Baccalà per Corsica

Ils s’attendaient à quoi ? Ils espéraient quoi ? Coluche l’avait bien dit: « Si voter changeait quelque chose, il y a longtemps que ça serait interdit ». Ils ont l’air bien constipés face à la presse les deux présidents nouvellement élus de la toute nouvelle collectivité unique de Corse.

Ils s’attendaient à quoi ?

Ils espéraient quoi ?

Coluche l’avait bien dit: « Si voter changeait quelque chose, il y a longtemps que ça serait interdit ».

Ils ont l’air bien constipés face à la presse les deux présidents nouvellement élus de la toute nouvelle collectivité unique de Corse.

Gilles SIMEONI et Jean-Guy TALAMONI à Paris Gilles SIMEONI et Jean-Guy TALAMONI à Paris

Certes, il y a le climat.

Le climat politique parisien ne connait pas trop les textes il connait surtout les rapports de force.

C’est d’ailleurs un des pièges que quelques mercenaires ont été chargés de tendre aux deux présidents Corses à chaque interview. Essayer de les pousser à la faute, à la parole énervée qui permettra d’en faire, vite fait bien fait, les « méchants » de l’histoire.

Dire que le président de la République ne serait pas le bienvenu en Corse, alors qu’il doit s’y rendre prochainement, par exemple.

Mais pas de chance, la cible la plus facile de la presse parisienne, Jean-Guy TALAMONI, ne desserre pas les dents. Quant à Gilles SIMEONI il élude en maintenant son cap (Corse).

Pas de chance au tirage hier, la presse parisienne se rattrapera au grattage dès ce matin.

Des commentaires mesurés qui sont tout de même faits,  il ressort qu’une grande manifestation populaire et pacifique (le droit de manifester s’applique France entière, Corse incluse) pourrait avoir lieu le 3 février 2018 en Corse.

Aussitôt : « Les nationalistes font monter la pression sur l’Etat ». On notera la disparition du mot « élus » et la majuscule pour Etat. C’est écrit dans « Le Figaro ». Ils aiment bien cette formule dans le Figaro, et ils ne relisent pas souvent leurs archives, ils avaient utilisé exactement la même il y a deux ans le 18 janvier 2016 lors d’une réception par le premier ministre de l’époque M. Manuel VALLS.

D’autres parlent de « mettre la pression sur Emmanuel MACRON ». Ca y est, voilà que le loup commence à sortir du bois. On commence à craindre que les deux paysans Corses montés à Paris ne viennent écorner l’image d’Epinal du président magique.

On commence même à lancer une nouvelle ligne de défense.

Là où l’Assemblée Nationale et le Sénat ont fermé la porte - disons-le - à toute discussion sur les sujets qui préoccupent nos deux élus territoriaux, on va trouver un « chef de file » qui aura pour mission de réchauffer l’ambiance. Un de ceux qui ne peuvent rien refuser quand on le leur demande vu qu’il est largement dépendant de ses chefs. C’est l’excellent M. Richard FERRAND, bien connu d’ANTICOR et de quelques Procureurs de la République, qui est chargé de cette délicate mission.

Il va devoir entretenir le feu sacré pour réchauffer les relations ; non pas avec ce pestiféré (apparemment) de président de l’Assemblée Corse, mais avec le bon président de l’exécutif Corse. Réchauffer, enfumer, diviser, et surtout saisir fermement la main tendue de Gilles SIMEONI pour bien lui faire comprendre où est son intérêt vu depuis le continent.

On nous parle même de « dialogue fécond ». Tout dépend de la façon dont on l’écrit…

Pas facile, surtout vu la crédibilité de celui qui est chargé de cette mission de sauvetage et qui n’est même plus sous-ministre mais simple président d’un groupe politique à l’Assemblée Nationale. Autrement dit, en dehors d’une réputation personnelle qui reste à apprécier, rien de significatif. Surtout, rien de trop officiel. Juste assez pour pouvoir faire quelques choux gras au cas où Gilles SIMEONI refuserait trop brutalement ; en proclamant alors qu’il a refusé la main tendue, l’effronté.

Bien plus intéressante est l’interview donnée par Gilles SIMEONI à l’Agence France Presse : https://www.afp.com/fr/infos/334/corse-letat-ne-propose-pas-une-discussion-mais-une-capitulation-denonce-simeoni-doc-xo8q95

Plutôt que la commenter il vaut mieux la lire car tout y est, et dit posément.

 

Le temps de la première mascarade vient de se terminer, peut-être même celui de la seconde.

Reste la troisième, qui aura sans doute lieu « à domicile » le mois prochain.

Elle place l’Etat devant ses propres contradictions et son évolution institutionnelle.

Allons-nous rester sur une ligne purement technique qui est celle de l’article 72 de la Constitution ?

En droit, c’est parfaitement possible.

En fait, est-il possible de camper sur cette position avec une classe politique continentale complètement (ou presque) discréditée en Corse et un mouvement national Corse au plus haut score de son histoire ?

J’ai en toute modestie le sentiment que c’est là que se trouve la vraie question du moment.

Bien plus que dans l’examen des « lignes rouges » qui sont imprudemment tracées avec le gouvernement :  Peuple Corse, statut de résident, co-officialité de la langue Corse, amnistie des « prisonniers politiques »… Rien de tout ceci ne peut simplement s’évoquer en restant dans le cadre strict de l’article 72 sauf sous forme de petite monnaie d’échange. Une monnaie d’échange qui sera ensuite payée par les Corses sous forme de remise en cause de leur statut, de leur cadastre, de leurs successions, et de la propriété de leur littoral foncier. Toutes choses dont on  se garde bien de parler actuellement, mais qui sont les vraies richesses sur lesquelles Paris souhaite mettre la main.

Pour ceux qui aiment lire la Bible, souvenez-vous (Genèse, 25,29-34) du plat de lentilles d'Esaü…

Je gage que Gilles SIMEONI comme Jean-Guy TALAMONI connaissent l’histoire de ce plat de lentilles.

J'espère surtout – bien que leurs opinions ne soient pas les miennes – qu’ils n’accepteront pas ces lentilles. Sans figatelli, les lentilles… ça ne vaut pas lourd.

Un plat de vraies lentilles au figatelli Un plat de vraies lentilles au figatelli

Visiblement, à ce jour, MM  Gilles SIMEONI et Jean-Guy TALAMONI n’ont pas oublié la fougère.

Qu’ils n’oublient pas d’exiger du vrai bon figatelli le mois prochain. C’est la saison. Dans la cuisine politique il faut être précis sur la qualité des produits.

Didier CODANI

24 janvier 2018

 

Post-Scriptum continental.

Baccalà per Corsica :

D’après le regretté Fernand ETTORI (1911 – 2001) cette expression Génoise était apposée sur la morue séchée de la plus mauvaise qualité qui était expédiée de Gènes en Corse au XVIIIe siècle. Littéralement « C’est assez bon pour la Corse » cette expression se  retrouve mentionnée dans la « Ghjustificazione »  (Giustificazione della rivoluzione di Corsica, e della ferma risoluzione presa da' Corsi, di non sottomettersi mai più al dominio di Genova) rédigée par Don Gregorio SALVINI en 1758.

Couverture d'origine de la "Giustificazione" au XVIIIe siècle Couverture d'origine de la "Giustificazione" au XVIIIe siècle

Devenue proverbiale, l’expression qualifie les discriminations frappant les Corses depuis le XVIIIe siècle, comme l’indique l’ « Anthologie des expressions Corses » (Rivages, Paris, 5 avril 1984).

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