Mon effacement après résiliation tardant, je me lance dans une courte série d'articles concernant la pensée, l'opinion, la communication.
Pour une meilleure communication, j'essaierai de n'utiliser que des mots dénués de toute technicité.
Mon but est de tenter d'expliquer pourquoi à mon sens :
- la grande majorité des gens ne pensent pas vraiment
- avoir une opinion non seulement ne sert que très rarement à quelque chose, mais est le plus souvent nuisible
- la communication entre personnes rencontre des obstacles.
Il ne sera fait référence à aucun ouvrage en crédits, car je ne me réfèrerai à aucun, sinon à ceux que j'ai depuis longtemps oubliés après digestion (et oui, un livre, ça se mange...).
Je commencerai par la version "light" d'un texte déjà ancien (dont une version sophistiquée fut étudiée dans une grande école) histoire de vous mettre dans l'ambiance.
Si vous voulez bien embarquer avec moi... vos réactions seront les bienvenues.
APPRENDRE A PENSER ...
Amis lecteurs, bonjour.
Aujourd’hui, pour changer, un petit jeu à prétention humoristique, très simple, si vous en êtes d’accord.
Prêts ?
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MENEUR DE JEU : Cyrano
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THEME : apprendre à penser.
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MATERIEL : Droite, élitisme, collège unique, syndicats majoritaires, Education Nationale, Haby, gauche, seule, disparition, ministre, apprendre à penser.
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Mais avant tout, une petite pause musicale publique, laïque, gratuite et obligatoire, s'il vous plaît, histoire de vous "décontraster" (non, non, non, non, Garcimort n'est pas Maure, non, non, non, non, Garcimort n'est pas Maure, car il glande encore, car il glande encore !)
http://www.dedikam.com/telechargement.php?clef=b9426e44f389f4e533eda8f441f903d8
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Voilà, le jeu est terminé, le temps des réponses et de la liste des gagnants est arrivé.
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Je vais donc a priori vous décrire deux types de joueur : j’appellerai le premier R (pour Rigolus ) et le second T (pour Tristus) en référence à une célèbre bande dessinée de mon jeune temps.
Le Rigolus est venu lire ce texte par curiosité associée à l’intitulé, au pseudo de son auteur ou aux deux.
Le départ du jeu l’intrigue, la liste du matériel lui a fait lancer une recherche rapide dans sa banque de données personnelle et il se demande comment on peut bien rattacher le thème : « Apprendre à penser » à la plus grande réforme du système éducatif français …
Le Tristus, arrivé ici par une motivation identique, s’est peut-être dit : "Ah, qu’est-ce qu’il nous a sorti aujourd’hui ? Un jeu… et il se met en meneur, bien sûr …. Apprendre à …. penser ?
Mais pour qui y se prend, ce type ? Il veut m’apprendre à penser à moi ?
Ben, on va bien rigoler, tiens ! Alors, tous ces mots … ça y est, j’ai compris, il va contester la réforme Haby … d’ailleurs, un des mots, c’est élitisme … donc, il est de droite …
Vas-y, je t’attends, moi … mais pourquoi il nous met des conneries au lieu de nous faire jouer ?
Bon, tu l’envoies ton jeu à la noix ? … Quoi ? Comment, c’est fini ?
Il est fou, ce type, j’ai même pas joué, moi ! "
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Ami R, bravo !
Ta curiosité s’est aiguisée, tu as rafraîchi dans ton esprit le matériel, tu as peut-être initié une ou deux hypothèses sans les pousser plus avant, manquant encore des données suffisantes et tu es prêt à PENSER …
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Ami T, bravo aussi ! Mais que t’est-il arrivé ?
Tu as succombé à l’assaut conjugué des charges émotionnelles liées aux mots que tu as lus concernant :
- Cyrano, dont tu peux aimer ou pas les écrits (si c’est la personne, je te donne rendez-vous un peu plus bas)
- le terme de meneur, qui dans ton esprit seulement, t’a placé dans une position d’inférieur (hiérarchique)
- l’énoncé du thème, bousculant une de tes certitudes intimes
- le matériel que tu as aussitôt interprété sans savoir à quoi il était destiné.
Tu n’as pas suivi le meneur de jeu, tu es devenu le meneur d’un autre jeu qui n’existe que pour toi et tu étais prêt, certes, mais pas à penser : à émettre ton opinion sur ce que j’allais dire par la suite en te situant POUR ou déjà plus certainement déjà CONTRE dans le cadre de ton jeu.
Et oui, le système éducatif et la société t’ont sournoisement implanté comme aux autres un IDT et tu ne le savais même pas (IDT = I don’t think).
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C’était bien d’ailleurs le but de cette réforme : accroître le nombre de con-sommateurs.
Comment en est-on arrivé là ? Par l’éducation, qu’elle soit parentale ou nationale.
Je prétends (cela ne veut pas dire que je sois prétentieux, mais que c’est en moi une conviction forte fondée sur la réflexion d’une vie entière et que j’attire l’attention de ceux qui peuvent la contester) que penser s’apprend, à tout âge et quel que soit le niveau socioculturel, avis que tu peux ne pas partager.
Il est clair qu’un apprentissage au plus jeune âge permet ensuite à cette notion de devenir naturelle puisque intégrée au mode de fonctionnement quotidien dans tous les domaines.
Rester humble vis-à-vis du savoir et respectueux des personnes est pour moi primordial.
Le fait pour un enfant de se trouver face à des questions trop simples ou à la possibilité de répondre au hasard (QCM) est pour moi une négation (nécessaire pour certains) de l’éducation, car il développe ainsi un sentiment d’autosatisfaction paresseuse immérité et éteint sa curiosité et le goût de la recherche ou de l’effort.
La société actuelle, pour des raisons politiques évidentes que je ne développerai pas ici a intérêt à ce que les avis remplacent les pensées.
L’avis de notre IDT nous est demandé en permanence dans la vie courante, comme s’il était important, voire vital, dès qu’on parle à quelqu’un ou que notre attention est sollicitée par un média.
Ainsi, s’installe la confortable croyance que plusieurs vérités peuvent coexister mais que la nôtre est meilleure ou la seule.
Le merveilleux Sacha Guitry écrivait : « Ce qui, probablement, fausse tout dans la vie, c'est qu'on est convaincu qu'on dit la vérité parce qu'on dit ce qu'on pense. » Encore faudrait-il vraiment « penser », c’est à dire construire une idée à partir de faits indiscutables et vérifiés plutôt dix fois qu’une !
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Le « Je pense que … » du T est le plus souvent une affirmation timide et dubitative, pourtant élément constitutif principal de ses certitudes fondamentales.
La discuter devient une attaque personnelle avant tout, le sujet du « débat » n’ayant même plus d’intérêt.
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Le « Je pense que … » du R est toujours la proposition à titre convivial du fruit de véritables réflexions, qu’il complète souvent par un respectueux des autres « Mais ce n’est que mon avis … » qui met son interlocuteur à l’aise et peut ouvrir la porte à une discussion vraie.
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L’esprit du T est dirigé par « Mon cœur, ma tête, mes …ouilles », celui du R par les faits et la raison.
Le T est prosélyte et exclusif : persuadé d’avoir raison et sûr de son bon droit, il sollicite sans cesse par des questions souvent orientées l’avis des autres, bien qu’il affirme pourtant sans cesse et assez fort qu’il n’a besoin de personne pour penser à sa place.
Les gens « intelligents » sont du même avis que lui (dans sa tête, il se dit « pensent comme moi »), le nombre le conforte dans sa certitude et il a été le premier à avoir eu cette idée.
Les autres sont de mauvais c… prétentieux auxquels il colle immédiatement et à jamais cette étiquette sur le grand dossier où il va dorénavant consigner tout ce qu’il va considérer à ses yeux comme négatif, le classement se faisant non par ordre chronologique, mais par gravité décroissante (le T met régulièrement ses dossiers à jour).
Le T, centre de son Univers, oblige les autres à se positionner par rapport à lui quand il le demande. On se doit d’être POUR le T CONTRE quelqu’un d’autre, parce qu’il est « lui », même sans connaître les faits : dans le cas contraire, le T gomme l’élément dérangeant de son monde.
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Le R ne connaît pas ces problèmes : il est conscient de ses limites, de ses manques, il sait quand il ne sait pas, l’admet et le dit.
Les autres ne sont pas pour lui un public mais des compagnons auxquels il aime bien s’adresser, tout contact nouveau étant par nature enrichissant.
Le R accorde à tous ses semblables le préjugé favorable et le droit à l'erreur.
Il aime partager simplement avec d'autres les bonnes (ou moins bonnes) choses de la vie.
Il est bienveillant car dépourvu d'envie ou de goût de lucre.
Il ne porte pas de jugement de valeur sur les autres, s’en fait une opinion fondée sur leurs actes vrais vis-à-vis de lui uniquement, les opinions des autres attirant sa vigilance mais ne le concernant pas.
Il croit par ailleurs que les autres peuvent changer.
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A travers les verres paresseusement épais de son IDT (il tient à cette marque et ne souhaite pas en changer a priori), le T a des gens une conception pyramidale : décrivons cette construction de bas en haut.
Tout en bas, une masse informe et visqueuse : des inconnus sans intérêt dont parfois il se demande pour certains pourquoi on leur accorde le statut d’ « hommes », comme à lui..
Plus haut, les cons : personnes connues ou non ne partageant pas ses opinions en particulier quand il les oblige moralement à les approuver.
Au dessus, les copains : personnes connues qui partagent souvent ses opinions.
Puis, les amis : personnes connues qui partagent toujours ou presque ses opinions.
Plus haut encore, la famille : la famille, c’est sacré, surtout chez les T
Enfin, tout au sommet : le T, entouré de ses certitudes et de ses souvenirs sélectifs ou erronés.
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La rencontre fortuite ou non d’un R compromet parfois cette ordonnance superbe et immuable. Le T ne pouvant supporter cette injustice va donc réagir, le plus souvent par la violence, anticorps aveugle programmé pour la défense du ITP.
Il n’est pas question ici du statut social ou intellectuel du R en question, c’est sa nature de R qui est en cause.
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Dans l’arène de la vie, les R courent de façon linéaire de gauche à droite à la vitesse que leur permettent leurs moyens, et cela n’a aucune importance.
Le but est de franchir la ligne d’arrivée (même en tombant parfois, je n’ai jamais prétendu que le R soit parfait, ce serait un jugement de valeur intolérable envers les T auxquels il ne saurait être « supérieur », ce mot n'appartenant qu'à la langue des T) et qu’il le fasse vite en F1 ou lentement en marchant est dérisoire.
L’essaim des T pendant ce temps bourdonne et vibrionne en tous sens sur la ligne de départ : les plus chanceux se glorifiant de passer aléatoirement la ligne d’arrivée.
Le R est conscient que les hommes ne sont égaux qu’en droit et s’en accommode.
Le T en est conscient aussi, les autres lui étant inférieurs et les R destinés à être détruits.
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L’Education Nationale et les syndicats majoritaires de l’enseignement nous repassent en boucle le début du tour de magie élémentaire consistant à présenter trois cordes de longueurs différentes, puis de montrer trois cordes égales.
Leur film s’arrête là, puis repart du début.
Pour avoir effectué cette illusion moi-même, je pense que les trois cordes sont et restent de longueurs inégales, mais ce n’est que mon avis.
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A la vue du R, le T va voir s’additionner à son IDT un outil enfoui dans sa nature de primate (les T le trouvent "supérieur" sans préciser quels sont leurs critères) depuis des millions d’années (que sont quelques pauvres milliers d’années de prétendue civilisation à côté ?) : le HDEFT (haine de l’étranger : faut tuer).
Le T ajoute des pièces inventées à son dossier, collationne les dossiers fournis par le sommet de sa pyramide, ignore les faits.
Si même alors ses « arguments » manquent de force, il va hurler, menacer, injurier, frapper pour tuer.
Vibrant de cracher à la figure du R, il n’est même pas conscient qu’il ne crache que sur le portrait qu’il vient de s’en peindre, qu’il a toujours le pinceau dans sa main, et que les gouttes de haine qui ont rebondi sur la toile-miroir qui lui fait face (les T, tels les vampires, n'ont pas de reflet) l’ont trempé jusqu’à l’âme.
Il croit donc avoir réussi.
Le R n’en est que très peiné ; humaniste convaincu, la notion de « supériorité » ou de haine lui est étrangère, et il trouve les différences enrichissantes.
Il aime tout le monde au départ, ne comprend pas l’acharnement, supporte la bêtise…
Le T, tout étonné de la survie du R et ne pouvant supporter son existence dérangeante va donc l’exclure par le bannissement en lui reprochant d’être égocentrique, de n’aimer que lui-même, de n’avoir jamais rien fait pour les autres, entraînant avec lui tous les T de leur entourage commun.
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Le R est donc par essence condamné tôt ou tard à la solitude morale la plus complète, à moins de rencontrer sa moitié d’orange, R aussi, ou de simples amis semblables à lui.
Ainsi donc, apprendre à penser ne sert à rien, sinon à être parfois très malheureux, mais au départ, l’homme n'est-il pas vraiment né que pour cela ?
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Addendum : un ami qui m'écrit : « Heureusement qu'aujourd'hui, personne n'est ni totalement tristus, ni totalement rigolus... » m’amène à compléter cet article qui n'engage que moi...
Je pense ne pouvoir être d’accord, quitte à être taxé de vil suppôt du manichéisme.
A mon sens, le corps du R rejette impitoyablement toute cellule T, la coexistence étant impossible.
Ou alors, de façon très transitoire et dans un seul sens, lorsqu’un T devient R.
Car un T peut devenir R (sinon je n’aurais pas écrit cet article, hi hi) mais cette transformation est irréversible.
Un R en effet ne peut devenir (ou redevenir) T.
Il n’y a là aucun jugement de valeur.
Les R peuvent avoir autant de défauts (certains leur étant cependant inconnus par nature) ou de qualités que les T, ni plus ni moins que tout homme.
Il semble par contre possible d’affirmer que le R est par nature attiré par le bien au sens large ( ce qui ne veut pas dire que le T le soit par le mal : tu vois, je pense à toi, lecteur Tristus).
C’est d’ailleurs parmi les R que se trouvent les représentants les plus dangereux de l’espèce humaine (j’en exclus un instant aux fins de simplification les malades mentaux trollant sue certains forums, mais pas ici : je médis à part) : les R indignes, auxquels les sempiternelles rediffusions de la saga Starwars ont donné l'envie d'aller goûter aux plaisirs du côté obscur de la Force .
Ces dénaturés, dont les défauts personnels les plus fréquents ressortent des moins avouables des péchés capitaux, utilisent à des fins personnelles leurs capacités de R au détriment des T.
Observons un T isolé au microscope : impossible !
Ne sachant où il va, sinon à la facilité, il bouge sans arrêt.
Le R indigne vise plus haut.
En effet, le comportement d’un groupe de T est parfaitement prévisible, sa manipulation en est donc aisée mais pourrait parfois être trop visible.
Le R indigne va donc se cacher sous une peau de mouton T pour être mieux apprécié encore de son bêlant troupeau de fidèles.
Il multipliera par exemple des phrases manifestement T destinées aux T (passons sur ce détail). Les R dans leur ensemble n’aiment pas le R indigne, mais peinent à le combattre en dehors de cercles de R, ce serait de leur part se signaler à la vindicte de la foule des T.
Le R indigne aime le pouvoir sous toutes ses formes, les étranges lucarnes en sont encombrées …
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J’éteins la télé.
Que nous réserve l’avenir ?
Je ne le sais … Mais j’ai bien peur que la fin du monde ne soit bien tristus …