Jérusalem ? Et Dieu dans tout ça ?

Les penseurs de l’athéisme ont beau s’efforcer d’enterrer Dieu, le voilà qu’il resurgit dès la dernière pelletée. Increvable, Dieu. Il nous enterrera tous, vous verrez ! Et à Jérusalem, il paraît tout particulièrement réveillé.

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Il a fallu que d’un touite diabolique, Trump reconnaisse cette sacrée ville comme capitale de l’Etat d’Israël, pour que Dieu redevienne la pomme de discorde favorite des juifs et des musulmans, avec la myriade d’Eglises chrétiennes en arrière-plan.

Si l’humain était un être rationnel, la résolution 181 serait passé de l’idée à la réalité, sans coup férir. Qu’est-ce que cette résolution 181 que tout le monde a oubliée? Adoptée le 29 novembre 1947 par l’Assemblée générale des Nations-Unies, elle érigeait Jérusalem en entité séparée des territoires arabes et juifs, placée provisoirement sous l’égide du Conseil de tutelle de l’ONU qui devait désigner un gouverneur, élaborer un statut et prévoir l’élection au suffrage universel d’une assemblée. Une fois rédigé, ce statut était prévu pour durer dix ans, puis réexaminé par le Conseil de tutelle, avec consultation de la population hiérosolymitaine (essayez de placer cette épithète dans la conversation; succès d’estime assuré !).

Mais voilà, les penseurs rationalistes peuvent bien se tordre les mains de désespoir et ne pas ménager leurs méninges, l’humain n’est pas réductible à la raison raisonnante. Et s’il résonne, c’est surtout comme un tambour. On connaît la suite. La guerre de 1948 a tué dans l’œuf ce rationnel fœtus, en partageant Jérusalem en deux, l’Est à la Jordanie et l’Ouest à Israël. Puis en 1967, Israël a pris le contrôle de la totalité de la ville après sa victoire lors de la Guerre des Six Jours.

A ne prendre en compte que les rapports de force politiques, sociaux, économiques, à n’user que de la réflexion rationnelle, on se condamne à ne rien comprendre à un phénomène aussi puissamment émotionnel. Il faut donc bien remettre Dieu sur le tapis. D’ailleurs, il s’y remet tout seul et il ne manque pas de bras pour l’y aider.

Alors, parlons-en, de Dieu. Ou plutôt de la manière dont les protagonistes en parlent. Les plus enflammés des dirigeants confessionnels[1] de tous les camps ont fait de Jérusalem un motif d’adoration.

Et dès que l’on transforme un élément matériel, quel qu’il soit, en objet d’adoration, on tombe dans l’idolâtrie. Or, il s’agit-là du pire péché que peut commettre un juif, un musulman, un chrétien. Les trois grandes religions du monothéisme professent ce commandement : «Tu n'adoreras pas d'autres dieux que moi. Tu ne te fabriqueras aucune idole, aucun objet qui représente ce qui est dans le ciel, sur la terre ou dans l'eau sous la terre ; tu ne t'inclineras pas devant des statues de ce genre, tu ne les adoreras pas.» Donc, en suivant ce commandement assigner Dieu à résidence relève du blasphème.

Mais voilà, il se trouve toujours des dirigeants confessionnels pour tordre les textes dans le sens voulu par eux et leurs passions terrestres. Pour ces Tartuffes, certes, Dieu est partout chez lui mais il l’est un peu plus dans certains lieux. A Jérusalem, surtout, où fût érigé le Temple de Salomon, d’où le prophète Mohamed aurait effectué son voyage, où le Christ fut mis en croix avant de ressusciter. Et voilà Dieu oublié au profit de leurs récits particuliers. Son message est étouffé sous les pierres par ceux-là même qui disent le servir alors qu’ils s’en servent à leurs fins identitaires.

Aux uns, aux autres, au monde, sous diverses formes, le message divin se résume en une loi trop simple pour ces esprits tordus : «Aimez-vous les uns les autres». Tout le reste n’est que mauvaise théologie.

Jean-Noël Cuénod

[1] Le Plouc n’écrit pas « dirigeants religieux » à dessein ; le mot « religieux » évoque la notion de « relier » qui est bien étrangère à nos théologiens cracheurs de feu.

Mendelssohn Bartholdy PAULUS Nr.7 Arie: "Jerusalem, Jerusalem" © hitzikon

Aria: "Jerusalem, Jerusalem" extrait de "Paulus" composé par Mendelsohn-Bartholdy.Soprano: Helen Donath avec le Berliner Sinfonieorchester, sous la direction de Claus Peter Flor (1987).

 

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