Nous sommes pris dans un étau.

D’un côté, Charlie et sa bande, assassinés de la plus froide des manières dans l’ignominie la plus totale. Crime qui, au regard de la ligne éditoriale de l’hebdomadaire si singulière dans le paysage médiatique français, semble porter la signature explicite d’un intégrisme religieux.

De l’autre, des mosquées attaquées. Une fois encore, la force du symbole, sans équivoque, laisse évidemment penser à l’acte de groupuscules au minimum islamophobes, sinon fascistes.

Devant la possibilité que la société française s’entredéchire entre d’une part, une frange minoritaire d’un radicalisme religieux, et de l’autre de petits groupes de fascistes, J’accuse.

J’accuse l’utilisation du terme infâme de « laïcard » par des journalistes, censés servir le bien commun.

J’accuse la transformation d’une presse publique comme privé tournée vers le profit et l’audimat et non la critique réfléchie, reculée, argumentée et pédagogique.

J’accuse la critique réactionnaire permanente de l’héritage de mai 68 et son association au laxisme.

J’accuse la banalisation d’un discours de retour à l’ordre et de légitimation de xénophobies en tout genre, terrain propice au développement de la haine de l’autre.

J’accuse l’irresponsabilité d’une grande partie de la classe politique qui n’a eu de cesse d’affaiblir le débat, en reprenant de très près et sans discernement les thèses des partis d’extrême droite à des fins électoralistes et d’instrumentalisation de la peur.

J’accuse la stigmatisation récurrente et outrancière ces derniers mois des musulmans de France, par une partie des médias et de la classe politique.

J’accuse le sort réservé, ses deux dernières décennies, à l’école au sein de la société française, à travers le mépris du travail et des valeurs défendues par les enseignants « fainéants ».

J’accuse l’érection de l’art et de la culture au rang de luxe, à travers le sort réservé aux artistes, aux intermittents et aux spectateurs.

J’accuse l’irresponsabilité d’une désintellectualisations de la société au profit de la consommation, de l’argent, de la compétition et du matérialisme, au détriment de l’esprit critique.

J’accuse la désertion du terrain de la fraternité par nos gouvernants au profit d’une mise en concurrence perpétuelle des citoyens.

J’accuse notre immobilisme trop long et notre naïveté d’avoir pu croire que la démocratie et la paix puissent être indissolubles et acquises. D’avoir pensé que quels que soient les coups de boutoirs portés à notre pacte républicain de solidarité et de fraternité, celles-ci tiendraient debout seules.

Dès lors, la seule et unique solution qui m’apparait est de dissoudre la ligne imaginaire, mais tenace, tracée ces dernieres années par des esprits malveillants entre citoyens « dits » musulmans et citoyens « tout-court ».

D’unir tous les citoyens opposés à la haine de l’autre et attachés à la vie en paix contre tous les extrémismes qu’ils soient religieux ou/et fascisants.

Laissez donc le FN venir à la manifestation, ça leur donnera l’occasion de découvrir Charlie (et peut-être même de rire) qu’ils doivent très mal connaître ! Peut-être qu’à la manifestation ils rencontreront une belle nana bien roulée, ou un beau mec, aux idées différentes des leurs et signeront pour la solidarité, la fraternité et l’humanisme !

Vu ce que CHARLIE a pu mettre au FN en matière de caricature, de les voir dans le cortège, de là-haut, ça pourrait pas les faire marrer ? Qui récupère qui ?

Nous sommes tous des frères.

Liberté et Fraternité.

Pour que la mort de ces défenseurs farouches d’un humanisme bienveillant et critique puisse avoir l’effet d’un rebond salutaire pour tous, dont le chemin doit passer par une défense acharnée dans les mots et dans les actes de la laïcité comme condition immuable de notre vie en société.

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