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Billet de blog 5 avr. 2022

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Petit dictionnaire personnel portatif : E... comme Etalement urbain/rurbanisation

Quelques entrées d'un dictionnaire politique personnel, histoire de d’éclaircir, à commencer pour moi-même, ce que je conçois en politique...

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Mode d'organisation du territoire qui est à la fois l'expression d'un repli sociétal, d'un renoncement à la ville, d'une réponse du libéralisme à ce qu'il perçoit comme une menace, de la société de consommation et des impasses d'un monde fondé sur l'énergie abondante et à bon marché. La ville est le territoire où s’additionnent les effets de la proximité et ceux de la diversité. C'est le territoire où le déplacement est minimum pour accéder à un maximum d'opportunités (population, services publics et privés). En renonçant à la ville, une partie de la population française a renoncé, volontairement (car attirée par les aménités supposées de la « campagne ») ou involontairement (car repoussée par les coûts d'un habitat urbain devenus excessifs), à ce qui fait la ville, donc au cœur de ce qui est propre à l'urbanité : l'acceptation des différences renouvelées des gens vivants à proximité, les rencontres surprenantes, les dépaysements à portée du quotidien. Et du coup, à tout ce qui permet de s'ouvrir à ce qui n'est pas soi. L'étalement urbain a émietté la société non seulement géographiquement mais aussi sociologiquement et, du coup, politiquement. Ce fut un des coups de maître du néolibéralisme à partir des années 1970 que d'organiser l'accès à la propriété des classes moyennes : en endettant chaque foyer pour 15, 20 ans ou plus, le recours aux grèves et aux combats sociaux devenaient plus risqués pour chaque employé, dans un contexte de chômage de masse se perpétuant. C'est là une méthode éprouvée du capitalisme que d'externaliser les coûts : c'est donc l'environnement qui a dû cette fois supporter les efforts pour maintenir un PIB toujours plus haut. En faisant de l'accès à la maison individuelle le nec plus ultra d’une vie réussie, l'automobile est devenue l'objet obligatoire, en double exemplaire, pour chaque foyer. Les infrastructures (routes, voies rapides, ponts, tunnels) mais aussi les contrecoups environnementaux (pollution de l'air, bétonnage des paysages, artificialisation des sols, fragmentation écologique) sont depuis à la charge des budgets publics. La destruction des terres agricoles est un coût supplémentaire, pour nous comme pour les générations à venir.

Ce modèle est impossible à tenir dans la durée : le coût des transports quotidiens (automobiles, carburants, fatigues et problèmes médicaux liés à la sédentarité de l'automobiliste dans son véhicule) et des entretiens des infrastructures deviennent impossibles à conserver. La densification des villes, mais aussi des espaces périurbains, doit remplacer la construction des lotissements pavillonnaires à venir. Il convient aussi d'imaginer une ré-urbanisation de ces espaces dortoirs en y implantant les services publics et privés nécessaires, à proximité, afin de limiter les déplacements. Il s'agit enfin de réinventer des espaces communautaires mitoyens, aux services partagés (laverie, buanderie, garderie, médiathèque, réparations d'objets du quotidien, épicerie...). La fin du pétrole et les limites intrinsèques du capitalisme doivent devenir les occasions de repenser notre territoire, nos liens sociaux, et de faire la part belle entre l'individualisme libérateur des pressions sociétales et l'individualisme de la consommation égoïste.

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