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Billet de blog 3 avr. 2022

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Petit dictionnaire personnel portatif : D... comme Démocratie

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

La perfection n'est pas de ce monde, et la démocratie est la réalisation en politique de cet aphorisme. La démocratie est à la fois la mise en scène des antagonismes d'une société, la reconnaissance de son impossible stabilité et l'objectif toujours renouvelé d'une société pour faire de ses faiblesses une force collective. La démocratie ne fonde pas le contrat social d'un pays : elle est un outil pour le déployer. Dans les systèmes autocratiques ou oligarchiques, il est sous-entendu ou proclamé qu'un équilibre naturel est atteint – et les tensions pour exclure ceux qui le contesteraient sont le fait de ces importuns qu'il faut donc chasser ou détruire. En démocratie, les importuns au pouvoir sont une nécessité : c'est la reconnaissance de leur existence et de leurs droits qui légitime le régime. L’ordre public y est assuré par les lois, mais la recherche du franchissement des limites à cet ordre est la norme pour les groupes minoritaires. La force de la démocratie, c'est la reconnaissance des droits de la minorité ; c'est la violence toujours retenue de la majorité sur ceux qui ne se reconnaissent pas en elle.

La démocratie se légitime non pas tant parce que ce serait le meilleur moyen de prendre les décisions optimales, mais parce que c'est le seul régime qui a comme prémisse que la société est composée d'adultes responsables. Les erreurs, les fautes qu'on commet en démocratie sont une responsabilité collective.

De tout cela il découle que le détournement des énergies politiques populaires par des institutions aristocratiques, via le cumul dans le temps des élus, le présidentialisme de la Ve République, le financement obsolète des partis politiques, l'abaissement du rôle du Parlement à une chambre d'enregistrement de la volonté du pouvoir exécutif... sape littéralement la démocratie, et qu'il est grand temps de renouveler nos manières de faire : le chantier va d'une nouvelle constitution à l'usage de formes démocratiques incluant l'autonomie de la presse et un statut politique du citoyen, permettant à chacun de s'engager.

La nouvelle constitution répondra-t-elle aux vœux de celles et ceux qui la réclament au nom du renouveau démocratique ? Rien n'est moins sûr car le poison de l'autoritarisme, issu de la rencontre perverse de l'esprit « managérial » du néolibéralisme d'un côté, et des mensonges réitérés et des promesses déçues de l'autre, pourrait tout aussi bien donner naissance à une République encore plus verticale, nous entraînant dans un cercle vicieux vers toujours plus de déresponsabilisation citoyenne et des frustrations qui l'accompagneraient.

Enfin, la démocratie, fut-elle parfaite, doit trouver le levier qui permettra à la société de relever un défi gigantesque : la dysharmonie entre le temps des élections et de la vie politique (temps cyclique et à courts termes) et le temps des grands changements structuraux (le climat, bien sûr, mais aussi ceux liés à la démographie, aux ressources énergétiques, aux anticipations diplomatiques...). Quel peuple aura le courage de voter pour des élus qui demanderont des efforts immédiats pour en tirer les fruits pour la génération suivante seulement ? Les risques que d'aucuns trouvent des charmes à un pouvoir autoritaire s'accroissent à chaque fois que nous renonçons lâchement aux grandes décisions qui feront le XXIe siècle.

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