Lettre ouverte à mon psy-violeur

Lettre ouverte à mon psy-violeur

Tu n’es pas de ces violeurs que l’on se représente comme des monstres avides de sexe et prêts à tuer une femme au coin d’une rue après l’avoir pénétrée en lui mettant un couteau sous la gorge.

Tu n’es pas de ces violeurs immatures et égocentrés qui nient l’absence de consentement de leur victime qu’ils considèrent juste comme un bout de viande.

Tu n’es pas de ces violeurs qui « dérapent » et détruisent une vie sans mesurer qu’ils ont détruit cette vie.

Tu es ce violeur qui fait croire qu’il viole dans une démarche thérapeutique, qui fait croire qu’il est un sauveur, qui a le pouvoir de faire croire en la nécessité d’une telle violence pour « sortir grandie », « pour devenir une vraie femme ».

Oui, tu es ce violeur, parce que tu es psychologue.

Vous êtes ce psychologue qui a accueilli mes peines les plus intimes, mes questions de jeune femme de 22 ans, perdue dans son rapport aux hommes, perdue dans son corps et qui venait de se faire agresser dans un RER. Vous m’avez fait croire que vous alliez m’apprendre à me connaître et à me protéger, que vous, vous n’étiez là que pour m’accompagner, que ce lieu, les quatre murs de votre cabinet, serait consacrer à MON intimité tout comme c’était le cas pour vos autres patients. Puis, du « vous », vous êtes passés au « tu ».

De ma peur de l’abandon, de mon manque affectif, tu t’es saisi. Tu as compris ça de moi. Puis, un jour, tu m’as enlacée. J’étais pétrifiée.

Puis un jour, tu m’as embrassée par surprise, prenant ma tête entre tes mains, et me disant que c’était pour me « récompenser » de ce que j’avais compris ce jour et que j’avançais.

Puis un jour, tu m’as dit que j’étais venue en robe pour te provoquer. J’ai protesté. Durant deux heures, tu t’es attelé à me faire croire qu’inconsciemment je te désirais, que c’était pour ça que j’étais venue en robe et que je faisais exprès de te montrer ma culotte. Je me suis effondrée en larme. Tu m’as consolée en suggérant qu’il s’agissait de larmes de réminiscence, d’un abus vécu dans l’enfance. Tu m’as promis qu’on allait trouver ensemble qui m’avait fait du mal. J’avais mal. Pour retrouver cet abus, il fallait le faire ressurgir, le revivre.

Alors, tu m’as violée. Tu m’as violée,

puis, tu m’as consolée,

puis tu as dit « maintenant, on va analyser ce qu’il vient de se passer ».

 Vous vous êtes rassis dans votre fauteuil, je pleurais. D’après vous, parce que des souvenirs essayaient de « remonter à la surface ». Mais rien. Rien ne revenait, entretenant l’idée que si c’était si bien enfoui, c’est que c’était sûrement très grave. Il me fallait alors réparer la petite fille abusée que j’avais soi-disant été et libérer la femme qui essayait de naître. Vous deviez m’accompagner dans cette renaissance.

 Tu as littéralement et délibérément détourné mon attention, mon libre-arbitre, faisant de moi une conscience en friche, en quête de sens, en quête de mémoire, d’une mémoire qu’il me fallait recréer solidement pour qu’elle vienne subtilement occulter ce que tu étais en train de me faire subir pour ton propre intérêt.

Tu es ce violeur. Tu es le prêtre, le professeur, le médecin, le psychologue, le politique, l’adulte face à l’enfant, qui use de sa posture pour annihiler la conscience de sa proie, qui use d’une peur, d’un faux souvenir, d’une confusion.

 Et vous n’êtes pas ce psychologue qui a « dérapé » une fois parce qu’il est tombé amoureux. Vous êtes ce psychologue qui a aussi embrassé une mineure de 17 ans par surprise, ce psychologue qui a tenté de proposer une thérapie « alternative et non conventionnelle » à une jeune femme qui essayait juste de mettre fin à une thérapie qui lui faisait peur. Et là, je n’évoque que celles qui ont osé parler de ce qu’elles avaient vécu avec vous.

 Tu es ce violeur qui veut faire croire en la sincérité d’un amour pour justifier le fait d’avoir détruit une patiente « sans faire exprès », en transgressant le code de déontologie qui régit sa profession.

Mais bien au-delà de tout ça, tu es ce violeur à qui j’ai dit que je ne voulais pas de rapport sexuel, et qui malgré tout, m’a tirée par les cuisses au bord de ce fauteuil pour me pénétrer. La seule différence avec celui qui met un couteau sous la gorge, c’est que tu ne m’as pas tuée physiquement, pensant que ton discours aliénant suffirait à me faire taire pour toujours. Je te rassure, je suis sortie de l’aliénation, mais tu m’as bien tuée.

 Vous êtes ce psy contre qui j’ai porté plainte pour viol. Vous êtes l’autre partie d’une procédure dans laquelle on m’a conseillée de « requalifier » le chef d’accusation en « agression sexuelle » parce que vous n’aviez pas le profil du violeur qu’un jury populaire aurait reconnu coupable en cour d’assise. Un tribunal correctionnel c’est plus sûr, ce sont des magistrats qui jugent, ils savent, eux ! Vous êtes ce psy qui reconnaît une faute déontologique, mais qui s’évertue à parler d’une histoire d’amour. Vous avez été reconnu coupable et condamné en première instance à quatre ans de prison dont deux fermes, à une interdiction d’exercer pendant cinq ans et à une inscription au fichier des délinquants sexuels.

Vous êtes ce psy qui a fait appel de ce verdict et qui finalement a été reconnu coupable à nouveau, mais condamné à deux ans de prison dont un de sursis avec un aménagement de peine possible, l’interdiction d’exercer en cabinet, mais autorisé à exercer dans un hôpital ou dans des associations et donc retiré du fichier des délinquants sexuels.

Vous êtes ce psy qui après cinq ans de procédure, d’exercice de votre profession et de liberté, se pourvoit en cassation. Vous êtes ce psy qui a pu violer une de ses patientes, abuser d’une autre et potentiellement d’autres encore et qui aujourd’hui pourrait encore exercer en tant que psy même si le jugement était confirmé par la cour de cassation.

 

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