Covid19- le passage par l’humilité

L’énergie cupide qui nous a lancé contre le mur sera-t-elle arrêtée par Covid19 ? Ou bien lorsque tout sera fini, la cupidité mondialisée reprendra-t-elle le volant ? Parier sur le changement présente au moins l’avantage de nous sortir du fatalisme maussade. Mais c’est un pari, avec tous les aléas que cela suppose. Autant le jouer. Nos défenses immunitaires ne s’en porteront que mieux !

En prenant conscience de sa faiblesse, on redevient plus fort © Burlingue (Xavier Bureau) En prenant conscience de sa faiblesse, on redevient plus fort © Burlingue (Xavier Bureau)

Les crises majeures que l’humanité a traversées en un siècle inclineraient plutôt à croire qu’elle répètera les mêmes erreurs lorsque tout danger sera écarté. Au cours de l’épreuve, le prisonnier ou le malade s’abîme dans la prière, jure qu’il changera désormais son mode de vie mais sitôt franchies les portes du pénitencier, sitôt retombée la fièvre, le voilà qui reprend ses mauvaises habitudes, les aggrave même car « il faut bien rattraper le temps perdu. »  Le Premier Testament le dit avec sa rudesse particulière : Comme un chien retourne à son vomissement, le fou récidive dans sa démence (Proverbes XXVI, 11).

Une crise majeure différente des autres

Cela dit, l’actuelle pandémie présente un contexte tout à fait particulier si on la compare aux crises précédentes. Non seulement tous les pans de la société en sont affectés, mais encore, elle touche chacune et chacun dans son être intime, dans sa chair, soit par maladie, soit par confinement. Aucune contrée n’échappe au Virus Couronné, pas même la Suisse pourtant épargnée par les deux guerres mondiales, c’est dire ! Et pour les ultramilliardaires, même les paradis fiscaux du Delaware, du Wyoming ou du Nevada ne sont d’aucune utilité.

En outre, Covid19 intervient comme une sorte de prolongement à la vague mondiale de protestation contre l’hypercapitalisme, fauteur de dérèglement climatique. Le lien entre la pandémie et l’hybris mondialisé est aussitôt apparu.

Le pari du changement de paradigme n’est donc pas forcément perdu d’avance. Reste à savoir si c’est la société qui en se modifiant, changera chaque humain. Ou à l’inverse, s’il faut d’abord changer l’humain pour transformer la société. Vieux dilemme. Faux dilemme. Les deux vont de pair.

Alors autant amorcer le travail sur soi, là, maintenant. Profitons du confinement pour accomplir cette mission personnelle qui peut aboutir à changer ce qui doit l’être sur le plan collectif. Le Plouc n’a pas la moindre parcelle de légitimité pour donner des conseils. Comme tant d’autres, il hasarde quelques pistes, c’est tout.

S’humilier n’est pas se soumettre

La première étape serait d’appréhender une vertu qui se trouve à l’opposé des non-valeurs prônées par le capitalisme financier et mondialisé, à savoir le tintamarre médiatique, la gloriole égotique, le sentiment de puissance et le toujours-plus. Elle a donc mauvaise presse, cette vertu, et c’est bon signe. Son nom ? L’humilité, ce sentiment de sa propre insuffisance qui pousse à réprimer tout mouvement d'orgueil. Elle est souvent confondue avec la soumission. A tort. S’humilier, ce n’est pas se soumettre. Ce peut être le contraire comme nous l’allons voir.

 L’humilité renvoie au latin humilitas qui provient du mot humus, soit le sol, la terre. En faisant du progrès technologique-économique une idole ayant prééminence sur toutes les autres formes de progrès (social, moral, culturel), nous avons décollé (avec deux « n », ça marche aussi !) pour nous propulser vers les étoiles de l’illusion. Nous sommes aujourd’hui ramenés sur terre. Prendre conscience de cet atterrissage, c’est au sens propre s’humilier, retourner à l’humus. Nous étions persuadés de notre toute-puissance, nous voilà mis à nu par un agent microscopique.

Certes, grâce aux technologies les plus modernes, il est probable que le Virus Couronné connaisse le sort de Louis XVI. Mais il faudra alors se souvenir que ce sont les humains qui les auront mis en œuvre. C’est au service de l’humanité qu’elles seront ainsi placées. Et non l’inverse comme c’est trop souvent le cas maintenant.

En s’humiliant, l’humain voit les choses sous un autre angle, celui de sa faiblesse. Une prise de conscience qui fait hurler l’égo de douleur. Il était tellement flatté par les paillettes de la consommation compulsive, cet égo, qu’il a pris le pouvoir sur chacun d’entre nous. Il nous soumettait et faisait de nous des pantins de la société médiamercantile qui n’a d’autres fins que le divertissement des masses au profit des nouveaux maîtres du capitalisme.

S’humilier s’est donc œuvrer en vue de se libérer de l’aliénation suscitée par cet empire qui vient jusque dans nos rêves traquer nos désirs pour les transformer en profits. S’humilier, c’est reprendre pied sur le sol. Mais l’humilité est un passage et saurait représenter la destination finale qui est la désaliénation.

Grande leçon de cette première étape : en prenant conscience de sa faiblesse, on redevient plus fort.

A suivre.

Jean-Noël Cuénod

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