Les Verts vont en voir de toutes les couleurs

L’ennui avec les vagues, même vertes, c’est le reflux. Il est indéniable que le parti écologiste EE-LV a triomphé aux municipales françaises avec des trophées comme Lyon, Strasbourg, Besançon et un doublé comme à Grenoble. La fibre écologiste a éprouvé mille peines à tisser ses brins outre-Jura mais elle semble désormais bien branchée. Toutefois, les Verts vont en voir de toutes les couleurs.

Tableau d'Albert Bierstadt Tableau d'Albert Bierstadt
Tout d’abord, l’élément majeur de ces élections municipales n’est pas le triomphe des Verts mais l’abstention massive : 58,4%. Or, ce type de consultation est généralement plutôt prisé par les électeurs français. Certes, la contamination de la Covid-19 a retenu nombre d’hésitants. Cela dit, cette explication ne saurait suffire. Après tout, à voir les populations vaquer à leurs occupations sans guère de retenue, le coronavirus ne semble pas les bloquer à la maison.

L’essentiel est ailleurs, dans la désaffection d’une grande partie des Français pour les joutes électorales. Non pas pour la politique, notons-le, car au contraire nos voisins semblent s’y intéresser de plus en plus. Les mouvements sociaux à répétitions, l’interminable et massive crise des Gilets Jaunes en apportent l’inconfortable démonstration.

Il faut dire que les propos convenus de la plupart des candidats, leur langue de poix, leur inconséquent babil, leurs indignations sur commande n’amusent plus personne.

Au pied du mur vert

Cette abstention d’une ampleur historique constitue une sérieuse menace pour les nouveaux élus, les Verts comme les autres. Mais peut-être les Verts plus que les autres car c’est d’eux surtout que les électeurs attendent des changements, notamment sur le plan écologique et celui de la transition climatique. Or, pour faire passer des projets essentiels qui peuvent se révéler impopulaires, les nouveaux maires devront posséder une légitimité en béton armé. Cela ne sera pas le cas avec aussi peu de votants. Dès lors, leurs oppositions ne manqueront pas de balancer sous leurs semelles vertes une gerbe de bananes bien pourries.

De plus, dans un pays centralisé comme la France, il est nécessaire d’obtenir des relais auprès des régions et, surtout, au gouvernement.

Or, il ne faut pas compter sur le président Macron pour faciliter la tâche des élus verts. Sur la base des travaux de la Convention citoyenne pour le climat qui vient de rendre ses propositions (le lien de la CCC ici), Emmanuel Macron va sans doute organiser un ou plusieurs référendums (ou plutôt referenda) pour introduire, par exemple, la sauvegarde de la biodiversité, la transition climatique dans la Constitution française.

 De la cosmétique macronienne donc. De quoi esbaudir quelques téléjournalistes dont le regard s’allume d’étoiles quand la poudre de perlimpinpin tombe en neige des hauteurs de l’Elysée. Mais rien de concret, rien d’épais, rien de décisif. Et surtout rien qui puisse déranger l’ordre ultralibéral pour le développement duquel Macron a été élu.

Les nouveaux maires écolos s’efforceront donc – comme ils le pourront et dans les limites assez restreintes en France de leur pouvoir – de faire entendre leur petite musique. Mais pour les grandes orgues, il faudra attendre l’élection présidentielle de 2022. La nature et le climat attendront. Tous deux en ont l’habitude.

Jean-Noël Cuénod

 

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