Manifestation d'enseignants-chercheurs: «mes yeux pleurent, ma gorge brûle...»

Témoignage d’une enseignante de l’Université de Strasbourg sur les violences des forces de l’ordre lors d’une manifestation des enseignants-chercheurs mercredi 11 mars
Témoignage d’une enseignante de l’Université de Strasbourg sur les violences des forces de l’ordre lors d’une manifestation des enseignants-chercheurs mercredi 11 mars

 

 

Aujourd’hui, une nouvelle manifestation pour protester contre les réformes de l’Enseignement Supérieur ­ qui sont élaborées dans le mépris, le mensonge et la non-concertation ­ s’est déroulée dans les rues de Strasbourg. Le défilé qui rassemblait des enseignants-chercheurs, des chercheurs, des étudiants, s’est déroulé sans aucune violence jusqu’à ce que nous rencontrions les forces de l’ordre. Certes, la manifestation aurait dû s’arrêter place Kléber et j’étais surprise de constater qu’elle se prolongeait au-delà. Etait-ce une raison suffisante pour déployer tant de violence ?

 

Arrivée rue du Maire Kuss, j’aperçois au loin les forces de l’ordre qui barrent l’extrémité de la rue. Je continue à avancer parmi la foule pacifique. Les forces de l’ordre n’ont pas attendu longtemps pour lancer des grenades de gaz lacrymogènes, gazant non seulement les manifestants, mais aussi les passants (dont des personnes âgées) et les commerçants. J’espère au moins qu’il n’y avait pas d’enfants en bas âge. La rue n’est pas très large et très vite la peur et la panique s’installent alors que nous essayons de courir dans l’autre sens. Mes yeux pleurent, ma gorge brûle mais j’ai surtout l’impression que je vais étouffer. Je n’arrive plus à respirer et il est difficile d’avancer à cause des étudiants et des passants aveuglés qui peinent à courir. C’est la bousculade et j’ai très peur que dans la panique des personnes se fassent écraser. Les gaz progressent plus vite que nous et ce n’est que sur le quai Saint Jean que je peux enfin respirer un air sein, tout en me retenant de vomir. Si j’avais été bloquée plus longtemps dans ce nuage de gaz, je crois que j’aurais été bord de l’asphyxie. Après avoir repris mes esprits, je constate avec étonnement que les forces de l’ordre ne barrent plus la rue et une partie des manifestants, choquée, se retrouve alors sur la place de la Gare. Pourquoi avoir lancé des gaz lacrymogènes dans la rue pour ensuite nous laisser passer ? Dans l’incompréhension et avec encore quelques nausées, je quitte la manifestation, en espérant qu’il n’y aura pas d’autres débordements, de quelque côté qu’il soit.

 

 

D. Fellague, enseignante à l’Université de Strasbourg en archéologie classique.

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