Introduction au Rapport BORLOO pour quelques amis

Ceci est un billet de blog. Pas un article de presse. Il est écrit pour des amis, concernant le rapport BORLOO: "Vivre ensemble, vivre en grand" Ce n'est pas gravé dans le marbre, c'est une réflexion qui peut évoluer avec vous. C'est ma réflexion,pas celle d'un parti ou d'un organisme quelconque.

Nous débutons  en fanfare  par la charte d’Athènes (1933, réécrite par Monsieur Le Corbusier en 1942) chargée – aux yeux des rédacteurs du projet – du péché originel des grands ensembles d’après-guerre, qui avaient résorbé la crise du logement. On gomme un peu au passage ses quatre principes fondateurs (habitation, loisirs, travail circulation) qui restent pourtant des fondamentaux, même ensuite quand apparaitra la « charte pour l’urbanisme des villes du XXIe siècle » en 2003, puis en 2013 la « charte de l’Urbanisme Européen » à Barcelone.

Haro donc sur la conception ancienne de la ville, celle des « trente glorieuses » dont on semble oublier qu’elle fonctionnait tant bien que mal tant que les populations concernées ont été homogènes et que le « parcours locatif » marchait aussi bien que « l’ascenseur social ».

Le bilan du passé est surtout vu comme un passif.

On nous place rapidement devant les chiffres clefs : 1.500 « quartiers » dont 1% soit 15 quartiers sont clairement dit « en risque de rupture » avec la société.

Combien de personnes concernées ? On ne parle plus de « Français » (ce que je regrette) sans doute pour ne pas « stigmatiser ». On nous dit 10 millions de compatriotes. Le compatriote, après tout, ça doit être un Français. Non ?

10 millions d’âmes invisibles (étonnant dans un pays laïc, cette référence à la spiritualité) et surtout « une jeunesse lumineuse, colorée et en quête de participation » Pas les « black blocks » donc. Ou alors c’est une certaine conception des fils de la lumière, du coloriage et de la participation à l’effort collectif de la nation.

Mais ce n’est pas à l’effort que ces jeunes sont incités dans cette belle introduction. C’est – je cite - : « le rêve français » et « en faisant coïncider notre grandeur avec le rêve républicain ». Oui nous avons bien lu. En fait – je cite à nouveau - : « trop de concitoyens ont le sentiment de ne pas participer au rêve républicain ».

Je travaille dans des quartiers où les gens se plaignent parfois de ne pas avoir un logement pour leurs enfants, de ne pas avoir un travail (pour ceux qui souhaitent encore vivre du travail) pour eux ou leurs enfants (certains vivant de leurs enfants), mais le « rêve républicain » ou le « rêve français » sur plus de 10 ans à arpenter les rues, les sous-sols, les parkings,  les cages d’escalier de nos HLM en ZUS/ZSP/QPV, je n’en ai de mémoire jamais entendu parler. C’est du jargon de politicien. « Rave party » parfois, et encore, ce n’est pas le même genre de rêve.

La politique de la ville a coûté à la Nation française la bagatelle de 50 milliards à ce jour – sauf erreur ou omission de ma part – voire 90 milliards suivant le mode de calcul retenu, pour un résultat pas toujours franchement mirobolant. Même s’il  y a eu quelques beaux succès, certains (le criminologue Xavier RAUFER par exemple) estiment que c’est  plutôt une dégringolade constante… et on nous écrit qu’il est faux de prétendre que trop d’argent aurait été « déversé » dans les quartiers ?

Je veux bien croire ces experts, mais je suis un peu surpris quand je lis la « check-list » de la page 8, que le regretté PREVERT n’aurait pas reniée pour son célèbre inventaire.

Pour autant, étant dans le bain, je refuse de jeter le bébé avec l’eau du bain. Dans ces « quartiers », c’est vrai, on s’y aime, on s’y entraide, on y a un sens de la solidarité que la pauvreté des gens aiguise plus qu’ailleurs. On y trouve des associations dévouées jusqu’au sacerdoce au profit des autres. Cela existe, et toutes les associations ne sont pas des coquilles vides destinées à manger des aides et subventions dans des emplois fictifs ou des activités fantômes.

Quant on sait qu’au final le plan objet de ce rapport est estimé à 47 milliards d’Euros en plus des 50 à 90 milliards déjà versés (à mon humble avis, tablons plutôt sur 50 à 60 milliards de mieux) on a le droit de sourire en lisant que : « ils ne demandent pas l’assistance, ni des financements exceptionnels, mais simplement le droit à l’égalité républicaine afin de s’épanouir… »

Avec 47 à 60 milliards à mon profit, étalés jusqu’à la fin de mes jours, moi aussi je me sentirai sans doute plus épanoui, si 50 milliards d’Euros cela n’avait rien d’exceptionnel.

Le tout – et là je ne marche plus du tout en ce qui me concerne – en acceptant d’écrire page 10 (baissez le pantalon, ça arrive…) :

« Le repli identitaire et communautaire ne doit pas être nié il doit tenir sa juste place. »

« Sa juste place » ? Il y a une « juste place » pour le point de départ du djihadisme et du racisme ?

Cette soufflerie du chaud et du froid en introduction, franchement, c’est pénible.

Car pour autant dans les rues, la surreprésentation des « dealers » la nuit et la sous-représentation des femmes même le jour ne sont pas niés. On dirait juste que dès l’introduction on accepte l’idée de « laisser les ennemis de la République occuper le terrain ».

Et c’est là qu’on en arrive à un « sursaut de tous les acteurs de la Nation ». La présentation des 19 programmes  (robustes, structurants, innovants) du plan BORLOO.

Moi, rien qu’en apprenant que 47 milliards d’Euros allaient être pris aux contribuables pour ces braves gens dont pas plus d’un sur dix ne cotise à la fiscalité française, j’avais déjà sursauté. Quand vous aurez compris que c’est plutôt 60 milliards qu’il est question d’injecter sans que ce soit vu comme exceptionnel… nous allons tous sursauter. On est au moins d’accord sur le sursaut national.

Monsieur Jean-Louis BORLOO le 22 mai 2018 Monsieur Jean-Louis BORLOO le 22 mai 2018

Telle est ma vision personnelle de l’introduction du « plan BORLOO ».

Elle peut ne pas être la vôtre. Elle n’est pas celle du président de la République, déjà

J’accepte la contradiction volontiers.

Ayant le plaisir d’avoir un emploi, et souhaitant le conserver, je ne peux lire ou écrire tout seul que la nuit et pendant mes loisirs, en respectant le principe de discrétion professionnelle qui est d’usage.

Ce qui vous explique que je prenne plus de temps que des journalistes ou des politiciens professionnels qui lisent ou font lire à des collaborateurs à une vitesse supersonique, et qui se recopient les uns les autres quand ils n’ont pas assez de temps ou de collaborateurs disponibles.

Donc pour ce soir j’en reste là. Tranquillement, même si bien des choses lues m’agacent.

Je voudrai ajouter que je respecte le travail des hommes et femmes qui se sont assemblés pour établir ce rapport BORLOO. J’ai de prime abord le net sentiment que mon opinion n’est pas la leur, mais la moindre des choses est de les lire d’abord en entier et de ne commenter qu’ensuite.

Je ne suis pas « partisan politique» dans ce dossier. Je donne une opinion personnelle. Ce n’est ni celle de mon employeur, ni celle de la collectivité territoriale où je réside. Ce n’est pas non plus celle du général Didier TAUZIN ou de « Rebâtir la France », même si je sais qu’ils lisent avec intérêt tout ce qui peut faire avancer la réflexion sociale et sociétale dans notre pays.

Cet écrit, ces écrits, car je compte aller au bout du rapport, ce n’est pas non plus supposé être l’opinion de mes amis.

J’ai la joie, le grand bonheur, de ne pas avoir accepté n’importe qui dans mes vrais amis, ou même dans mon « réseau ». Vous êtes - tous - des êtres doués de raison ; et pour celles et ceux qui n’ont pas de diplômes je vous connais du bon sens, cette intelligence du cœur qui est plus que tout ce que j’apprécie chez vous. Votre droit à l’accord ou au désaccord est absolu, je le respecte et respecterai.

Il y a enfin l’opinion du simple lecteur, dont  j’accepte par avance les commentaires en publiant. Dans la mesure où ce ne sont pas des injures, des anathèmes dénués de réflexion (on en voit tant) je les lirai avec plaisir. Et j’en ferai mon profit, car l’ermitage n’est pas mon mode de vie ou de pensée.

Je ne suis pas partisan de l’hypocrisie du « travail pour soi », mais bien plus « à la rencontre de l’autre ».

Nous y reviendrons, car « à la rencontre de l’autre » c’est le titre du 19e programme de ce rapport.

Chaque chose en son temps.

 

Didier CODANI

23 mai 2018, Saint Didier (eh oui… et merci à celles et ceux qui me l’ont souhaité)

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.