Le temps des sorcières est revenu

POESIE À LIRE ET À OUÏR – Captez les ondes du grand retour. Ecoutez tout au fond du bruit de fond les vieux chants qui se fraient un passage. Elles reviendront, les sorcières…

 

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À LIRE

Tambour aux tempes les femmes au corps souverain

Prennent possession du monde et de sa marche

Apôtres du soleil envoyées de la lune

Tirant de leurs larmes le sel de leur destin

Tirant de leur sang l’huile de leur onction

Elles s’avancent pour engloutir les grandes plaines

 

Leurs lèvres s’ouvrent et libèrent des oiseaux

Leurs mains se tendent et caressent des serpents

Leurs peaux se dilatent et recueillent des poissons

Leurs yeux se ferment et gardent la lumière

 

Tambour aux tempes les femmes au corps souverain

Emportent avec elles l’agneau le lion

Pour les nourrir de leur lait aux saveurs d’étoiles

Gouttes de lumière le long de la gorge

Qu’il est chaud le sein sacré de nacre et de soie !

Qu’il est doux à la bouche du divin vivant !

 

Les gestes anciens habitent leurs mains

Comme s’ils n’avaient jamais été oubliés

Elles caressent les douleurs dans le sens du cri

C’est pour les étrangler tueuses nécessaires

 

Tambour aux tempes les femmes au corps souverain

Taillent leur route au rythme de l’univers

Jettent sur les talus leur ombre parfumée

Distribuent à pleine voix les chants oubliés

De colline en colline l’écho les rafraîchit

Le ciel a des couleurs de rires d’enfants

 

Un seul bouclier leur ventre fer et velours

Protégeant la vie avec ses monstres ses ombres

Un seul trophée la dépouille des vieux juges

Traînant avec eux les cendres de leurs bûchers

 

Tambour aux tempes les femmes au corps souverain

Redécouvrent le feu et se baignent à sa source

Elles ne se laisseront plus voler leurs mystères

Elles ne trembleront plus devant leurs bourreaux

Les soudards baiseront l’empreinte de leur pas

Il sera revenu le temps des sorcières

Jean-Noël Cuénod

À OUÏR

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