Poésie à lire et à ouïr déconfinés – HORIZON

Déconfinement décontracté en France, en Suisse, ailleurs en Europe. Et même très décontracté dans ce lieu qui n’est déjà plus la France mais pas encore la Suisse, soit Genève. Si nos corps se déconfinent, notre tête ne reste-t-elle pas confinée dans l’incertitude? Pour l’instant, sonnez à la porte de la poésie, elle vous ouvrira, peut-être : 15e suite des Tankas[1] covidiens.

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A LIRE

 Je suis aux confins

Confiné déconfiné

Que fais-je ? Rien

            Tout au fin bout de moi-même

            Surgit un autre chemin

 

Ligne d’horizon

Sur le ciel d’aube trace

La nuit bascule

            Elle rejoint les mystères

            Ourdis par l’outre-montagne

 

Trottoir arrosé

Misérable ruisseau

Eau sale et blafarde

            Toutes colères s’écoulent

            Dans la bouche des égouts

 

Un rideau frémit

L’été ouvre sa chemise

Rue à fleur de peau

            La belle cycliste ondule

            Mollets qui dansent en cadence

 

Bière embuée

La soif terrasse la faim

Gorge épanouie

            La fraîcheur est un empire

            Noblesse de la fontaine

 

Le feu d’une cloche

Embrase les cœurs battants

Et bronze les âmes frêles

            Il faut si peu pour prier

            Il faut si peu pour mourir

 

Iris et roseaux

Voluptueuses limites

Entre sol et eau

            Couleuvres en contrebande

            Frontière chamboulée

 

Ondes des parfums

Sur les fougères vibrantes

Forêt à l’écoute

            S’élève le chant des arbres

            Cantique fauve et fécond

 

Sur mon front brûlant

Ta main réveille l’oiseau

Sans nom et sans nid

            Il vole dans tout mon corps

            Et chante avec ma fièvre

Jean-Noël Cuénod

A OUÏR

JNC

[1] Métrique poétique d’origine japonaise, ancêtre du haïku, composée de trois vers de 5-7-5 pieds puis, très légèrement séparés, de deux vers de 7 pieds.

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