure dans la mesure où il vise à stabiliser les structures dont il montre l'image dans l'intérêt des élites qui occupent leur sommet. Cette idéologie de la société, qui est en effet résolument conservatrice, conçoit les divisions dont elle décrit l'ajustement comme des «ordres», c'est-à-dire des groupes considérés comme immuables, délimités par des frontières difficiles à franchir."2 : l'état de la société décrit dans la Geste de Sundjata contredit fortement le texte de la charte. À cet égard, la charte de Kurukanfuga, parfois assimilée à celle de Manden, et qui daterait de1236, telle que retranscrite par le CELTHO, (Center of Linguistic and Historical Studies by the Oral tradition) en 1998 ne mentionne pas l'abolition de l'esclavage mais seulement dans son article 20 l'obligation pour les maîtres de se comporter humainement3. La charte du Manden fait l'objet d'un intérêt marqué en Afrique de l'Ouest et en particulier au Mali4. Son ancienneté prétendue en fait un argument localement fort pour lutter contre l'esclavage5. D'un point de vue historique elle soulève de nombreuses questions, à commencer par celle de la fiabilité des sources orales, de leur reconstruction et de leur réinterprétation durant l'histoire"

En effet de quoi parle-ton que l'entrée dans l'histoire fait référence à l'émergence de l'idée de liberté dans les élites et dans les peuples comme condition première de l'organisation sociale....et non de codification bigotte des soumissions.

L'on a vu avec fracas comment les Tunisiens, les Egyptiens pouvaient rentrer dans l'histoire en venant contester toute la structuration sociale antérieure politique et civile synonyme chez eux de corrution et le vent de la liberté que ces peuples ont ressenti, ce sentiment de pouvoir être l'arbitre et l'acteur en dernier ressort de leur propre destin est plus prégnant que n'importe quelle restauration.

Et ce que l'on a vu met en évidence ce qui ne bouge pas quand bien même la référence à l'homme africain est à connotation raciste.

Bref si en afrique l'histoire de la colonisation en divisant les tribus freine l'émergence des peuples dans le contrôle de leur propre histoire et que nous avons une responsabilité directe dans le maintien de ces situations, j'aimerai savoir su une personne cultivée peut répondre simplement à cette simple question: dans quelle région du monde l'aspiration à la liberté a été plus forte que l'organisation clanique..

Madame Taubira fait un contre sens historique, le grand islam nous a transmis via l'espagne puis nos monastères et les précepteurs principalement les écrits des civilisations grecques et latines, de la notion de citoyen libre et de cette culture a émergé face à l'absolutisme la revendication de la liberté, ce qui nous a permis de sortir intellectuellement de la gangue dominatrice de l'organisation féodale légitimée par la religion et c'est ce de ce que nous avons fait de cette appropriation qui fonde ce que nous nommons l'histoire, c'est à dire le regard au nom de certaines valeurs que nous portons sur le passé.

C'est un regard politique que nous portons sur les autres et leur organisation politique et sociale et à l'aune de ce regard à moins de renoncer à nos propres valeurs tout n'est pas égal par ailleurs.

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