Cuenod
Poète et journaliste - Un regard décalé sur la France, la Suisse et toutes ces sortes de choses.
Abonné·e de Mediapart

650 Billets

0 Édition

Billet de blog 23 mai 2020

Ascension vers le déconfinement

Vous prendrez bien un peu de hauteur au milieu de ce pont de l’Ascension ? Sur le plan horizontal, nous sommes limités à 100 kilomètres de notre domicile à vol d’oiseau. La France a le déconfinement très mesuré. Mais, sans recourir à l’avion – ce volatile de métal qui alimente moult nids à Covid_19 – il est possible de s’élever, au moins, en esprit.

Cuenod
Poète et journaliste - Un regard décalé sur la France, la Suisse et toutes ces sortes de choses.
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

© JNC

Même si le mot « Eglise » vous file des boutons, même si vous avez l’athéisme chevillé à l’âme, même si vous partagez l’abyssale inculture religieuse de la plupart de nos contemporains, réfléchir, mieux, rêver à l’Ascension vous offre une porte de sortie, sans masque obligatoire.

Le récit biblique, Premier et Nouveau Testaments, est une sorte de rampe de lancement. Si vous ne la considérez que sous ses apparences, vous n’y verrez rien d’autre qu’une sorte de tremplin vers le vide. Si vous vous laissez emporter par son verbe, elle vous propulsera vers des régions de votre être que vous ignoriez.

L’éternel présent

40 jours[1] après Pâques, le Christ réunit les Apôtres, leur donne ses dernières consignes, surtout celle de diffuser la Bonne Nouvelle, la victoire de la vie sur la mort. Puis, s’élève vers le ciel et disparaît dans une nuée pour rejoindre la Puissance divine. L’important dans ce récit, ce n’est pas le ciel – qui n’est qu’une région de notre espace-temps – mais la nuée dans laquelle le Christ s’est abstrait. Ce n’est donc pas au ciel que le Christ est monté ; il se serait plutôt alchimisé dans un état où passé et futur sont vécus dans un éternel présent. A cet égard, il avait posé quelques pistes dans les Evangiles en se présentant comme « l’Alpha et l’Oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin » (Apocalypse 1 ;VIII).

La question n’est pas de croire qu’un personnage devenu mythique a pris une sorte d’hélicoptère transdimensionnel pour quitter cette vallée de larmes, une fois sa mission accomplie, mais plutôt d’élargir son esprit pour recevoir l’inconnu, la surprise, voire l’incroyable. Non pas de croire l’incroyable mais d’ouvrir son champ des possibles. En ayant bien ancrée cette précaution : nous ne détenons pas la vérité et nous ne percevons la réalité (ou de ce qui nous apparaît comme telle) que sous la forme de récits. Il s’agit de mettre en tension le doute de la raison avec le sens de la merveille.

Le doute et la merveille

Si la raison est persuadée que tout est dit grâce aux découvertes de la science, sa persuasion même démontre qu’elle ne doute plus. Ne doutant plus, la raison…ne raisonne plus ! La plus grande faiblesse de la pensée contemporaine me paraît résider dans la surestimation extravagante du connu par rapport à ce qui reste à connaître, écrivait André Breton dans L’Amour fou. Après tout, les découvertes de la science nous ont déjà réservé de sacrée suprises ; la physique quantique a bien déréglé nos boussoles aristotéliciennes.

De même, si le sens de la merveille devient le seul maître à bord, il va errer dans des délires sans issue qui n’aboutiront à rien de merveilleux.

Cette mise en tension entre doute de la raison et sens de la merveille, pourrait bien résider dans l’état de poésie. Le mot poésie vient du verbe grec poein qui signifie « faire », « produire ». Il est donc lié à l’acte de créer. La poésie n’est pas un refuge pour s’abriter des aléas de la réalité ; elle n’est pas dupe des apparences de ce réel qui toujours s’échappe. La réalité, elle la triture, la malaxe, la dépèce pour en tirer la substantifique moelle, pour élargir ses brèches vers l’inconnu.

 Connaître l’inconnu, dire l’indicible, voir l’invisible, telles sont les missions que la poésie s’est assignée. Missions impossibles ? Difficiles plutôt. Par les réseaux de correspondances, par son langage symbolique, la poésie permet de dépasser ces contradictions et de rendre évident l’oxymore.

Après avoir vécu le confinement, puis les sorties plus moins timides et masquées, il est temps désormais d’ouvrir les lucarnes de nos esprits pour une Ascension vers ce qui nous dépasse. En attendant de recevoir les langues de feu de la Pentecôte !

Jean-Noël Cuénod

[1] Le nombre 40 revient régulièrement dans les deux Testaments : les 40 ans d’errance des Israélites dans le désert, les 40 jours et 40 nuits du Déluge, les 40 jours pendant lesquels le Christ jeûne, etc. Ce nombre marque le remplacement d’une ère par une autre. Il symbolise aussi la puissance divine représentée par le Dénaire (10), soit l’Unité (1) et l’Infini/Eternel (0) ; en effet, le nombre 4 recèle en lui le nombre 10 (1+2+3+4=10) et le zéro, ne connaissant ni début ni fin dans sa représentation graphique, incarne le mouvement éternel.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Afrique
Kenya : le pays suspendu à des élections à haut risque
Mardi 9 août se déroulent au Kenya des élections générales. Alors que la population fait face à une crise économique et à une forte hausse des prix, ce scrutin risque de déstabiliser ce pays clé de l’Afrique de l’Est. 
par Gwenaelle Lenoir
Journal — International
L’apartheid, révélateur de l’impunité d’Israël
Le débat sur l’existence ou non d’un système d’apartheid en Israël et dans les territoires palestiniens occupés est dépassé. L’apartheid israélien est un fait. Comme le confirme l’escalade des frappes et des représailles autour de la bande de Gaza, il est urgent désormais de mettre un terme à l’impunité d’Israël et de contraindre son gouvernement à reprendre les négociations.
par René Backmann
Journal — Proche-Orient
Au moins trente et un morts à Gaza depuis le début de l’offensive israélienne
Parmi les victimes des frappes visant la bande de Gaza figurent six enfants et des dirigeants du groupe armé palestinien Djihad islamique. L’armée israélienne parle d’une « attaque préventive ».
par La rédaction de Mediapart (avec AFP)
Journal
Au Pérou, l’union du président de gauche et de la droite déclenche une déferlante conservatrice
Sur fond de crise politique profonde, les femmes, les enfants et les personnes LGBT du Pérou voient leurs droits reculer, sacrifiés sur l’autel des alliances nécessaires à l’entretien d’un semblant de stabilité institutionnelle. Les féministes sont vent debout.
par Sarah Benichou

La sélection du Club

Billet de blog
A la beauté ou la cupidité des profiteurs de crise
Alors que le débat sur l'inflation et les profiteurs de la crise fait rage et que nous assistons au grand retour de l'orthodoxie monétaire néolibérale, qui en appelle plus que jamais à la rigueur salariale et budgétaire, relire les tableaux d'Otto Dix dans le contexte de l'Allemagne années 20 invite à certains rapprochements idéologiques entre la période de Weimar et la crise en Europe aujourd'hui.
par jean noviel
Billet de blog
Réponse au billet de Pierre Daum sur l’exposition Abd el-Kader au Mucem à Marseille
Au Mucem jusqu’au 22 août une exposition porte sur l’émir Abd el-Kader. Le journaliste Pierre Daum lui a reproché sur son blog personnel hébergé par Mediapart de donner « une vision coloniale de l’Émir ». Un membre du Mrap qui milite pour la création d'un Musée national du colonialisme lui répond. Une exposition itinérante diffusée par le site histoirecoloniale.net et l’association Ancrages complète et prolonge celle du Mucem.
par Histoire coloniale et postcoloniale
Billet de blog
Deux expos qui refusent d'explorer les réels possibles d'une histoire judéo-arabe
[REDIFFUSION] De l’automne 2021 à l’été 2022, deux expositions se sont succédées : « Juifs d’Orient » à l’Institut du Monde Arabe et « Juifs et Musulmans – de la France coloniale à nos jours » au Musée de l’Histoire de l’Immigration. Alors que la deuxième est sur le point de se terminer, prenons le temps de revenir sur ces deux propositions nous ont particulièrement mises mal à l'aise.
par Judith Abensour et Sadia Agsous
Billet de blog
Michael Rakowitz, le musée comme lieu de réparation
À Metz, Michael Rakowitz interroge le rôle du musée afin de mettre en place des dynamiques de réparation et de responsabilisation face aux pillages et destructions. Pour sa première exposition personnelle en France, l’artiste irako-américain présente un ensemble de pièces issues de la série « The invisible enemy should not exist » commencée en 2007, l’œuvre d’une vie.
par guillaume lasserre