Chorales dans les écoles : bienveillance ou dérive autoritaire ?

Lettre ouverte au Ministre de l'Education Nationale

Monsieur BLANQUER,

Étrange, la psychologie humaine : plus on impose à l’autre ce qu'il doit faire, moins l’autre se sent en confiance dans sa tâche.

En 2017 vous avez eu l’initiative de demander une rentrée en musique dans les écoles françaises pour permettre aux élèves d’aborder l’école avec « bienveillance ». Lors de cette rentrée 2018, j’apprends que vous nous préparez, pour la rentrée 2019, une chorale d’école obligatoire, sous couvert de « joie et de cohésion ». Moi, professeur des écoles qui monte chaque année des chorales et spectacles musicaux, j’aurais dû sauter de joie lors de l’annonce de cet engouement pour ma discipline de cœur. Et bien non ! Les préparatifs de la rentrée ont été préoccupés par la gestion de l’école mise à mal par les coupes budgétaires. L’équipe enseignante n’a de cesse que d’aménager joie, bonheur, cohésion et respect des valeurs par les dispositifs qui leur correspondent : défis sportifs, classes vertes, projets artistiques ou tutorat entre pairs.

Où est cette confiance que vous nous adressez sans cesse dans vos messages vidéo ? Par ces mesures, j’ai eu la désagréable impression que vous investissez cette discipline aux tonalités festives pour nous imposer la mise en œuvre du programme scolaire. Et que dire des chefs de chœurs missionnés à qui une liberté « relative » est accordée ? Vont-ils me suppléer ? Sachez que par cet acte d’autorité vous nous discréditez dans nos savoir-faire, aux yeux de tous et dans notre for intérieur, vous insinuez que nous sommes incapables de trouver des solutions aux défis de notre société, vous faites entorse à notre liberté pédagogique. Je ne perçois aucune bienveillance de votre part dans ces projets uniformisés.

Et si le bonheur des élèves passait par le bonheur à enseigner dans des conditions favorables ? Des pistes ? Cesser de démanteler le Réseau d’Aide à la Scolarisation des Elèves en Difficulté (RASED), diminuer le nombre d’élèves dans les classes, ajuster nos salaires à notre niveau de formation, mettre à disposition du personnel pérenne et formé (secrétariat -supprimé par votre ministère en 2017-, AVS). M’est avis que ce n’est pas l’instauration d’une chorale d’école qui endiguera la fuite des élèves les plus aisés vers le privé.

Je vous remercie de replacer votre confiance en nos capacités à mettre en œuvre vos programmes au plus près de nos élèves.

Avec tout mon respect pour ce qui incombe à votre fonction, merci de respecter la mienne.

 

Monsieur CYPRIEN

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